apero-histoires

C’est comme ça, je n’aime pas parler pour ne rien dire. Alors, souvent, j’écoute les gens qui parlent…souvent pour ne rien dire.

Un soir, alors que je sirote tranquillou mon verre de vin, assise sur mon canapé en écoutant des âneries dont même les ânes ne seraient pas fiers, Marc, un copain venu prendre l’apéro pour nous présenter sa nouvelle compagne me dit :

– Qu’est ce que tu as ? Tu fais la gueule ?

Le sourcil étonné, je le regarde.

– Ben, ouais, tu ne parles pas !

– Cela ne veut pas dire que je fais la gueule.

– Ben, tu pourrais dire quelque chose. On ne t’entend pas !

Forcément, si je ne parle pas, on ne m’entend pas. C’est d’une logique.

– Ben  -j’insiste bien sur le Ben- c’est que là tout de suite, je n’ai rien à dire.

A cet instant précis, il me sort une blague bien baveuse sur l’état de mon cerveau, que je me permets de censurer, en rapport avec ma couleur de cheveux. Ce qui fait que, d’un seul coup, je me retrouve comme un rugbyman, en plein milieu de la mêlée. Ce qui est loin d’être agréable, vous en conviendrez. Allez, le sujet est lancé. Pas moyen d’y échapper ! Pour me donner une contenance, je bois ou plutôt, je trempe mes lèvres dans mon verre, car si je bois trop, je vais en avoir à dire des choses, et cela risque de ne pas plaire à tout le monde. Non mais, oh !

Donc, je ne fais plus la gueule, que je ne faisais pas d’ailleurs, et tout le monde est content. Mais si j’étais un tant soit peu susceptible, je pourrais la faire, là, la gueule…

Je pourrais même dire à Marc :

– Dis-donc, ta nouvelle copine elle sait dire autre chose que… hihihihihihi…hiihhii ? Et pour sa couleur de cheveux, elle a hésité entre le blond, le noir et le vert… parce que dans son cas, j’appelle cela couleur indéfinie….Remarque, dans un champ, ça pourrait servir pour protéger les récoltes !

Mais comme je suis bien élevée, je ne dis rien de tout ceci. Heureusement, les blagues, c’est comme les soufflés, ça retombe aussi vite. Ouf ! Ils sont passés à autre chose. Sauf que Marc, ce soir, a décidé de me casser les pieds. Monsieur râle, car je n’ai pas préparé de petit en cas pour l’apéro. Ah ben oui, quand on vient à l’improviste chez quelqu’un, on s’attend, bien sûr, à ce qu’il ait cuisiné des ortolans et sorti l’argenterie. Logiiiiique !!! Sauf que moi, j’étais déjà en pyjama, prête à passer une soirée tranquille devant mon ordi, après un petit dîner sans prétention. Aussi, lorsqu’ils ont sonné au parlophone, j’ai bien pensé un instant répondre que nous n’étions pas là, mais il paraît que cela ne se fait pas.

Donc, mon humeur je dois l’avouer est plutôt du genre tempête sur la mer en plein hiver. Sans parler du fait qu’à cet instant, j’ai un résidu de migraine d’enfer, dû à ma grande copine l’insomnie, qui a décidé que trois jours sans passer me voir, quand même, c’est très long. Toute une nuit à tchatcher avec soi-même, forcément, ça laisse des traces. Voilà que Monsieur Marc me demande, avec un sourire de merlan frit -si tant est qu’un merlan frit puisse encore sourire-ce que j’ai préparé pour le repas du soir ! Ouh là, je vois clair dans ton jeu, mon ami…

– Sandwich ! me sort illico de la bouche.

Sa moue dépitée en dit long. Apparemment, Monsieur comptait sur un petit repas sympa ce soir, vu que sa très jeune amie aime beaucoup les magasins, mais pas ceux d’alimentation. Malheureusement, il y a des soirs où l’on a pas envie de se taper une conversation insipide jusqu’à pas d’heures. Demain, lever six heures, coco. Besoin de repos. Une autre fois peut-être…

Depuis qu’il a divorcé et s’est trouvé une jeunette, Monsieur a oublié ce que c’est qu’une vie de famille et les contraintes qu’elle impose. Bon, en plus, j’avoue, sa copine m’énerve. Machine -désolée, j’ai oublié son prénom- n’est pour moi qu’une pâle copie de son ex. Ex qui, bien évidemment, est aussi mon amie. Ce qui vous en conviendrez, ne facilite guère les choses. Je ne peux pas m’empêcher de faire des comparaisons et Machine n’est pas à son avantage. Avec elle, je ne peux même pas chanter « Au pays de Candy, comme dans tous les pays… » D’ailleurs, elle ne connaît sûrement pas, elle. Je me demande ce qu’il a pu lui trouver à cette fille ! Avez-vous remarqué que l’on se demande toujours ce qu’il ou elle, a pu trouver à elle ou lui ? C’est amusant, non ! Ben moi, ça ne m’amuse pas. Qu’est ce que je vais lui dire à ma copine ? Rien, c’est mieux, car cela pourrait lui faire de la peine. Mais pas question que je fraternise avec l’ennemi.

Voilà maintenant qu’ils nous racontent leur première rencontre. Après le divorce, soi-disant. Là, je commence à avoir sérieusement mal à la tête. A d’autres les enfants, faut pas pousser Mémé dans les orties, parce que si Mémé se relève, ça va faire mal.

À présent, Marc parle de sa nouvelle voiture, et nous demande si nous l’avons vue, garée devant chez nous. Tout le monde se lève pour aller admirer l’engin, sauf moi.

– Mais viens vooooooir ! me dit la charmante Machine.

C’est à moi, qu’elle parle, là ! Elle sait parler…ouah !!!

Je me lève à contrecœur. M’en fiche de sa bagnole, moi. Changement de voiture, de femme. Oh ! Cela pourrait donner des idées à mon mari, non mais ! J’admire la… il fait tout noir, je ne vois rien, désolée.

Marc tambourine sur la vitre avec son doigt.

– Mais si, là, regarde !

– Ah, c’est ce modèle…

Mon ton, un brin désappointé, semble le vexer illico.

– Il est super ce modèle. J’ai toutes les options !

Je hoche la tête sans répondre. Marc reste bouche bée devant mon air désabusé. Un petit triomphe, tout petit. Pour ma copine. En fait, elle est super belle sa voiture, mais je ne lui dirai jamais, na !

Quand vient le moment de se quitter -enfin !- Machine me montre son nouveau sac d’une marque hypeeeeer connue, que je ne connais pas, et pour cause, c’est une marque de djeuns à ce qu’il paraît. Oh toi, ma mignonne, tu n’es pas prête de monter en grade…

Bisous, bisous. Moi, de loin. Je ne voudrais pas attraper le microbe de la connerie. Au revoir, à bientôt. Pas trop tôt. Si vous repassez par là, changez de route, ils vont faire des travaux, cela pourrait abîmer la carrosserie de ta nouvelle voiture …

Bon, ils sont partis, il est temps pour moi d’aller faire réchauffer mon bœuf bourguignon…

L.L.H