régime-maman-histoire

Croyez-le ou non, mais ma balance électronique est encore détraquée ! Cet objet de malheur m’annonce trois kilos de plus. Non mais oh, ça va pas la tête…

Bon d’accord, j’avais bien remarqué que mon jean me serrait un peu mais je pensais que le sèche-linge en était responsable. C’est fou ce que cet appareil peut rétrécir les vêtements, on ne peut vraiment pas lui faire confiance. Enfin, c’est peut-être aussi la faute des plats bien consistants ingurgités pendant l’hiver, genre raclette allégée…

En même temps, ce n’est pas de ma faute s’il a fait très froid cette année, faut bien se réchauffer. Le Sud tout blanc, c’est déprimant. Enfin, bref, après être remonté trois fois sur cette fichue balance, qui n’a même pas varié d’un gramme – c’est beau la technologie – j’en arrive à la conclusion déprimante, par ce moche matin de printemps, qu’il faut que je me mette au régime.

Régime. Rien que ce mot a une consonance négative. Aussi je décide que non, je ne ferai pas de régime, je vais faire attention à mon alimentation, c’est tout !

Alors je commence par réfléchir aux conditions. Tout d’abord, je ne cacherai plus le chocolat. Je l’ai fait une fois, mais le comble, c’est que je l’ai retrouvé. Pourtant, je l’avais bien planqué, mais c’est dingue, on oublie où on a posé ses clefs, jamais où est caché le chocolat… À méditer !

Donc, me voilà en train d’annoncer à tout le monde :

– Attention, fini les bons petits plats en sauce et vive les repas allégés.

Aussitôt, un vent de rébellion se met à souffler sur la maison, puissance maximale.

– Comment !!! Ce n’est pas notre faute si t’as grossi, nous, on est jeune, on a besoin de calories !

– Au secours, Maman est au régime…

Sympa les mecs, merci, j’m’en souviendrai.

Je décide donc de me débrouiller toute seule et de compter uniquement sur ma volonté infaillible. J’ai bien arrêté de fumer, me priver quelques temps de bonne nourriture doit être dans l’ordre du possible, non mais !

Donc premier repas, steack- haricots verts, classique. Seule avec le petit dernier. No problem ! Deuxième repas, pâtes à la bolo pour tout le monde, sauf moi. Pâtes sans rien. Sympa comme sauce, bien qu’un peu pâle. Bien sûr, tout le monde se moque de moi, bravo pour le soutien… j’ai même droit à : « Hum ! C’est bon, tu en veux ? » Moi stoïque, même pas envie. Je zappe même le fromage et opte pour un yaourt nature en guise de dessert. Hum, délicieux ce petit goût d’acidité…

En débarrassant, je jette les pots de danette d’un air dédaigneux. Savent pas ce qui est bon. Ouh, que je suis fière de moi ! Jusqu’à ce que…plus tard dans la soirée, assise devant mon ordi, me vient subitement une crispation de l’estomac, qui veut dire, en clair : « A L’AIDE, J’AI FAIM ! » Je tente donc de parlementer avec mon estomac, lui proposant des rognures d’ongles qu’il n’a pas l’air d’apprécier. Sur l’écran de mon ordinateur défile des recettes de gâteaux au chocolat…Vite je ferme l’email. Sont toujours là. Mince alors, illusion d’optique.

Mon mari regarde la télé et je me demande pourquoi il n’y a que des publicités sur la nourriture. J’essaie de penser à autre chose, mais mes pensées dérivent sur un océan de pâtisseries et autres sucreries. C’est joli, je plongerais bien, moi ! Non mais, ça ne va pas la tête, à ton âge ! Allez finis l’ongle de ton pouce, il en reste un bout là. Je décide d’aller me coucher, mais j’ai envie de dévorer les moutons que je compte pour m’endormir, alors je me relève, je prends un livre, je lis jusqu’à plus faim…

Deuxième jour : Je me réveille et mon estomac fait un bruit affreux. Mais je pense aussitôt que le plus dur est derrière moi et que maintenant, ce sera plus facile. N’importe quoi…Bon, je monte sur la balance. Ouah, huit cent grammes de perdu ! Youpi, youpi ! Il n’y a pas dire, je suis fière de moi. Et je compte bien continuer le cœur léger…

Évidemment, lorsqu’on est au régime, non pardon, lorsqu’on mange sainement, il y a toujours une bonne âme pour vous inviter à dîner.

– Ma chérie, et si on se faisait une bonne fondue savoyarde, vendredi soir ?

Sourire poli.

– Non, désolée, je ne peux pas, j’essaie de perdre un peu de poids.

– Ah bon ! Mais pourquooooi… t’en as pas besoin ?

– Ben, mes jeans ne sont pas de cet avis…

– Oh, c’est dommage, je voulais faire une mousse au chocolat pour le dessert, je sais que tu adores !

Ça, c’est petit, c’est très petit, voire minuscule…

Bien sûr, on remet le petit dîner à plus tard. En attendant, si tu permets, je vais, de manière élégante, continuer à me serrer la ceinture.

Bon, l’humeur, elle, n’a rien d’élégant. Elle est plutôt du genre : « Qu’est-ce que t’as, tu veux ma photo ? »  Ok, mais après le régime, alors.

Enfin bref, les jours s’écoulent, telle une rivière…comment… cela ne fait que deux jours ???

Le troisième jour, je dois l’avouer, est très dur. Je me lève et…me jette sur la balance. Je sais, normalement il ne faut pas. C’est pas bien, patati et patata. N’empêche que…. Sauf que je n’ai rien perdu, même pas cent grammes ! Quelle saleté cette balance. Bon, tant pis, on ne peut pas perdre tous les jours, c’est normaaal…

Donc, on continue le cœur vaillant. On s’accroche pour tenir, on évite de croiser une boulangerie -si, si, ça arrive- on achète des trucs lights, genre fromage allégé, sauf que z’ont oublié le fromage, ils n’ont laissé que l’allégé. Bon, je préfère encore manger des yaourts natures. On tente deux heures de gym au lieu d’une. J’ai des courbatures de l’estomac. Aie ! Ça fait mal…Ma super copine qui m’a traîné dans cette fichue salle me dit que c’est normal, c’est signe que c’est efficace et que bientôt,  je serai habituée. Les habitudes, c’est chiant parfois…

Cet après-midi là, j’ai failli manger le goûter de mon fils sur le chemin de l’école, c’est pour dire. Comme de juste, une des mamans me parle de son dîner d’hier au resto. Et dans les détails s’il vous plaît. Moi stoïque, je ne dis rien mais je n’en pense pas moins.

À la maison, c’est simple, je suis d’une humeur de chien à qui on aurait enlevé sa gamelle et pour cause. Une paire de chaussettes sales trouvé sous le lit et j’explose comme une cocotte minute.

– Bande de cochons, va, pouvez pas ranger vos affaires. Pas votre boniche !

Les cochons, euh, pardon, les enfants, organisent alors une réunion de famille.

– Maman, tu sais, si le régime te mets dans cet état, ben, vaudrait mieux arrêter…

– Oui, rajoute mon petit bout, tu sais moi, je t’aime même quand t’es grosse.

AAAAAhhhh !!!! J’ai pris que trois kilos, quand même ! Faut pas exagérer.Vais bouder, tiens…

Bon, pour tenir, je tente une méthode lu quelque part. Se visualiser en maillot de bain sur la plage. Pas mal l’idée, justement j’ai repéré un petit deux pièces couleur chocol…euh, marron.

Bof, ce n’est pas flagrant comme méthode…

Quatrième jour :

Le temps est aussi moche que mon état d’esprit. Je monte sur la balance.  Elle est vraiment détraquée, je n’ai même pas perdu un gramme ! Mais ce n’est pas possible !!! Je la pousse rageusement sous le meuble de salle de bain. Le matériel n’est vraiment plus fiable de nos jours. Rien ne vaut une bonne balance mécanique.

Aujourd’hui, c’est jour de courses. Armée de ma liste, j’arrive au supermarché. Allée principale, des chocolats partout. Dans moins d’une semaine, c’est Pâques. Pourquoi tant de haine ? J’évite courageusement le rayon, ce sera pour plus tard.

Je termine mes courses comme une âme en peine. Mon estomac fait un drôle de bruit. J’ai même l’impression que tout le monde l’entend. Je rencontre une pauvre fille au rayon diététique. Ah non, zut, c’est moi ! J’achète sans grande conviction des galettes de riz. C’est bon, ça cale. Me ment à moi-même maintenant. Le plus dur, acheter les goûters des gosses. Mais bon, on va pas les priver, les pôôôvres… C’est terrible de tenir un pot de nutella dans sa main un jour de diète. Kellogs triple chocolat, rocher Suchard…euh, ça, c’était pas sur la liste…Hum ! vais quand même le prendre au cas où…

Cinquième jour : Toujours rien perdu de plus. Ah si ! Cent grammes, si je soulève mes doigts de pieds. C’est toujours ça de pris. « Alors ? me demande mon mari. » Alors quoi ? C’est pas parce que toi, t’es capable de perdre trois kilos en deux jours, sans même faire attention plus que ça, que t’es obligé de me narguer, non mais !!!

Sixième jour : Je déprime, je suis au bord du gouffre, j’ai l’impression que le frigo me fait des clins d’œils. J’appréhende les repas, les goûters. Je me dis que la vie est injuste, quand je regarde ma meilleure copine qui mange tout ce qu’elle veut et qui ne prend que cent grammes tous les six mois. Je déteste le sport qui fait même pas maigrir. Je hais les gens qui me parlent de bouffe. J’exècre ma balance. Je n’aime pas la cuisine sans sel, sans gras, sans saveur. Je me retiens de lécher l’assiette de mes gamins. Je veux du chocolat ! Mais…je tiens bon.

Jusqu’à ce que…

– Maman, ça fait longtemps que tu n’as pas fait des cookies ?

J’oubliais, c’est mercredi. Mon pov’chéri. Bon, allez, je vais me dévouer. Je ne voudrais pas que mes enfants soient traumatisés. Je ne mange qu’un seul biscuit, pour goûter, on ne sait jamais.

Bilan : Un kilo deux cent grammes en moins. Peut mieux faire. Mais…je vais attendre un peu… après Pâques. Ce n’est pas vraiment le moment de faire le régime. Ensuite, je m’y mets sérieusement.

Promis…

L.L.