seance-shopping

Lorsque les premiers rayons du soleil daignent enfin illuminer aussi bien le ciel que notre moral, certaines personnes partent en croisade à la quête du « maillot de bain », la star des plages en été, qui, évidemment se doit d’être au top des tendances.

Élise est une amie qui n’échappe pas à la règle, bien au contraire. Le genre de filles qui connaît tous les magasins de fringues, tous les sites branchés, bref, une encyclopédie de la mode.

Aussi, lorsqu’elle m’appelle pour une séance shopping séance tenante dans une boutique qu’il faut absolument découvrir, je ne suis pas franchement ravie, loin de là. D’abord, ce printemps par trop maussade, ne m’inspire pas plus que ça et deuxièmement, ayant fait des travaux chez moi, l’état de mes finances ne m’autorise guère de folies, ce qui n’est évidemment pas le cas d’Élise, dont le porte-monnaie est constamment bien garni, ce qui n’est pas la moindre de nos différences.

Mais bon, en amitié, il faut savoir faire des sacrifices, donc je décide de l’accompagner pour la soutenir dans sa quête et faire quelques repérages éventuellement.

Nous voilà donc dans ce fameux magasin spécial maillots de bain, qui, de l’extérieur a l’air bien sympa. Toutes ces couleurs chatoyantes, ces matières satinées, c’est beau, ça attire l’œil, ça réchauffe nos petits cœurs meurtris par un rude hiver.

J’erre donc au milieu des tissus multicolores, avant de jeter un coup d’œil discret sur les étiquettes, afin de m’enquérir des prix et soudain, ma mâchoire manque se détacher de mon visage figé par la stupeur.

Un rapide calcul de tête et je constate que je pourrai m’acheter pas mal de livres pour la somme de ce petit bout de tissu. Et ma liste de romans qu’il faut absolument que je lise, est fort longue ! Le maillot est cousu avec des fils d’or ou quoi ! Même pas. Je repose avec précaution celui-ci pour continuer ma recherche un peu plus loin. J’en trouve enfin un qui affiche un prix un peu plus décent

– Aaahhh !!! Mais t’es folle, c’est la saison dernière ! me hurle Élise dans l’oreille.

Je fais un bond en arrière, j’ai presque failli avoir une attaque.

– Ben quoi, c’est pas grave…

Vu la tête de ma copine, euh ! Oui, c’est très grave !

Et voilà qu’arrive la vendeuse du magasin.

– Ah ! Mais ça ne va pas du tout ce modèle pour vous, Madame, vous êtes beaucoup trop petite pour porter ça.

Là, présentement, des envies de meurtres me viennent subitement à l’esprit.

D’abord je ne suis pas petite, je suis dans la moyenne des françaises, non mais Oh !

– Je fais un mètre soixante quand même !

– Ben oui, mais ce n’est pas très grand.

Euh, dis donc poulette, la psychologie, tu connais ? Non, sûrement pas. Est-ce que je te traite moi, de grande gigasse avec ton mètre quatre-vingt-cinq et ta taille mannequin !!!

Non mais, oh ! Faut pas pousser Mémé dans les orties !!!

– Tenez, prenez ce modèle, il vous conviendra parfaitement.

J’attrape le maillot qu’elle me tend. Bof ! J’aimais mieux l’autre.

La voix d’ Élise me vrille soudain les oreilles.

– Vas-y essaie-le, qu’est ce que tu risques ?

Je hausse les épaules en soupirant et part en direction des cabines d’essayage, précédée de Mademoiselle la vendeuse, miss « diplomatie, moi pas connaître »

Une fois dans la cabine, j’enfile le maillot puis, je m’observe devant la glace. Là, c’est le choc. Z’ont oublié du tissu ou quoi ! Et en plus, les couleurs flashy sur un corps tout blanc, ça le fait pas vraiment. D’ailleurs, la vendeuse aurait dû le savoir. Une peau comme la mienne ne supporte pas les imprimés trop vifs. Généralement, si je me mets au soleil en mai, j’ai un léger hâle en août. Alors, ça risque de ne pas le faire avec de telles couleurs, faire pâlichonne tout l’été merci bien ! Des couleurs plus discrètes seraient plus indiquées. Puis, cette forme de maillot, je ne suis pas certaine qu’elle me mette réellement en valeur.

Je passe ma tête derrière le rideau pour demander à la vendeuse si cette marque ne taille pas un peu petit.

La délicate jeune femme ouvre sans gêne aucune le rideau et me toise, les mains sur les hanches.

– Mais il vous va parfaitement ce maillot, Madame !

Je me regarde à nouveau dans le miroir. Elle se fiche de moi ou quoi. Je ne suis pas Kate Moss, j’ai donc comme la majorité des femmes normales, des choses qui s’appellent des formes, ce que n’a pas la jeune vendeuse, c’est certain. Peut pas comprendre. Et ces formes là, elles ressortent un peu trop à mon goût.

– Euh, ça ne couvre pas beaucoup quand même ! Enfin, je veux dire…

– C’est un maillot de bain, me dit-elle sur le ton de quelqu’un qui s’adresse à une demeurée.

– Oui, certes, mais ne serait-ce pas le modèle spécial tue-mari, non parce que si je sors comme cela sur la plage, mon mari risque fort de faire une crise cardiaque !

La jeune femme lâche un sourire.

– C’est très tendance, vous savez.

– Ah oui ! Seulement je pense avoir passé l’âge de jouer les midinettes sur les galets. Alerte à Malibu, très peu pour moi.

Élise arrive sur ces entrefaites.

– Mais il est super ce maillot !

– Euh, un peu voyant quand même…

Je me tourne vers la vendeuse.

– Vous n’auriez pas le même en noir ?

La jeune femme fait une grimace éloquente.

– Ah non, désolée, mais il n’y a que deux couleurs dans ce modèle !

En plus d’être radin sur le tissu, ils le sont aussi sur les couleurs.

Je tire en soupirant le rideau aux nez des deux femmes, puis me change illico. Avant de sortir de la cabine, je jette un œil sur l’étiquette, et là, le fou rire me gagne. C’est vraiment un maillot tue-mari. Le prix est tout simplement indécent.

En sortant de la cabine, je bute sur la vendeuse qui me jette un : « vous le prenez ? » d’un ton qui n’admet aucune réplique.

– Non !

Et je lui tends le morceau de tissu aux couleurs criardes. Bouche bée, elle récupère le maillot.

Petite, toute petite victoire…

Élise après avoir écumé tous les rayons, telle une petite abeille qui butine de fleur en fleur à la recherche du meilleur pollen, a enfin trouvé son bonheur. Elle hésite maintenant entre deux modèles pour une paire de deux pièces. Imprimé marine, pile dans la tendance ou romantico-exotique asymétrique. Shorty ou pas shorty ! Sinon, elle doute pour son troisième choix, le trikini. Entendez par là, modèle une pièce très sexy, aux motifs trompe-l’œil ou plus sobre d’une seule couleur, maillot qui exige tout de même une silhouette parfaite, ce qui est le cas d’ Élise.

Quel dilemme pour elle ! Je suggère à tout hasard le premier, sachant très bien qu’elle est bien capable de revenir acheter l’un des deux autres plus tard.

Au bout d’un temps qui m’a paru interminable, Élise se décide enfin, non sans avoir essayé chaque modèle deux fois. Faudrait pas se tromper quand même.

Je me dis alors que la prochaine fois qu’elle m’appelle pour une séance de shopping improvisé, j’aurai certainement une migraine épouvantable ou alors la machine à laver le linge aura débordé ou bien un Alien se sera pointé dans ma cuisine pour boire une tasse de café !

Pour ma part, je me rendrai certainement le mois prochain, dans un magasin de sport que je connais bien, pour acheter un maillot de bain avec lequel je puisse aussi nager, dont le coût ne fera pas hurler de désespoir mon porte-monnaie.

Tendance, oui, mais pas à n’importe quel prix quand même…

L.L.H