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Une journée à la plage commence tôt le matin.

Généralement, vous êtes en train de prendre votre café tranquillement. Soudain, l’ un de vos enfants pointe le bout de son nez, les yeux à peine ouverts et sans même prendre le temps de vous dire bonjour, vous assène cette petite phrase rendue pâteuse par le réveil et qui vous met tout de suite dans l’ambiance :

– On va à la plage ?

Des fois que depuis la veille vous ayez changé d’avis.C’est bizarre mais ce jour là, les enfants ne mettent pas trois heures pour sortir du lit.

Après le petit déjeuner englouti en cinq minutes, ils partent faire leur toilette et s’habiller. Je range un peu l ‘appartement pendant que mon mari sort la glacière.

A partir de ce moment là, le branle-bas de combat commence. C’est qu’il ne faut rien oublier ! Le sac avec les serviettes de plage, celui pour les jouets du petit, les palmes des grands avec les combinaisons de plongée, les masques. Et j’en passe !
La glacière est remplie au compte-gouttes pour tout caser au carré, ce qui est plutôt du ressort de mon mari car moi, j’ai tendance à tout mettre en vrac en espérant que ça rentre. Puis, je prépare les affaires du petit dernier qui,  pour une fois ne traîne pas pour s’habiller.
Bientôt, nous sommes fin prêt. Les trois garçons sont dans le couloir et trépignent d’impatience. Je fais les dernières vérifications d’usage : casquettes, lunettes de soleil, maillots de bain…
Généralement, j’ai droit à un : Ouais, c’est bon, Mman ! dit sur le ton propre à l’adolescent. Je vérifie une dernière fois que je n’ai pas oublié la crème solaire, la trousse de secours et surtout mon livre que j’ai choisi bien gros histoire de ne pas tomber en rade de lecture, bien sur, tout ceci a le don d’agacer tout le monde, je ne sais pas pourquoi. Ce qui à mon tour m’énerve et nous partons tous en râlant.
Nous avons à peine démarré la voiture, que le petit, tout excité qu’il est d’aller à la plage, se met à chanter à tue-tête, ce qui bien sur, lui attire les foudres de la part de ses frères qui lui intime de se taire. Mais le petit ne s’arrête pas bien au contraire et c’est la guerre à l’arrière. Je crie une première fois, puis ensuite vient le tour de mon mari et nous arrivons dans un calme tout relatif au bord de la mer.
Il est tôt, aussi nous trouvons une place rapidement. Pour sortir de la voiture, mes enfants sont champions. On dirait des fauves échappés d’une cage. Ils claquent la portière violemment ce qui a le don d’exaspérer leur père. Et ensuite, il faut qu’on leur demande de venir prendre leurs affaires ce qui ne leur viendrait absolument pas à l’esprit sans cela.
Puis, nous cherchons un coin sur la plage. A cette heure, il n’y a pas encore beaucoup de monde, alors on a le choix.
C’est justement là le problème. Là, ça ne va pas, il y a trop d’algues, ici c’est pas bien et là l’eau n’est pas belle.
Finalement, nous trouvons un endroit qui convient à tout le monde. Ouf ! Je pose le sac dont la lanière me scie l’épaule ainsi que le parasol. Rapidement je sors les serviettes de plage et les étalent au plus vite, on ne sait jamais des fois qu’ils changent d’avis.
Puis commence le rituel du badigeonnage de crème. J’attrape le petit qui évidemment n’est pas trop d’accord et je le tartine des pieds à la tête. Pas un bout de peau n’en réchappe ! Lorsque je le lâche enfin, il court en direction de l’eau en râlant bien fort. Mais je n’ai pas encore fini, non, loin de là. Il faut encore s’occuper des dos de mes autres messieurs et enfin de moi-même. Et mieux vaut dans mon cas ne pas oublier un centimètre carré parce que sinon je pourrai faire concurrence à un écrevisse. D’ailleurs à la fin de l’été, je n’arbore généralement qu’un léger hâle tandis que d’autres se pavanent avec leur bronzage parfait sans oublier de me le faire remarquer bien entendu.
Après ce passage obligé, je vais faire un tour du côté de l’eau pour voir si elle est bonne. Mon fils aîné me dit qu’elle est super. Je tente l’immersion d’un doigt de pied et le ressort aussi sec. Je vais attendre d’avoir plus chaud. On ne doit pas avoir la même notion du mot « super » avec mon fils. Donc, je retourne sur ma serviette, faisant fi de mon mari qui peste tout ce qu’il peut en gonflant les matelas pneumatiques et autres accessoires nécessaires à une journée de plage. J’attrape dans mon sac mon livre, réajuste mes lunettes de soleil et m’allonge en soupirant, prête à savourer un moment de pur bonheur. J’ouvre les premières pages et alors que je commence à lire, une petite voix hurle :

« Maman, il ne fait rien que m’embêter ! »

Nul besoin de demander qui l’embête, car je sais déjà, qui embête qui. Je me redresse d’un bond et crie à mon fils cadet de laisser son frère tranquille. Le « c’est pas moi, c’est lui » achève de m’énerver. Je les menace de rentrer s’ils ne sont pas sages. Vaines menaces d’ailleurs, comme si on était capable de tout remballer juste pour une dispute. Leur père d’une voix ferme et assuré leur demande de se tenir tranquille. Ce qui nous accorde cinq bonnes minutes de calme.
Bon, je me réinstalle et je reprends ma lecture à l’endroit où je m’étais arrêté, c’est à dire au tout début. J’ai lu trois phrases lorsque le petit arrive en tenant un seau rempli d’eau au-dessus de sa tête. Visiblement, ses intentions sont menaçantes.

Je me relève brusquement et crie :

« Attention à mon livre !

Ce qui a pour effet de le stopper net dans son élan.

– C’était une blague ! me fait-il avec un sourire de petit coquin.

Même pas drôle sa blague !
Jusqu’à l’heure du déjeuner, j’ai du lire dix pages et pas en continu s’il vous plaît. Justement, là, les fauves ont faim. J’ouvre la glacière. J’en sors des sandwichs au pain complet et jambon, des petits paquets de chips, et un taboulé fait maison.
Mon aîné me regarde et me jette un : « C’est tout ce qu’il y a ? » Je lui réponds que non, je n’ai pas réussi à faire rentrer le frigo dans la glacière. Il émet alors une sorte de grognement en guise de réponse. C’est beau l’adolescence !
Après le repas, ils ont interdiction d’aller à l’eau pendant un petit moment. Quand j’étais petite, on me disait que c’est pour la digestion, moi, c’est pour la tranquillité. En effet, il y a moins de risques sur la plage que dans l’eau. Les deux grands s’amusent donc au ballon et le petit fait des pâtés de sable. Mon mari et moi prenons tranquillement un petit café tout droit sorti du thermos et carrément indispensable pour ma survie.
Et enfin, je m’allonge mon livre à la main. Je suis bien calée, bien tranquille quand soudain le téléphone portable sonne. Je regarde à droite et à gauche, ça ne peut pas être le mien.

– C’est le tien, chérie !

Je me redresse en soufflant et attrape fébrilement l’appareil qui manque ameuter toute la plage. C’est une de mes copines. Elle me demande où je suis et ce que je fais, donc je lui réponds. Là, elle m’annonce qu’elle est chez elle et que son fils a failli se noyer dans la piscine. S’ensuit évidemment une conversation à bâtons rompus de dix bonne minutes.
Lorsqu’enfin je raccroche, mon mari me demande si c’était bien ma copine. Non, c’était le père Noël qui voulait savoir s’il pouvait descendre avant l’heure. Évidemment que c’est elle, j’ai prononcé au moins trois fois son nom pendant notre conversation. Ah ! Les hommes.
Soudain, un hurlement retentit. Eh ! Non, ce n’est pas un de mes fils mais le petit garçon d’à côté. La mère se met à crier et tout le monde la dévisage. Je compatis ! Elle me regarde et soupire, je souris. Entre mères, il faut se serrer les coudes.
Je commence à avoir chaud alors je décide d’aller me baigner. C’est le signal pour les enfants qui se ruent dans les flots en s’éclaboussant à tout va. Je m’éloigne un peu, histoire d’être tranquille. L’eau semble moins froide alors je m’immerge totalement. Tant pis pour le brushing. Notre voisine de plage entre à son tour dans l’eau. Elle entame la conversation en me disant qu’elle ne sait plus quoi faire avec son fils.
C’est que, je ne sais pas non plus. Je fais un sourire de circonstance pour quand même, lui signifier que je la comprends. Elle tient son petit garçon dans les bras et me montre une tache sur son bras tout en me demandant mon avis sur la question.
C’est que je ne suis pas pédiatre moi ! Je réponds que je n’en ai aucune idée et l’envie soudaine d’aller nager s’empare de mon esprit. Je m’excuse poliment et nage en direction de l’horizon. En dehors du fait que je suis maintenant tranquille, j’aime ce sentiment de calme qui m’envahit alors. C’est comme si j’étais seule au milieu de la méditerranée, enfin, presque toute seule.
Mon mari vient de me rejoindre. Pas moyen d’être tranquille. Nous revenons ensemble vers la plage. Les grands s’occupent du petit, tout va bien.
Assise sur ma serviette, je tente une virée vers mon livre. Je regarde à droite, à gauche, des fois que ma sœur ou la concierge ou n’importe qui apparaîtrait par hasard. Je ramène le livre vers moi et je l’ouvre. J’ai lu une page entière quand soudain mon fils arrive en courant. Il a soif.
Une fois de plus, je pose mon bouquin et j’ouvre la glacière, lui sert à boire ainsi qu’à mon mari. Mon fils ainé décide de se désaltérer lui aussi mais il me dit de ne pas me déranger. Ah ! Voilà qui est bien !
Alors je retourne à mon roman. Mais comble de l’ironie, voilà que moi aussi la soif me dessèche la gorge. J’ouvre donc la glacière et attrape…une bouteille vide. C’est bien connu, la poubelle préfère les bouteilles vides mais fraîches. Alors là, je rouspète en disant que quand même la poubelle est à côté et que ce n’est pas grand-chose que de jeter une bouteille vide. Évidemment on me répond que je fais toute une histoire pour rien.
Enfin vers seize heures, mes ados en ont marre, ils veulent rentrer. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, mon mari a tout plié. Je n’ai même pas enfilé mes tongs que tout est rangé dans la voiture.
Un dernier coup d’œil à la plage pour voir si on n’a rien oublié et nous voilà partis.
Dans la voiture, le miroir du rétroviseur me renvoie l’image d’une femme dont les cheveux sont retournés à l’état sauvage aussi je dégaine ma brosse de secours et coiffe ma chevelure en queue de cheval. Les enfants sont un peu plus calmes dans la voiture ce qui est bien agréable.
En arrivant, je rêve d’une douche mais je sais que je serai la dernière à la prendre parce que comme toujours les grands se précipitent, puis le mari et enfin le petit dernier. Et comme toujours je râle pour qu’ils lavent leurs palmes, leurs masques, leurs combis. Ils me répondent qu’ils vont le faire dans cinq minutes mais les minutes se transforment en heures et c’est moi qui m’en charge.
Quand enfin tout est rangé, lavé, etc.…il est temps de préparer le repas du soir.
Avec tout ça, je n’ai même pas lu un chapitre de mon livre. Et dire que c’est à peine le début de l’été !

L.L.H