histoires de vie

C’est un après-midi propice à l’inspiration, l’un de ces moments où le stylo ne glisse pas assez vite sur la feuille, peinant à suivre le cours de mes idées. Un moment, où l’on voudrait que le temps, accorde le temps à nos pensées de s’écrire sur papier.

Je suis donc en train de me laisser porter par la vague de mots, qui m’emmène toujours plus loin, m’éloignant du rivage de la réalité, lorsque soudain, la sonnerie de la porte d’entrée résonne dans l’appartement.

Mes doigts se figent dans l’espoir que mon cerveau n’ait pas entendu. Mais voilà que l’on sonne à nouveau. Je fronce les sourcils, en tentant de croire que c’est la porte d’entrée de l’immeuble, car si c’est le cas, je peux toujours faire semblant de ne pas être là.

Sauf que, maintenant, la personne tape sur la porte de l’appartement, de façon très énergique. Je soupire et me lève, vaincue. A tous les coups, ce doit être un représentant en fenêtres. Il en passe tous les mois dans l’immeuble. J’ai beau leur dire que non, je n’ai aucune intention de remplacer mes fenêtres, comme ce n’est jamais le même, j’ai droit au laïus complet et au prospectus, qui, si je les gardais tous, me permettrait de tapisser un mur. Autant dire que là, je suis un tant soit peu agacée.

J’ouvre la porte en faisant taire le chien, qui hurle son mécontentement d’avoir été dérangé pendant sa sieste. Et là, alors que je prépare mon refus habituel, avec sourire de circonstance, je tombe nez à nez avec :

– Coucou, c’eeeeest mooooi !!!

Finalement, j’aurais préféré voir un représentant.

– Alors, t’es contente de me voir ?

Pourquoi, ça ne se voit pas à mon sourire figé…

– Ben alors, tu ne m’invites pas à entrer ?

Où avais-je la tête ?

Bon, allez, j’avoue, l’espace d’une seconde, j’ai eu la furieuse envie de refermer la porte au nez de cette chère Coucou c‘est moi, mais c’est très malpoli de faire ça… J’ai donc ouvert la porte en grand.

Coucou c’est moi, s’est ruée à l’intérieur de l’appartement, comme si sa vie en dépendait. Je n’ai pu m’empêcher de regarder dans le couloir pour voir si quelqu’un la poursuivait. Un réflexe bien naturel. Coucou c’est moi, a jeté son manteau sur une chaise, en se plaignant d’être éreintée à cause de son boulot.

– Tu m’offres un café ? J’en ai bien besoin.

J’ai jeté un coup d’œil sur mes papiers, posés sur le bureau, à côté de mon ordi.

– Je ne te dérange pas au moins ?

Ben, si un peu quand même…

– Euh…

– Ah ! Tu travaillais sur ton bouquin…

Elle hausse les épaules.

– Tu pourras finir plus tard.

Ben voyons !  Je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton « stop imagination » et à le réenclencher quand elle sera partie, c’est ça !

De toute manière, je n’ai pas le choix. Donc, je file dans la cuisine, pour lui préparer sa tasse de café, tout en regardant l’heure. Quatorze heures. Avec un peu de chance, elle ne va pas rester trop longtemps…

J’apporte le liquide brûlant et quelques gâteaux secs, reste de courtoisie tout de même.

– Oh ! Merci, tu es un amour !

A peine a-t-elle avalé son breuvage, que Coucou c’est moi se lance dans une diatribe sur son boulot. Elle n’en peut plus. Elle travaille à mi-temps, mais n’a le temps de rien. En même temps, si elle prend le café chaque après-midi chez quelqu’un, c’est normal…

Coucou c’est moi, me parle ensuite de ses enfants qui lui prennent la tête, et quand je tente d’en placer une sur les miens, elle m’arrête tout de suite, les siens sont les pires des pires. Mais bien sûr ! Puis, elle me parle des soldes qui ne sont plus des soldes, des écarts de prix entre les différents camemberts…

Et moi, j’écoute bien sagement, calée au fond de mon canapé, les bras croisés, en hochant la tête de temps en temps. Ah ! Si elle était perspicace, elle remarquerait que mon attitude est légèrement fermé là. Je décroise les bras, mais un énorme bâillement tend à vouloir me décrocher la mâchoire. Et Coucou c’est moi qui continue de parler. J’entends un bruit là…zut, c’est juste un de mes personnages qui m’appelle.

– Et toi t’en penses quoi ?

Hein ! Quoi ? Oups, là, c’est la question piège par excellence… Bon, allez j’avoue, j’ai un peu décroché, mais si je lui dis, elle risque de mal le prendre.

– Euh ! Je ne sais pas trop en fait…

Voilà, ça c’est bien. Simple et concis.

– Ah bon ! Tu ne sais pas si cette émission est bien ?

Mince, j’en étais restée au camembert !

– Ben, oui, mais…mais toi qu’en penses-tu ?

– Je viens de te le dire, j’adore…

Je hoche la tête.

– C’est aussi mon avis.

Bon, ok, je ne sais absolument pas ce que j’adore sans le savoir, mais je ne vais quand même pas perdre la face pour une émission de télé.

– Ah bon ! Ce n’est  pourtant pas ta tasse de thé d’habitude.

Tout va bien, je vais bien…

– J’ai aussi le droit de changer d’avis, non mais !

Coucou c’est moi hausse les épaules.

– Il faut dire que cette émission est vraiment géniale avec toutes ses vedettes. J’ai tellement hâte qu’elle reprenne.

Et moi donc ! Je regarde discrètement l’heure. Même la pendule est contre moi.

– Oh ! Si j’osais, je te redemanderai un café. Il est tellement délicieux.

Non, non, n’ose pas….vraiment !

P.S.: Penser à servir un café dégueu la prochaine fois.

Mais comme je suis une personne polie, je lui prépare un autre café. Coucou c’est moi, l’a bu en deux secondes et demi. Et elle a continué à me raconter sa vie, comme quoi sa pile de repassage s’accumulait dangereusement. J’ai pensé très fort que si elle rentrait chez elle, elle avait encore le temps de s’y mettre, mais apparemment la transmission de pensées ne s’est pas faite. Cependant, comme toutes les bonnes choses ont une fin, Coucou c’est moi s’est enfin levée pour partir.

Bon, entre le temps qu’il lui a fallu pour aller au toilette, enfiler son manteau et me dire au revoir, il s’est bien passé un bon quart d’heure. Lorsqu’enfin, j’ai refermé la porte derrière elle en priant qu’elle n’ait rien oublié, il me restait une demi-heure avant d’aller chercher mon fils à l’école. Je me suis assise devant ma table et j’ai essayé de trouver le bouton « retour imagination » mais ça ne marche pas comme ça. J’ai bien écrit quelques lignes, mais bon…

Merci qui ???

A partir de maintenant, quand je suis là… je ne suis pas là…c’est compris !

L.L.H