Les grains de sable du temps de Morgane Pinon

 

Dans ce recueil de Nouvelles, Morgane Pinon, auteure à la plume délicate et touchante, nous offre une panoplie de personnages aux destins exceptionnels ou pas.

Le récit écrit à la première personne permet de se plonger dans les réflexions intimes de chaque héros ou « grain de sable ». De mieux ressentir leurs doutes et émotions. Leurs déceptions aussi.

Je me suis régalée à essayer de deviner à chaque fois quel individu était caché derrière l’anecdote racontée. J’en ai deviné quelques-uns mais certains m’ont étonné, car j’ai découvert la clé de voûte de certains destins qui, si les choses avaient tourné autrement, aurait pu changer l’Histoire…

Ce texte est aussi un moyen de réfléchir sur le pourquoi du comment. Il suffit parfois d’un élément, d’une rencontre, d’un refus pour que bascule une vie. Prendre tel ou tel chemin peut nous mener à la réussite, à l’affirmation de soi, au bonheur tranquille ou bien au pire des scénarios.

Le titre est très bien choisi, car en effet nous ne sommes que des grains de sables dans l’univers. Certains laissent leur empreinte en bien ou en mal, d’autres sont rejetés à la mer. De nos choix dépendront l’avenir d’autres que nous. Une belle matière à réflexion.

Personnellement, lire les ouvrages de Morgane Pinon est un plaisir, car ils sont toujours empreints de cette même sensibilité. D’ailleurs, je trouve qu’elle porte bien son prénom. Une petite fée de l’écriture…

 

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Araldus de David Pascaud

araldus

 

Araldus est un petit seigneur du Moyen Âge. Un personnage obscur ayant vraiment existé, possible fondateur de Châtellerault, une commune dans le département de la Vienne.

Du haut de son castrum construit en bois, loin du faste d’autres châteaux, le vassal règne sur ses terres avec une poigne de fer, mais un grand sens de l’équité.

La différence avec d’autres romans historiques, c’est la plongée en apnée dans le cerveau du héros. Ce dernier, que l’on suit tout au long de sa vie, est proche d’un homme de notre temps. Il est loin d’être le rustre que l’on s’imagine. Ses doutes, ses espoirs, son humanité sont touchants, authentiques.

Bien que des siècles nous séparent, on retrouve les mêmes incertitudes, désirs, inhérents à l’homme.  Des désillusions, mais aussi des joies dans un monde où tout est hiérarchisé. Où s’élever est parfois possible pour le fils illégitime d’un noble, à la force du poignet, au prix de luttes incessantes.

Pourtant, il n’est guère facile d’évoluer dans une société sans  concessions, rude, où les conditions de vie particulièrement difficiles n’invitent pas à la tendresse. La vie d’un homme se joue parfois à peu de choses. Mais notre héros a pourtant des émotions vraies, des amitiés réelles. Devant nos yeux se déroule le film d’une existence, comme sur grand écran.

L’auteur, David Pascaud, manie la précision historique, dans le langage, dans les descriptions, avec brio, sans en faire trop, comme ces conteurs d’autrefois.

Alors si, comme moi, vous êtes férus de ces épopées lointaines, n’hésitez pas à monter en selle derrière Araldus, pour une chevauchée inoubliable sur les chemins d’un autre temps.

 

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La cité des sables de Michel Rouvère

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On découvre dans ce roman palpitant, le destin de deux femmes se battant pour exister dans un monde dirigé par les hommes.

D’abord Adonia, une reine adolescente vivant en 686 av.JC, qui évolue entre complots, amour et  trahisons. Puis Moira, jeune anglaise au caractère bien trempé,  née dans une époque où imposer ses points de vue en tant que femme relève du parcours du combattant. En survivant à un crash d’avion au-dessus du Sahara, cette dernière est bien loin de se douter de la formidable découverte qu’elle va mettre à jour.

L’auteur Michel Rouvère, nous fait voyager d’une époque à une autre avec bonheur, et l’on suit avec intérêt les péripéties vécues par les deux touchantes héroïnes. Un bon moyen aussi de découvrir le monde de l’archéologie, passionnant, parfois dangereux, mais aussi riche en belles émotions.

Un livre à ne pas manquer si l’on aime se plonger dans les mystères du passé…

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Un aussi long chemin de Juliette Benzoni

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L’un des meilleurs romans de Juliette Benzoni, à mon sens.

Je l’ai dévoré.

L’histoire se situe au début du Moyen Âge où la beauté apparaît comme un fardeau lourd à porter. La toute jeune et très belle Marjolaine des Bruyères va vivre maintes péripéties, de son mariage forcé à son départ pour Saint-Jacques de Compostelle, en compagnie de pèlerins. Un voyage éprouvant autant mentalement que physiquement.

On ne peut que s’attacher à cette femme fuyant un destin tout tracé et sans amour. D’ailleurs, aura-t-elle droit à sa part de bonheur, telle est la question !

Une route semée d’embûches, des personnages hauts en couleur, c’est un livre difficile à reposer, tant on est avide de connaître le dénouement. L’auteure, au départ avait prévu une suite, mais elle n’a pu se faire et c’est bien dommage !

En tout cas, si vous aimez les histoires d’époque mettant en scène de belles héroïnes, alors n’hésitez pas, suivez Marjolaine sur le chemin du grand pèlerinage.

Vent d’Espoirs de Monique Massot-Escaravage

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Sortie le 06 juin aux Editions AETH du premier roman de Monique Massot-Escaravage.

L’auteur m’ayant gentiment proposé de lire deux extraits, je ne manquerai pas le rendez-vous !

Paris 1848. La France est en proie au chaos. Les révolutions se succèdent les unes après les autres. La misère qui sévit dans le pays pousse un couple d’Alsaciens sur les chemins de l’exode. Une nouvelle colonie va les accueillir, livrant la perspective d’une vie meilleure. Malheureuse en ménage, battue, humiliée, la jeune Justine, enceinte, se voit offrir par un heureux concours de circonstances, la chance de recommencer sous de meilleurs auspices. En effet, Joseph, son mari, ivrogne notoire, vient de déclarer forfait… Sur le quai de Bercy, parmi les voyageurs, un ouvrier parisien, Clément, se porte à son secours alors qu’elle s’apprêtait, à embarquer seule à bord d’une péniche. Il s’engouffre avec fougue dans la brèche, usurpant par la force des choses le statut et l’état civil de l’absent. Contrairement à ce que l’administration leur avait laissé entendre, leur installation sur place ne se fera pas sans mal. La précarité, le climat, les maladies, n’auront de cesse d’éroder leur enthousiasme. Ici la vie ne tient qu’à un fil. Il leur faudra lutter avec la force du désespoir pour s’y faire une petite place au soleil. Sous couvert de bons sentiments, passion, amour, rougeoient les braises de poison, haine et vengeance qui jalonnent ce roman passionnant.

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Poisons de Marie-Cécile Picquet

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En l’an 1315, dans la ville d’Amiens, une belle jeune femme, Margault, est l’épouse de Matthieu Esternay, maître imagier. Ce pourrait être le bonheur avec cet homme doux et attentionné, sauf que…

Alors notre héroïne se réfugie dans les livres. Mais lorsqu’on n’est pas heureuse en ménage, il suffit du regard un peu trop appuyé d’un beau ténébreux, pour faire basculer une vie jusque-là si bien rangée. A partir de ce moment fatidique, la jeune femme connaîtra l’enfer.

Répudiée, trahie par son propre père, elle trouve refuge auprès des ribaudes et sorcières, qui lui apprennent la science des poisons, mais pas seulement cela. Une plongée spectaculaire dans le Moyen Age et ses croyances, où l’on juge sans même écouter. Ou même un père peut condamner à la damnation sa propre enfant, pourtant si longtemps chérie.

Une époque où les pires atrocités sont commises sans états d’âmes. Mieux vaut avoir le cœur bien accroché pour échapper à ses bourreaux et peut-être aussi une dose infime de chance…

Une vie bouleversée d’Etty Hillesum

une vie bouleversée

De 1941 à 1943, à Amsterdam, une jeune femme juive de vingt-sept ans tient un journal. Le résultat : un document extraordinaire, tant par la qualité littéraire que par la foi qui en émane. Une foi indéfectible en l’homme alors qu’il accomplit ses plus noirs méfaits. Car si ces années de guerre voient l’extermination des Juifs en Europe, elles sont pour Etty des années de développement personnel et de libération spirituelle. Celle qui note, en 1942, « Je sais déjà tout. Et pourtant je considère cette vie belle et riche de sens. A chaque instant. », trouve sa morale propre et la justification de son existence dans l’affirmation d’un altruisme absolu.

Partie le 7 septembre 1943 du camp de transit de Westerbork, d’où elle envoie d’admirables lettres à ses amis d’Amsterdam, Etty Hillesum meurt à Auschwitz le 30 novembre de la même année.

Etty Hillesum est née en 1914, il y a presque un siècle et pourtant, elle reste une jeune femme très proche de nous. Tout d’abord parce qu’elle était déjà, à sa manière, une femme libre qui entendait vivre comme elle le voulait. C’est bien pour cela que son journal ne peut que toucher, bien des années plus tard, bon nombre de femmes mais aussi des hommes.

Le grand rêve d’Etty était de devenir écrivain. Elle vivait par et pour les mots. Et son talent était indéniable. Que de belles choses eût-elle pu écrire si elle n’était pas morte si jeune. Encore un talent assassiné dans la fleur de l’âge.

Tout au long de cet ouvrage, on assiste à la lente transformation d’une jeune femme à la sensibilité exacerbée, qui oscille entre légèreté et angoisse, en une personne d’une bonté d’âme incroyable pour l’époque. Car jamais Etty ne va perdre foi en la race humaine, alors qu’elle est pourtant témoin privilégiée des pires atrocités que le monde ait connu. Est-ce sa foi grandissante qui l’amène à adopter cette attitude ? Probablement. Ou peut-être était-ce une manière de se protéger devant l’impensable ? De rester vivante pour témoigner de l’insoutenable.

En tout cas, la jeune femme nous donne une belle leçon d’humanité. Lire son journal et ses lettres nous ramène à l’essentiel, nous fait réfléchir intensément sur le sens de la vie, sur le pouvoir de croire en elle, encore et toujours.

La dernière phrase de son journal, résume parfaitement Etty Hillesum :

« On voudrait être un baume versé sur tant de plaies. »

Mangez-le si vous voulez de Jean Teulé

mangez le si vous voulez de jean teuléJe dois reconnaître que je n’étais pas, de prime abord, vraiment emballée à l’idée de lire cette histoire, car elle relate un fait abominable s’étant produit en France au XIXème siècle. Mais comme on en a beaucoup parlé, je me suis laissée convaincre.

Le mardi 16 août 1870, Alain de Monéys, jeune Périgourdin, se rend à la foire de Hautefaye, le village voisin. On sent tout de suite le gentil garçon, bien élevé, avec un bon fond, que tout le monde semble apprécier à sa juste valeur. Mais les choses dégénèrent soudain, sur quelques mots, mais surtout sur un malentendu. À partir de ce moment-là, démarre un hallucinant chemin de croix pour le jeune homme, dont l’issue ne peut-être que fatale.

Avec son style bien particulier, Jean Teulé nous entraîne, à grands renforts d’envolées lyriques, sur une route que l’on voudrait quitter, tellement la situation est absurde, abjecte.

Les pensées du pauvre jeune homme sont tellement décalées par rapport à une réalité sordide, les dialogues complètement loufoques, accentuant la démesure de cet acte inqualifiable et les scènes, d’un réalisme effroyable.

Il faut reconnaitre que l’auteur restitue parfaitement bien l’atmosphère malsaine de cette effroyable journée, avec une montée en puissance, étape par étape, d’une violence peu ordinaire.

A la lecture de ce roman, des questions se posent : comment l’être humain peut-il basculer dans l’horreur à ce point-là ? Comment de braves gens peuvent-ils se révéler des monstres sanguinaires ?

Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains…

Le Montespan de Jean Teulé

le montespan de jean teuléAu temps du Roi-Soleil, avoir sa femme dans le lit du monarque était pour les nobles une source de privilèges inépuisable. Le jour où Louis XIV jeta son dévolu sur Mme de Montespan, chacun, à Versailles, félicita le mari de sa bonne fortune. C’était mal connaître Louis-Henri de Pardaillan, marquis de Montespan…

Gascon fiévreux et passionnément amoureux de son épouse, Louis-Henri prit très mal la chose. Dès qu’il eut connaissance de son infortune, il orna son carrosse de cornes gigantesques et entreprit de mener une guerre impitoyable contre l’homme qui profanait une union si parfaite. Refusant les honneurs et les prébendes, indifférent aux menaces répétées, aux procès en tous genres, emprisonnements, ruine ou tentatives d’assassinat, il poursuivit de sa haine l’homme le plus puissant de la planète pour tenter de récupérer sa femme…

Ne connaissant pas les œuvres de cet auteur, je me suis finalement décidée pour ce roman sorti en 2008, car l’idée de s’intéresser au mari cocu de la célèbre Mme de Montespan, était assez plaisante.

Je dois avouer que le style de Monsieur TEULÉ est plutôt surprenant, parfois cru et grivois. Peut-être même, un peu dérangeant quelquefois. Malgré cela, on se laisse vite prendre au jeu de son humour caustique, présent tout au long des pages de ce livre.

Quelques références aux mœurs d’une époque turbulente sont assez croustillantes, voire répugnantes, notamment au point de vue de l’hygiène.

En tout cas, on suit avec intérêt la lutte sans merci, mais malheureusement vouée à l’échec, de ce pauvre marquis, signant toutes ses lettres de cette fameuse phrase « époux séparé quoique inséparable », contre Louis XIV monarque absolu.

Un roman tragi-comique distrayant.

La chambre de Françoise Chandernagor

la chambre françoise chandernagor« Le tour de l’île : vingt-quatre pas. Six du nord au sud et d’est en ouest, depuis la porte d’entrée jusqu’à la fenêtre. Les cloisons de planches, la cheminée de marbre et, comme un lac suspendu, le grand miroir – la géographie de la chambre, ses rivages, ses déserts, sa faune, j’en sais tout. Mais le décor, cet étrange décor, acajou et pavé, brocart et chaises dépaillées, qui l’a composé ? Qui, surtout, a donné l’ordre de condamner les portes, puis la fenêtre, la cheminée, de poser des serrures, des verrous, je l’ignore… Et l’enfant ? Lorsqu’on a détaché sa chambre du continent, pourquoi n’a-t-il pas crié ? Pourquoi s’est-il laissé couler ?

À l’origine du crime, qu’y avait-il ?

Quand la foi soulève des montagnes, elle écrase des enfants. Est-ce la foi qu’on trouve au commencement de cette histoire ? Ou bien la peur, la bêtise, le hasard ? Qu’y avait-il au commencement ? » 

Sans être jamais nommé, on devine que ce petit garçon de huit ans, qui se retrouve enfermé pour des motifs politiques, est le dauphin de France, Louis XVII.

Un enfant que l’on va soigneusement oublier  sous la Terreur révolutionnaire, et qui va, peu à peu, s’oublier lui-même…

La plume acérée de Françoise Chandernagor ne nous laisse aucun répit, avec des passages émouvants, des moments intenses et douloureux. Le tout accompagné de superbes descriptions.

On plonge, aux côtés de ce pauvre enfant, dans une terrible et lente descente aux enfers.

Une lecture propre à la réflexion, un genre de roman qui s’incruste au plus profond de votre âme.