Laurence Lopez Hodiesne

Un livre, une toile…

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Séance shopping

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Lorsque les premiers rayons du soleil daignent enfin illuminer aussi bien le ciel que notre moral, certaines personnes partent en croisade à la quête du « maillot de bain », la star des plages en été, qui, évidemment se doit d’être au top des tendances.

Élise est une amie qui n’échappe pas à la règle, bien au contraire. Le genre de filles qui connaît tous les magasins de fringues, tous les sites branchés, bref, une encyclopédie de la mode.

Aussi, lorsqu’elle m’appelle pour une séance shopping séance tenante dans une boutique qu’il faut absolument découvrir, je ne suis pas franchement ravie, loin de là. D’abord, ce printemps par trop maussade, ne m’inspire pas plus que ça et deuxièmement, ayant fait des travaux chez moi, l’état de mes finances ne m’autorise guère de folies, ce qui n’est évidemment pas le cas d’Élise, dont le porte-monnaie est constamment bien garni, ce qui n’est pas la moindre de nos différences.

Mais bon, en amitié, il faut savoir faire des sacrifices, donc je décide de l’accompagner pour la soutenir dans sa quête et faire quelques repérages éventuellement.

Nous voilà donc dans ce fameux magasin spécial maillots de bain, qui, de l’extérieur a l’air bien sympa. Toutes ces couleurs chatoyantes, ces matières satinées, c’est beau, ça attire l’œil, ça réchauffe nos petits cœurs meurtris par un rude hiver.

J’erre donc au milieu des tissus multicolores, avant de jeter un coup d’œil discret sur les étiquettes, afin de m’enquérir des prix et soudain, ma mâchoire manque se détacher de mon visage figé par la stupeur.

Un rapide calcul de tête et je constate que je pourrai m’acheter pas mal de livres pour la somme de ce petit bout de tissu. Et ma liste de romans qu’il faut absolument que je lise, est fort longue ! Le maillot est cousu avec des fils d’or ou quoi ! Même pas. Je repose avec précaution celui-ci pour continuer ma recherche un peu plus loin. J’en trouve enfin un qui affiche un prix un peu plus décent

– Aaahhh !!! Mais t’es folle, c’est la saison dernière ! me hurle Élise dans l’oreille.

Je fais un bond en arrière, j’ai presque failli avoir une attaque.

– Ben quoi, c’est pas grave…

Vu la tête de ma copine, euh ! Oui, c’est très grave !

Et voilà qu’arrive la vendeuse du magasin.

– Ah ! Mais ça ne va pas du tout ce modèle pour vous, Madame, vous êtes beaucoup trop petite pour porter ça.

Là, présentement, des envies de meurtres me viennent subitement à l’esprit.

D’abord je ne suis pas petite, je suis dans la moyenne des françaises, non mais Oh !

– Je fais un mètre soixante quand même !

– Ben oui, mais ce n’est pas très grand.

Euh ! Dis donc poulette, la psychologie, tu connais ? Non, sûrement pas. Est-ce que je te traite moi, de grande gigasse avec ton mètre quatre-vingt-cinq et ta taille mannequin !!!

Non mais Oh ! Faut pas pousser Mémé dans les orties !!!

– Tenez, prenez ce modèle, il vous conviendra parfaitement.

J’attrape le maillot qu’elle me tend. Bof ! J’aimais mieux l’autre.

La voix d’ Élise me vrille soudain les oreilles.

– Vas-y essaie-le, qu’est ce que tu risques ?

Je hausse les épaules en soupirant et part en direction des cabines d’essayage, précédée de Mademoiselle la vendeuse, miss « diplomatie, moi pas connaître »

Une fois dans la cabine, j’enfile le maillot puis, je m’observe devant la glace. Là, c’est le choc. Z’ont oublié du tissu ou quoi ! Et en plus, les couleurs flashy sur un corps tout blanc, ça le fait pas vraiment. D’ailleurs, la vendeuse aurait dû le savoir. Une peau comme la mienne ne supporte pas les imprimés trop vifs. Généralement, si je me mets au soleil en mai, j’ai un léger hâle en août. Alors, ça risque de ne pas le faire avec de telles couleurs, faire pâlichonne tout l’été merci bien ! Des couleurs plus discrètes seraient plus indiquées. Puis, cette forme de maillot, je ne suis pas certaine qu’elle me mette réellement en valeur.

Je passe ma tête derrière le rideau pour demander à la vendeuse si cette marque ne taille pas un peu petit.

La délicate jeune femme ouvre sans gêne aucune le rideau et me toise, les mains sur les hanches.

– Mais il vous va parfaitement ce maillot, Madame !

Je me regarde à nouveau dans le miroir. Elle se fiche de moi ou quoi. Je ne suis pas Kate Moss, j’ai donc comme la majorité des femmes normales, des choses qui s’appellent des formes, ce que n’a pas la jeune vendeuse, c’est certain. Peut pas comprendre. Et ces formes là, elles ressortent un peu trop à mon goût.

– Euh ! Ça ne couvre pas beaucoup quand même. Enfin, je veux dire…

– C’est un maillot de bain, me dit-elle sur le ton de quelqu’un qui s’adresse à une demeurée.

– Oui, certes, mais ne serait-ce pas le modèle spécial tue-mari, non parce que si je sors comme cela sur la plage, mon mari risque fort de faire une crise cardiaque !

La jeune femme lâche un sourire.

– C’est très tendance, vous savez.

– Ah ! Oui ! Seulement je pense avoir passé l’âge de jouer les midinettes sur les galets. Alerte à Malibu, très peu pour moi.

Élise arrive sur ces entrefaites.

– Mais il est super ce maillot !

– Euh ! Un peu voyant quand même.

Je me tourne vers la vendeuse.

– Vous n’auriez pas le même en noir ?

La jeune femme fait une grimace éloquente.

– Ah ! Non, désolée, mais il n’y a que deux couleurs dans ce modèle.

En plus d’être radin sur le tissu, ils le sont aussi sur les couleurs.

Je tire en soupirant le rideau aux nez des deux femmes, puis me change illico. Avant de sortir de la cabine, je jette un œil sur l’étiquette, et là, le fou rire me gagne. C’est vraiment un maillot tue-mari. Le prix est tout simplement indécent.

En sortant de la cabine, je bute sur la vendeuse qui me jette un : « vous le prenez ? » d’un ton qui n’admet aucune réplique.

– Non !

Et je lui tends le morceau de tissu aux couleurs criardes. Bouche bée, elle récupère le maillot.

Petite, toute petite victoire !

Élise après avoir écumé tous les rayons, telle une petite abeille qui butine de fleur en fleur à la recherche du meilleur pollen, a enfin trouvé son bonheur. Elle hésite maintenant entre deux modèles pour une paire de deux pièces. Imprimé marine, pile dans la tendance ou romantico-exotique asymétrique. Shorty ou pas shorty ! Sinon, elle doute pour son troisième choix, le trikini. Entendez par là, modèle une pièce très sexy, aux motifs trompe-l’œil ou plus sobre d’une seule couleur, maillot qui exige tout de même une silhouette parfaite, ce qui est le cas d’ Élise.

Quel dilemme pour elle ! Je suggère à tout hasard le premier, sachant très bien qu’elle est bien capable de revenir acheter l’un des deux autres plus tard.

Au bout d’un temps qui m’a paru interminable, Élise se décide enfin, non sans avoir essayé chaque modèle deux fois. Faudrait pas se tromper quand même.

Je me dis alors que la prochaine fois qu’elle m’appelle pour une séance de shopping improvisé, j’aurai certainement une migraine épouvantable ou alors la machine à laver le linge aura débordé ou bien un Alien se sera pointé dans ma cuisine pour boire une tasse de café !

Pour ma part, je me rendrai certainement le mois prochain, dans un magasin de sport que je connais bien, pour acheter un maillot de bain avec lequel je puisse aussi nager, dont le coût ne fera pas hurler de désespoir mon porte-monnaie.

Tendance, oui, mais pas à n’importe quel prix quand même !!!

L.L.

Au secours, Maman est au régime…

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Croyez-le ou non, mais ma balance électronique est encore détraquée !Cet objet de malheur m’annonce trois kilos de plus. Non mais oh ! ça va pas la tête…

Bon d’accord, j’avais bien remarqué que mon jean me serrait un peu mais je pensais que le sèche-linge en était responsable. C’est fou ce que cet appareil peut rétrécir les vêtements, on ne peut vraiment pas lui faire confiance. Enfin, c’est peut-être aussi la faute des plats bien consistants ingurgités pendant l’hiver, genre raclette allégée…

En même temps, ce n’est pas de ma faute s’il a fait très froid cette année, faut bien se réchauffer. Le Sud tout blanc, c’est déprimant. Enfin, bref, après être remonté trois fois sur cette fichue balance, qui n’a même pas varié d’un gramme -c’est beau la technologie- j’en arrive à la conclusion déprimante, par ce moche matin de printemps, qu’il faut que je me mette au régime.

Régime. Rien que ce mot a une consonance négative. Aussi je décide que non, je ne ferai pas de régime, je vais faire attention à mon alimentation, c’est tout !

Alors, je commence par réfléchir aux conditions. Tout d’abord, je ne cacherai plus le chocolat. Je l’ai fait une fois, mais le comble, c’est que je l’ai retrouvé. Pourtant, je l’avais bien planqué, mais c’est dingue, on oublie où on a posé ses clefs, jamais où est caché le chocolat… A méditer !

Donc, me voilà en train d’annoncer à tout le monde :

– Attention, fini les bons petits plats en sauce et vive les repas allégés.

Aussitôt, un vent de rébellion se met à souffler sur la maison, puissance maximale.

– Comment !!! Ce n’est pas notre faute si t’as grossi, nous, on est jeune, on a besoin de calories !

– Au secours, Maman est au régime…

Sympa les mecs, merci, j’m’en souviendrai.

Je décide donc de me débrouiller toute seule et de compter uniquement sur ma volonté infaillible. J’ai bien arrêté de fumer, me priver quelques temps de bonne nourriture doit être dans l’ordre du possible, non mais !

Donc premier repas, steack- haricots verts, classique. Seule avec le petit dernier. No problem ! Deuxième repas, pâtes à la bolo pour tout le monde, sauf moi. Pâtes sans rien. Sympa comme sauce, bien qu’un peu pâle. Bien sûr, tout le monde se moque de moi, bravo pour le soutien… j’ai même droit à : « Hum ! C’est bon, tu en veux ? » Moi stoïque, même pas envie. Je zappe même le fromage et opte pour un yaourt nature en guise de dessert. Hum ! Délicieux ce petit goût d’acidité…

En débarrassant, je jette les pots de danette d’un air dédaigneux. Savent pas ce qui est bon. Ouh que je suis fière de moi ! Jusqu’à ce que…plus tard dans la soirée, assise devant mon ordi, me vient subitement une crispation de l’estomac, qui veut dire, en clair : « A L’AIDE, J’AI FAIM ! » Je tente donc de parlementer avec mon estomac, lui proposant des rognures d’ongles qu’il n’a pas l’air d’apprécier ! Sur l’écran de mon ordinateur défile des recettes de gâteaux au chocolat…Vite je ferme l’email. Sont toujours là. Mince alors, illusion d’optique.

Mon mari regarde la télé et je me demande pourquoi il n’y a que des publicités sur la nourriture. J’essaie de penser à autre chose, mais mes pensées dérivent sur un océan de pâtisseries et autres sucreries. C’est joli, je plongerais bien, moi ! Non mais, ça ne va pas la tête, à ton âge ! Allez finis l’ongle de ton pouce, il en reste un bout là. Je décide d’aller me coucher, mais j’ai envie de dévorer les moutons que je compte pour m’endormir, alors je me relève, je prends un livre, je lis jusqu’à plus faim…

Deuxième jour : Je me réveille et mon estomac fait un bruit affreux. Mais je pense aussitôt que le plus dur est derrière moi et que maintenant, ce sera plus facile. N’importe quoi ! Bon, je monte sur la balance. Ouah ! Huit cent grammes de perdu. Youpi, youpi !!! Il n’y a pas dire, je suis fière de moi ! Et je compte bien continuer le cœur léger…

Évidemment, lorsqu’on est au régime, non pardon, lorsqu’on mange sainement, il y a toujours une bonne âme pour vous inviter à dîner.

– Oh ! Ma chérie, et si on se faisait une bonne fondue savoyarde, vendredi soir ?

Sourire poli.

– Non, désolée, je ne peux pas, j’essaie de perdre un peu de poids.

– Ah ! Bon ! Mais pourquooooi… t’en as pas besoin ?

– Ben, mes jeans ne sont pas de cet avis…

– Oh ! C’est dommage, je voulais faire une mousse au chocolat pour le dessert, je sais que tu adores !

Ça, c’est petit, c’est très petit, voire minuscule…

Bien sûr, on remet le petit dîner à plus tard. En attendant, si tu permets, je vais, de manière élégante, continuer à me serrer la ceinture.

Bon, l’humeur, elle, n’a rien d’élégant. Elle est plutôt du genre : « qu’est-ce que t’as, tu veux ma photo…  ok, mais après le régime, alors. »

Enfin bref, les jours s’écoulent, telle une rivière…comment cela ne fait que deux jours ???

Le troisième jour, je dois l’avouer, est très dur. Je me lève et…me jette sur la balance. Je sais, normalement il ne faut pas. C’est pas bien, patati et patata. N’empêche que. Comment ! Je n’ai rien perdu, même pas cent grammes ! Quelle saleté cette balance. Bon, tant pis, on ne peut pas perdre tous les jours, c’est normaaal.

Donc, on continue le cœur vaillant. On s’accroche pour tenir, on évite de croiser une boulangerie -si, si, ça arrive- on achète des trucs lights, genre fromage allégé, sauf que z’ont oublié le fromage, ils n’ont laissé que l’allégé. Bon, je préfère encore manger des yaourts natures. On tente deux heures de gym au lieu d’une. J’ai des courbatures de l’estomac. Aie ! Ça fait mal…Ma super copine qui m’a traîné dans cette fichue salle me dit que c’est normal, c’est signe que c’est efficace et que, bientôt je serai habituée. Les habitudes, c’est chiant parfois…

Cet après-midi là, j’ai failli manger le goûter de mon fils sur le chemin de l’école, c’est pour dire. Comme de juste, une des mamans me parle de son dîner d’hier au resto. Et dans les détails s’il vous plaît. Moi stoïque, je ne dis rien mais je n’en pense pas moins.

A la maison, c’est simple, je suis d’une humeur de chien à qui on aurait enlevé sa gamelle et pour cause. Une paire de chaussettes sales trouvé sous le lit et j’explose comme une cocotte minute.

– Bande de cochons, va, pouvez pas ranger vos affaires. Pas votre boniche !

Les cochons, euh, pardon, les enfants, organisent alors une réunion de famille.

– Maman, tu sais, si le régime te mets dans cet état, ben, vaudrait mieux arrêter !

– Oui, rajoute mon petit bout, tu sais moi, je t’aime même quand t’es grosse !

AAAAAhhhh !!!! J’ai pris que trois kilos, quand même ! Faut pas exagérer.Vais bouder, tiens…

Bon, pour tenir, je tente une méthode lu quelque part. Se visualiser en maillot de bain sur la plage. Pas mal l’idée, justement j’ai repéré un petit deux pièces couleur chocol…euh ! marron.Bof !

Quatrième jour :

Le temps est aussi moche que mon état d’esprit. Je monte sur la balance. Quoi ??? Je n’ai même pas perdu un gramme ! Mais ce n’est pas possible !!! Je pousse rageusement la balance en dessous du meuble de salle de bain. Le matériel n’est vraiment plus fiable de nos jours. Rien ne vaut une bonne balance mécanique.

Aujourd’hui, c’est jour de courses. Armée de ma liste, j’arrive au supermarché. Allée principale, des chocolats partout. Dans moins d’une semaine, c’est Pâques. Pourquoi tant de haine ? J’évite courageusement le rayon, ce sera pour plus tard.

Je termine mes courses comme une âme en peine. Mon estomac fait un drôle de bruit. J’ai même l’impression que tout le monde l’entend. Je rencontre une pauvre fille au rayon diététique. Ah ! non zut, c’est moi. J’achète sans grande conviction des galettes de riz. C’est bon, ça cale. Me ment à moi-même maintenant. Le plus dur, acheter les goûters des gosses. Mais bon, on va pas les priver, les pôôôvres… C’est terrible de tenir un pot de nutella dans sa main un jour de diète. Kellogs triple chocolat, rocher Suchard…euh ! ça, c’était pas sur la liste…Hum ! vais quand même le prendre au cas où…

Cinquième jour : Toujours rien perdu de plus. Ah si ! Cent grammes, si je soulève mes doigts de pieds. C’est toujours ça de pris. – Alors ? me demande mon mari. Alors quoi ? C’est pas parce que toi, t’es capable de perdre trois kilos en deux jours, sans même faire attention plus que ça, que t’es obligé de me narguer, non mais !!!

Sixième jour : Je déprime, je suis au bord du gouffre, j’ai l’impression que le frigo me fait des clins d’œils. J’appréhende les repas, les goûters. Je me dis que la vie est injuste, quand je regarde ma meilleure copine qui mange tout ce qu’elle veut et qui ne prend que cent grammes tous les six mois. Je déteste le sport qui fait même pas maigrir. Je hais les gens qui me parlent de bouffe. J’exècre ma balance. Je n’aime pas la cuisine sans sel, sans gras, sans saveur. Je me retiens de lécher l’assiette de mes gamins. Je veux du chocolat ! Mais…je tiens bon.

Jusqu’à ce que…

– Maman, ça fait longtemps que tu n’as pas fait des cookies ?

J’oubliais, c’est Mercredi. Mon pov’chéri. Bon, allez, je vais me dévouer. Je ne voudrais pas que mes enfants soient traumatisés. Je ne mange qu’un seul biscuit, pour goûter, on ne sait jamais.

Bilan : Un kilo deux cent grammes de perdu. Peut mieux faire. Mais…je vais attendre un peu… après Pâques. Ce n’est pas vraiment le moment de faire le régime. Ensuite je m’y mets sérieusement.

Promis…

L.L.

Un rendez-vous insolite chez le dentiste

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Janet est une copine sympa qui déteste aller chez le dentiste. Phobie d’enfant. Donc, lorsqu’elle me demande de l’accompagner pour sa visite annuelle qui a lieu tous les dix ans, j’accepte de bon cœur, même si des visites médicales avec mes enfants, j’en soupe plus qu’à mon tour. Je propose donc de venir la chercher, étant donné que Janet n’a toujours pas, à trente-cinq ans et des poussières, le permis de conduire. Elle prétend que cela n’est pas nécessaire -facile quand on est célibataire, moins aisé avec une famille- et passe sa vie dans les transports en commun. Ou dans la voiture d’une bonne âme qui se propose de la conduire à l’endroit désiré.

Donc, le jour de son rendez-vous, je me pointe devant son immeuble et j’attends que Mademoiselle sorte de chez elle. Lorsqu’elle arrive, je ne peux m’empêcher de sourire. Apparemment, Janet a confondu soirée dansante et rendez-vous chez le dentiste. Elle arrive, vêtue d’une mini, mini-jupe en jean, d’un décolleté tellement plongeant qu’un homme pourrait s’y noyer, de talons aiguilles dignes de mannequins haute couture et qui plus est, ne la gêne même pas pour marcher. Un instant, je m’imagine devant l’école de mon fils dans cette tenue et le fou rire me gagne aussitôt. Il est vrai que Janet est coutumière du fait.  Etant donné qu’elle est de nouveau célibataire, elle ne dédaigne pas de montrer ses appâts. Car Janet est à la recherche de l’homme idéal et pense encore que ce dernier, se commande comme un menu au restaurant.

– Garçon… un mec bien s’il vous plait, avec un supplément d’amour en prime…

Bien sûr, il lui est déjà arrivé de tomber sur des hommes sympas, qui auraient pu la rendre heureuse, mais Janet ne supporte aucun défaut. En fait, je crois que le quotidien la rebute. Malheureusement, je doute qu’on puisse y échapper. Et même si dans sa tête, cette fille a toujours vingt ans, les années s’écoulent inexorablement, laissant leur empreinte indélébile, quand bien même on tente d’ignorer cette vérité universelle.

– J’adooooore ta voiture, dit-elle en s’asseyant sur le siège avant.

Encore heureux ! Manquerait plus qu’elle ne l’aime pas…

– Ah ! Si tu savais la frousse que j’ai !

– Mais non voyons, il n’y a aucune raison d’avoir peur. Ce dentiste est hyper délicat, tu ne sentiras rien du tout. Les méthodes ont évolué depuis le temps, tu sais !

– J’espère. Il est célibataire ?

– Céli…Janet, il est…un peu, beaucoup plus vieux que toi.

– Ah ! Bon ! Mais ce n’est pas grave, ça !

– Il est marié d’après ce que je sais.

– Ah ! Mais peut-être qu’il va divorcer…

Je préfère ne pas répondre. Quand Janet a une idée derrière la tête… Voilà donc l’explication de sa tenue pour le moins…sexy. Le pauvre dentiste n’a qu’à bien se tenir. Espérons que sa main ne tremble pas, lorsqu’il verra la tenue de sa cliente, parce que sinon, Janet risque vraiment d’avoir mal.

– Ouah ! T’as vu le mec ?

Non, je n’ai pas vu « le mec » car là, je conduis. Et généralement dans ce cas, regarder la route, ça aide.

– Mais regarde-moi celui-là !

Ce qui est horripilant avec ceux qui ne conduisent pas, c’est qu’ils ne se rendent pas compte qu’une seconde d’inattention en pleine ville peut être fatale. Bon d’accord, là on roule à 30 km/h mais quand même. Le feu. Je jette un œil. Ah ! ouais quand même…

– Oh ! Là, là, celui-là, j’en ferai bien mon quatre heures…

Pour moi, là, tout de suite, ce serait plutôt du chocolat mais bon ! Nous arrivons enfin devant le cabinet du dentiste. Je me gare sous l’œil avisé de Janet qui me donne des conseils. Me demande bien comment je fais d’habitude sans son aide !!!

Enfin, nous poussons la porte en verre du cabinet. La jeune secrétaire, qui a l’air d’être sortie hier de l’école, nous accueille avec un sourire timide. Je lui présente l’amie dont je lui ai parlé, celle qui a très peur d’aller chez le dentiste. Janet m’envoie une bourrade dans l’épaule et nous allons nous installer en salle d’attente. Un jeune homme, ni beau, ni moche, est présent, en pleine lecture d’un magazine sur les voitures. Il lève la tête pour nous saluer, mais le mot ne sort pas en entier de sa bouche, qui reste grande ouverte en apercevant Janet. Je retiens un fou rire et nous nous asseyons en face du Monsieur, qui a replongé la tête dans son journal, mais dont les joues sont toutes rouges à présent.

Janet est assise. Sa jambe, elle, bat la mesure de son stress. Elle se ronge tous les ongles et irait jusqu’à ronger les miens, si ce n’était déjà fait. Je lui murmure de se calmer et lui tend une revue féminine. Elle la prend, puis se met à tourner si violemment les pages que je la lui arrache des mains illico. Il me vient soudain une idée. J’ai lu récemment un livre de Luc Doyelle qui m’a fait beaucoup rire, avec sa façon d’inventer de nouveaux mots ou d’en détourner d’autres, comme par exemple : « Je démarre en trombe ou sur les casquettes de roue… » Je lui raconte donc quelques-uns de ces bons mots qui m’ont marqué tout particulièrement. Alors, elle se met à rire mais rire. Tellement, que le jeune homme assis en face de nous, demande timidement la raison de notre hilarité. De fil en aiguille, Janet lui répète ce que je viens de dire et les voilà pliés en deux tous les deux. Pas mal comme technique de drague. Au moment où le dentiste vient chercher Janet, celle-ci est complètement détendue. En voyant l’âge du docteur, elle reboutonne discrètement les boutons de son chemisier et exige que je l’accompagne, des fois que le dentiste en ait après sa vertu… Elle s’installe sur le siège, un peu gênée par sa mini-jupe qui décidément ne veut pas s’allonger et me lance un sourire crispé. Finalement la séance s’est bien passée et Janet en ressort toute contente, en me disant qu’elle n’a presque rien senti. En voilà une bonne nouvelle. Alors que nous nous dirigeons vers la sortie, le jeune homme de la salle d’attente arrive en courant pour parler à Janet.

Bilan de ce rendez-vous chez le dentiste : Janet a des dents bien soignés, qui le valaient bien et…un rendez-vous avec un homme…

Espérons que celui-là sera le bon !  Qu’il ne laissera pas traîner ses chaussettes sales, baissera la lunette des toilettes, rebouchera le tube de dentifrice, ne s’affalera pas devant la télé pour regarder un match de foot en mangeant des trucs salés, n’oubliera pas de sortir la poubelle, ne râlera pas en voiture… Bref, le mec idéal quoi. Celui dont rêve Janet, qui oublie souvent que le prince charmant n’existe que dans les contes de fées et que les princesses ont aussi des défauts et pas des moindres.

A mon avis, c’est pas gagné…

L.L.

Confidences d’un toutou

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Par une belle journée d’octobre, voilà de cela douze ans, j’ai été adoptée. Il s’en est fallu de peu que ce ne soit pas moi, car mes maîtres ont tout d’abord repéré un petit chiot tout mignon, vraiment attendrissant. Mais la dame de la SPA, préfère les prévenir que la petite boule de poils, risque de devenir un maous toutou. Or, à cette époque, ils habitent un appartement moins grand que celui d’aujourd’hui,  nul doute qu’un gros chien risque d’être fort à l’étroit chez eux.

Lorsque la directrice du refuge me dépose dans les bras de cette dame, je n’ai pas fière allure. Je sens un peu mauvais, mon poil est presque noir de saleté, rêche de surcroît. Bref, je ne paie pas de mine. Je n’ai que dix mois mais ma vie est loin d’avoir été radieuse jusque-là, comme le raconte la directrice. Ma future maîtresse pose sur moi un regard ému, elle pousse les poils devant mes yeux et je sens que, malgré ma crasse, elle m’aime déjà, alors je sors ma petite langue rose et tout doucement, je lui lèche la main. Elle sourit et me présente alors à mes petits maîtres en miniatures.

– Voilà notre nouveau chien, dit-elle.

Et les petits garçons explosent de joie. Il faut dire qu’ils viennent de perdre leur fidèle toutou quelques temps auparavant et depuis, ils sont inconsolables. Le retour à la maison est bien joyeux. Au début, je suis un peu timide, je visite les lieux sans trop oser croire à mon bonheur. Ai-je enfin trouvé une maison où je serais bien traité ?

Ma maîtresse décide de me laver et là, ô ! stupeur, découvre que mon pelage n’est pas couleur caca d’oie mais plutôt celle du blé bien mûr. Cela fait du bien de se faire pouponner. Je me sens toute chose et je cours dans tout l’appartement pour montrer ma joie.

Le soir, ma maîtresse dépose devant moi une gamelle toute neuve, toute brillante. Je n’ose pas manger, j’attends qu’elle s’éloigne pour goûter à ma pâtée. Résidus de mauvais souvenirs sans doute, je ne sais pas, je ne sais plus. De même, pendant longtemps j’ai eu très peur des parapluies et des cagibis. Mais c’est du passé tout ça. A présent, lorsque ma maîtresse tarde trop à me servir ma gamelle, j’aboie pour montrer mon mécontentement.

Avec moi, il y a aussi deux autres chats. Je n’aurai jamais cru pouvoir cohabiter avec ces bestioles mais il a bien fallu que je m’adapte. Bon, c’est vrai que j’ai eu la fâcheuse tendance à vider leurs gamelles, ce qui fait que ma maîtresse a dû les mettre en hauteur. Mais aussi, toutes ces croquettes à portée de gueule, c’est irrésistible pour moi. Elle a dû surélever le bac aussi, j’emportais des crottes dans mon panier. Le véto a dit que c’était par jalousie. Que nenni, c’était pour que ces bestioles miaulantes ne me piquent pas mon dodo. Les chats n’aiment pas quand ça sent mauvais, c’est bien connu.

Bon, aujourd’hui je partage volontiers ma couche avec Chipie. On se tient chaud, elle et moi. Et puis, on se fait vieille aussi. C’est vrai que je suis un peu jalouse parfois et souvent, je regrette de ne pas pouvoir, comme le font les matous, monter sur les genoux de mes maîtres lorsqu’ils s’assoient sur le canapé ou devant leur ordi. Alors, je me couche à leurs pieds, espérant une miette ou bien une caresse. C’est d’ailleurs pour cela, que j’accoure toujours, quand j’entends prononcer le nom des chats et que je les pousse avec mon museau, histoire d’avoir plus de câlins qu’eux.

A propos de chats, peu de temps après mon arrivée, Fidji le gros matou, a disparu. Sur le moment, j’ai été vexé, je sens mauvais ou quoi ! Mais, j’ai vu la tristesse dans les yeux de mes petits maîtres et cela m’a fait de la peine. Je montais la garde devant la fenêtre par laquelle il sortait pour guetter son retour, mais il ne revenait pas. Bon, je n’allais pas me plaindre non plus. Plus qu’un seul animal avec qui partager les câlins.

Mais, par une matinée glaciale, peu après Noël, voilà que ma maîtresse remonte de la cour avec un paquet dans ses bras. Elle est tout sourire. Moi, je pense tout de suite à un gros nonos pour moi, mais voilà qu’elle nous montre soudain une boule de poils puante. Et devinez quoi, c’était lui. Après plus de cinq mois, Fidji était de retour. Oh ! la la, comme ils étaient tous contents à la maison. On aurait dit le retour de l’enfant prodigue. Faut pas exagérer quand même, ce n’est qu’un chat ! Et qui sent mauvais en plus. Enfin, j’étais contente malgré tout. Après l’avoir copieusement engueulé à coups de « Ouaf Ouaf » bien bruyants, je lui ai fait une léchouille pour lui souhaiter la bienvenue. Première et dernière fois. Faut pas pousser non plus.

Puis, la vie a repris son cours tranquillement. Oh ! J’ai fait quelques bêtises, je l’avoue. Comme ce jour où, lorsque ma maîtresse est partie accompagner le petit dernier à l’école sans moi, en me disant qu’elle me sortirait plus tard parce qu’il pleuvait des cordes… j’ai fait un gros caca sur le tapis. Autant vous dire, que lorsque ma maîtresse est rentrée, elle n’était pas contente mais alors pas contente du tout. Elle m’a regardé sans rien dire, les mains sur les hanches. Je suis partie me coucher dans mon panier, les oreilles basses. Bon, je n’étais pas très fière quand même.

Ce que je fais souvent aussi, c’est me vautrer sur les coussins du lit lorsque mes maîtres sortent. C’est tout moelleux, ça sent bon leur odeur. Un vrai bonheur. Avant, dès que j’entendais le bruit de la clé dans la serrure, je descendais en courant. Les ongles de mes pattes résonnait sur le carrelage, alors  j’allais me planquer sous le lit. Ni vu, ni connu. Mais maintenant, j’ai vieilli, alors le temps que je descende, hop ! ils sont là. Ils crient un bon coup, je fais pâle gueule et  me traîne avec un regard malheureux jusqu’à mon panier.

J’aime bien le canapé aussi, la nuit, c’est sympa. Avec les chats, on s’étale, on se met à l’aise. Ma maîtresse a renoncé à me faire descendre d’ailleurs. Alors, j’en profite, je ne bouge même plus maintenant. Je lui fais mon regard tout doux et elle part en soupirant. Ça a du bon la vieillesse. Aussi, quand quelqu’un sonne à la porte, je suis toujours polie, je l’accueille avec des aboiements bien sonores, quelquefois pour l’inviter à entrer, d’autre fois, pour lui dire : « barres-toi vite de chez moi, j’aime pas ta tête ! »

Enfin voilà, vous savez tout sur ma vie de chien qui avait bien mal commencé, mais qui au final, se révèle une vie de chien gâté. Bon, faut que je vous laisse, j’ai un nonos à terminer et une sieste à peaufiner…

L.L.H

« Les parentus desesperus »

chaussures

Les Parentus Desesperus, aussi communément appelés, parents d’adolescents, se reconnaissent à leurs nez aplatis. En effet, ceux-ci se retrouvent souvent face à une porte qui claque, après avoir suivi un ado qui a pris la mouche, quelquefois pour des raisons totalement incompréhensibles.

Les parents d’adolescents, devraient avoir droit à des cours gratuits de psychologie, remboursés par la Sécu, pour pouvoir enfin comprendre ce qui se passe dans la tête de leur progéniture. Pourquoi ne pas envisager d’ailleurs, le P.A.A. : Parents d’adolescents anonymes ! Dans cette association, on apprendrait aux pauvres parents à dire NON à leur enfant, euh ! pardon, ado, d’une manière ferme et intransigeante.

A dire :

NON, ce n’est pas parce que tu fais vingt-cinq centimètres de plus que moi, que je n’ai plus le droit à la parole.

NON, je ne suis pas vieux ou vieille.

NON, je ne rangerai plus ta chambre.

NON, je ne ramasserai pas davantage tes vêtements sales ou même propres.

NON, je n’écouterai plus si tu râles, parce que tes caleçons fétiches ne sont pas lavés.

NON, je ne récupérerai plus les détritus de diverses sortes, que tu laisses traîner sur ton bureau sous prétexte que la poubelle est trop loin.

NON, je n’ouvrirai plus la fenêtre de ta chambre quand tu n’es pas là, pour enlever l’odeur de fauve qu’il s’en dégage.

NON, je n’essaierai plus de comprendre quand tu grognes comme un animal sauvage, pour montrer ton mécontentement.

NON, je ne tenterai pas non plus de saisir ton langage bizarre, lorsqu’enfin tu t’exprimes sans râler.

NON, je ne remplacerai pas les stylos ou objet divers que tu casses, parce que tu as perdu à un jeu sur ton ordi.

NON, je ne m’offusquerai plus, quand tu me dis que ce qu’on mange est dégueu.

NON, je ne désespérerai pas, lorsque je verrai la moitié de ton caleçon dépassant du jean, tout ça pour montrer ta ceinture.

NON, je ne prierai plus le ciel pour que tu ne sois pas malade, lorsque tu te baladeras en plein hiver la veste grande ouverte.

NON, je ne me formaliserai pas, lorsque je t’aurai choisi un vêtement et que tu me diras que même ta grand-mère n’en voudrait pas.

NON, je ne hurlerai plus, quand tu auras fini tout le Nutella en laissant le pot vide dans le placard.

NON, je ne m’irriterai pas, lorsque tu prétendras que ta part de gâteau est plus petite que celle de ton frère.

NON, je ne m’époumonerai plus, pour que tu m’entendes par-dessus le son de ta guitare électrique.

NON, je ne m’énerverai plus, quand tu ne voudras pas te coucher à une heure décente, sous prétexte que tu n’as pas sommeil et que tous tes copains se couchent tard le soir.

NON, je ne m’agacerai pas, quand tu mettras une demi-heure pour te lever le matin.

NON, je ne me crisperai pas, en pensant à la facture d’eau quand tu es sous la douche.

Et pour finir, NON, je ne t’achèterai pas la toute dernière console de jeu.

Voilà donc la charte de Parents d’adolescents anonymes. Pourront s’ajouter éventuellement cours de yoga, relaxation et autres. En espérant que cette association pourra aider l’espèce des Parentus desesperus, à trouver le chemin de la zen attitude.

Bien entendu, toute suggestion sera la bienvenue….

L.L.

L’apéro

apero

C’est comme ça, je n’aime pas parler pour ne rien dire. Alors, souvent, j’écoute les gens qui parlent…souvent pour ne rien dire.

Un soir, alors que je sirote tranquillou mon verre de vin, assise sur mon canapé en écoutant des âneries dont même les ânes ne seraient pas fiers, Marc, un copain venu prendre l’apéro pour nous présenter sa nouvelle compagne me dit :

– Qu’est ce que tu as ? Tu fais la gueule ?

Le sourcil étonné, je le regarde.

– Ben, ouais, tu ne parles pas !

– Cela ne veut pas dire que je fais la gueule.

– Ben, tu pourrais dire quelque chose. On ne t’entend pas !

Forcément, si je ne parle pas, on ne m’entend pas. C’est d’une logique.

– Ben  -j’insiste bien sur le Ben- c’est que là tout de suite, je n’ai rien à dire.

A cet instant précis, il me sort une blague bien baveuse sur l’état de mon cerveau, que je me permets de censurer, en rapport avec ma couleur de cheveux. Ce qui fait que, d’un seul coup, je me retrouve comme un rugbyman, en plein milieu de la mêlée. Ce qui est loin d’être agréable, vous en conviendrez. Allez, le sujet est lancé. Pas moyen d’y échapper ! Pour me donner une contenance, je bois ou plutôt, je trempe mes lèvres dans mon verre, car si je bois trop, je vais en avoir à dire des choses, et cela risque de ne pas plaire à tout le monde. Non mais, oh !

Donc, je ne fais plus la gueule, que je ne faisais pas d’ailleurs, et tout le monde est content. Mais si j’étais un tant soit peu susceptible, je pourrais la faire, là, la gueule…

Je pourrais même dire à Marc :

– Dis-donc, ta nouvelle copine elle sait dire autre chose que… hihihihihihi…hiihhii ? Et pour sa couleur de cheveux, elle a hésité entre le blond, le noir et le vert… parce que dans son cas, j’appelle cela couleur indéfinie….Remarque, dans un champ, ça pourrait servir pour protéger les récoltes !

Mais comme je suis bien élevée, je ne dis rien de tout ceci. Heureusement, les blagues, c’est comme les soufflés, ça retombe aussi vite. Ouf ! Ils sont passés à autre chose. Sauf que Marc, ce soir, a décidé de me casser les pieds. Monsieur râle, car je n’ai pas préparé de petit en cas pour l’apéro. Ah ben oui, quand on vient à l’improviste chez quelqu’un, on s’attend, bien sûr, à ce qu’il ait cuisiné des ortolans et sorti l’argenterie. Logiiiiique !!! Sauf que moi, j’étais déjà en pyjama, prête à passer une soirée tranquille devant mon ordi, après un petit dîner sans prétention. Aussi, lorsqu’ils ont sonné au parlophone, j’ai bien pensé un instant répondre que nous n’étions pas là, mais il paraît que cela ne se fait pas.

Donc, mon humeur je dois l’avouer est plutôt du genre tempête sur la mer en plein hiver. Sans parler du fait qu’à cet instant, j’ai un résidu de migraine d’enfer, dû à ma grande copine l’insomnie, qui a décidé que trois jours sans passer me voir, quand même, c’est très long. Toute une nuit à tchatcher avec soi-même, forcément, ça laisse des traces. Voilà que Monsieur Marc me demande, avec un sourire de merlan frit -si tant est qu’un merlan frit puisse encore sourire-ce que j’ai préparé pour le repas du soir ! Ouh là, je vois clair dans ton jeu, mon ami…

– Sandwich ! me sort illico de la bouche.

Sa moue dépitée en dit long. Apparemment, Monsieur comptait sur un petit repas sympa ce soir, vu que sa très jeune amie aime beaucoup les magasins, mais pas ceux d’alimentation. Malheureusement, il y a des soirs où l’on a pas envie de se taper une conversation insipide jusqu’à pas d’heures. Demain, lever six heures, coco. Besoin de repos. Une autre fois peut-être…

Depuis qu’il a divorcé et s’est trouvé une jeunette, Monsieur a oublié ce que c’est qu’une vie de famille et les contraintes qu’elle impose. Bon, en plus, j’avoue, sa copine m’énerve. Machine -désolée, j’ai oublié son prénom- n’est pour moi qu’une pâle copie de son ex. Ex qui, bien évidemment, est aussi mon amie. Ce qui vous en conviendrez, ne facilite guère les choses. Je ne peux pas m’empêcher de faire des comparaisons et Machine n’est pas à son avantage. Avec elle, je ne peux même pas chanter « Au pays de Candy, comme dans tous les pays… » D’ailleurs, elle ne connaît sûrement pas, elle. Je me demande ce qu’il a pu lui trouver à cette fille ! Avez-vous remarqué que l’on se demande toujours ce qu’il ou elle, a pu trouver à elle ou lui ? C’est amusant, non ! Ben moi, ça ne m’amuse pas. Qu’est ce que je vais lui dire à ma copine ? Rien, c’est mieux, car cela pourrait lui faire de la peine. Mais pas question que je fraternise avec l’ennemi.

Voilà maintenant qu’ils nous racontent leur première rencontre. Après le divorce, soi-disant. Là, je commence à avoir sérieusement mal à la tête. A d’autres les enfants, faut pas pousser Mémé dans les orties, parce que si Mémé se relève, ça va faire mal.

A présent, Marc parle de sa nouvelle voiture, et nous demande si nous l’avons vue, garée devant chez nous. Tout le monde se lève pour aller admirer l’engin, sauf moi.

– Mais viens vooooooir ! me dit la charmante Machine.

C’est à moi, qu’elle parle, là ! Elle sait parler…ouah !!!

Je me lève à contrecœur. M’en fiche de sa bagnole, moi. Changement de voiture, de femme. Oh ! Cela pourrait donner des idées à mon mari, non mais ! J’admire la… il fait tout noir, je ne vois rien, désolée.

Marc tambourine sur la vitre avec son doigt.

– Mais si, là, regarde !

– Ah ! C’est ce modèle…

Mon ton, un brin désappointé, semble le vexer illico.

– Il est super ce modèle. J’ai toutes les options !

Je hoche la tête sans répondre. Marc reste bouche bée devant mon air désabusé. Un petit triomphe, tout petit. Pour ma copine. En fait, elle est super belle sa voiture, mais je ne lui dirai jamais, na !

Quand vient le moment de se quitter -enfin !- Machine me montre son nouveau sac d’une marque hypeeeeer connue, que je ne connais pas, et pour cause, c’est une marque de djeuns à ce qu’il paraît. Oh ! Toi, ma mignonne, tu n’es pas prête de monter en grade.

Bisous, bisous. Moi, de loin. Je ne voudrais pas attraper le microbe de la connerie. Au revoir, à bientôt. Pas trop tôt. Si vous repassez par là, changez de route, ils vont faire des travaux, cela pourrait abîmer la carrosserie de ta nouvelle voiture …

Bon, ils sont partis, il est temps pour moi d’aller faire réchauffer mon bœuf bourguignon…

L.L.

L’inconnu qui me connaît

Alors que je sors tranquillement d’un magasin, un charmant jeune homme d’environ la trentaine m’interpelle :

– Salut, Laurence, tu vas bien ?

Évidemment, quand quelqu’un vous appelle par votre prénom, c’est qu’il vous connaît ou alors, qu’il est médium. Comme je penche plutôt vers la première solution, je tente de rassembler tous mes souvenirs, afin de déterminer de qui il peut s’agir. Pour me donner le temps de la réflexion, je sors un brillant :

– Euh…ça va et…toi ?

Grand, baraqué, regard couleur d’azur et chevelure sombre coupée à ras. Habillé très classe. Quand même, il doit bien être planqué dans un coin de ma mémoire. Mon mari arrive sur ces entrefaites, avec le sourire de circonstance qui, après traduction donne : « C’est qui ce type ? Qu’est-ce qu’il te veut ? »

L’ennui, c’est que je ne sais pas du tout qui est cet homme !

– Alors, tes enfants vont bien ?

Ah ! Il sait que j’ai des enfants.

– Deux garçons, je crois.

Oh ! Ça se précise. Donc, je l’ai connu avant d’avoir le troisième.

– Euh ! Maintenant, j’en ai trois…de garçons.

– Ouah ! C’est génial ! Tu ne dois pas t’ennuyer chez toi.

– Naannn…

Bon sang de bonsoir, mon cerveau est déconnecté ou quoi. Allô, allô, besoin urgent d’informations !!! On se magne. Est-il utile de préciser que mon mari me regarde de travers !

– Et dis-moi, tu travailles toujours au Labo ?

Labo ! Donc, il connaît mon ancien boulot ! Je jette un œil sur mon conjoint, espérant peut-être une aide de sa part, mais le sourire en biais qu’il affiche ne m’aide pas beaucoup.

– Euh… non, plus maintenant.

– Ah bon !Mais au fait, tu écris toujours ?

Là, les bras m’en tombent, plus la mâchoire, et j’en passe. Peu de gens dans mon entourage sont au courant pour l’écriture. Je le crie rarement, très rarement sur les toits. Ce qui est normal, car j’ai le vertige. Donc,à une époque, j’ai dû le trouver vraiment très sympa pour lui avoir confier une telle chose. Ou alors, j’étais sous hypnose ! Pas mal comme idée, cela expliquerait mon trou de mémoire.

– Oui, oui, je continue, mais toi qu’est-ce que tu deviens ?

J’ai bon espoir que, s’il me dit ce qu’il fait dans la vie, je vais enfin me souvenir de lui, car pour l’instant j’ai l’impression de sombrer dans le néant. Va falloir que je fasse le ménage dans ma tête. Un balai quelque part ? Même pas une balayette. Pourtant, un beau mec, cela ne s’oublie pas en général !

– Oh ! Je viens de monter ma propre boîte. On démarre doucement mais ça va venir. Faut du temps pour tout mettre en route.

Alors là, ça m’aide vachement. Une boîte de quoi ? Je n’ose pas lui demander car je suis peut-être censée le savoir et donc, je vais passer pour une imbécile, que je suis, de ne pas me rappeler. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer. J’en ai mal aux neurones.

– Ah ! C’est génial.

– Merci ! En tout cas, toi, tu n’as pas changé.

Changé par rapport à quoi, à quand !!!

– Toi non plus…

C’est drôle, ma voix est toute fluette. Quelle menteuse ! Oh ça, c’est pas bien ! Mes joues sont si rouges, que je risque de me brûler la main si je la pose sur mon visage. Et en plus, j’ai hooonte ! Réfléchis, réfléchis. Mais fais un effort bon sang. Je le regarde dans les yeux, qu’il a forts beaux d’ailleurs, et mon trouble augmente d’autant plus. Il me sourit. Est-ce qu’il se doute du fait que je ne me souviens plus du tout de lui ? Peut-être même pense-t-il que je ne suis qu’une sombre idiote ? Oh là là, c’est la honte ! Je souris, aussi. Bêtement !

– Bon, faut que j’y aille. Cela m’a fait plaisir de te revoir.

– Euh…moi aussi…

– Allez, à bientôt peut-être.

– Oui…à bientôt.

Et il s’en va d’un pas alerte.

– Dis-donc, c’est qui ce type ? Me demande aussitôt mon mari.

– Je n’en ai aucune idée !

– Tu te fous de moi, là !

– Naaan, je ne sais pas qui c’est, c’est la vérité.

– En tout cas, lui, te connaît, c’est certain.

Et soudain, le déclic. Cerveau reconnecté. Trop tard. Je regarde en direction du jeune homme avant de me mettre à rire.Ce n’est pas possible ! Enfin, les souvenirs me reviennent. L’idée subite et fugace me vient de le rattraper et de lui dire : ça y est, je me rappelle de toi ! Mais pour qui va-t-il me prendre ? J’aurais dû lui avouer tout de suite, que je ne le reconnaissais pas. Maintenant, c’est trop tard. Je vais passer pour une…blonde sans cervelle. La honte, quoi ! Avec un peu de chances, il ne s’est rendu compte de rien. Faut espérer ! Un fou rire nerveux me secoue de haut en bas ou de bas en haut, au choix, provoquant l’exaspération de mon mari.

– Bon, c’est qui ce type alors ?

– C’est un gamin, dis-je en essayant de ne plus rire, enfin, je veux dire, à l’époque, c’était un gamin, un petit stagiaire de vingt ans, qui a travaillé quelques semaines avec nous. Cela doit faire au moins dix ans !

Et à l’époque, croyez-moi, il n’avait pas du tout la même allure ! Les cheveux lui tombaient presque dans les yeux, cachant presque en totalité son regard limpide. Maigrichon, jamais bien rasé, habillé à la mode des jeunes, dix ans plus tôt. C’est fou ce que je me rappelle soudain. Tous ces petits détails d’alors, qui m’ont marqués. Dommage qu’ils viennent trop tard. Beaucoup trop tard !

– Ben dis-donc, il a de la mémoire, lui, me dit mon mari en m’entraînant vers la voiture.

– C’est le moins que l’on puisse dire.

Je jette un dernier coup d’œil dans la direction prise par le jeune homme. Pourvu qu’il ne se soit douté de rien. C’était un garçon vraiment sympa à l’époque ! Tout me revient à présent. Hormis son prénom… Un peu plus tard, j’entre dans ma pharmacie habituelle !

– Bonjour, vous n’auriez pas une mémoire en stock, par hasard ? Non ! Bon, des vitamines, ça ira…

L.L.

Pas une larme

larmes

Souffrez, Monsieur, que je me retire de notre amour !

Amour…

Un mot fort pour un présent si dérisoire,

Vous me fîtes tant souffrir.

L’Amour…

Mais j’y crois Monsieur, il est là qui m’attend quelque part,

Loin de vous.

Allez donc trouver d’autres bras qui sauront bien vous consoler

Peu m’importe à présent.

Monsieur…

Je vous appelle ainsi car je ne connais plus, ni votre nom, ni votre prénom,

Vous m’êtes étranger désormais.

Et encore, ce Monsieur, vous ne le méritez même pas !

Cruelle…

Ah ! Monsieur, pitié, n’ajoutez pas au ridicule de notre amour, le ridicule de vos mots.

Vous regarder…

Il m’a suffi d’un regard pour vous aimer, mais ma vue fut troublée,

Par trop de larmes noyant ma solitude.

Longtemps, je fermais les yeux pour ne pas voir le monstre d’égoïsme que vous êtes.

Immergée dans votre regard, je ne savais pas que j’y puisai mon désespoir.

Que c’est bon d’y voir clair à nouveau, de regarder le soleil briller !

Vous haïr…

Monsieur, voyons le sentiment est trop fort,

Permettez-moi de pleurer…de rire !

Rire de vos larmes…

Mais Monsieur, n’avez-vous pas ri des miennes !

Le contrat…

Le contrat est rompu, il eût fallu l’honorer,

Un peu de vous aurait suffi pour la vie.

Partir…

Oui, je pars avant que vous ne m’ôtiez jusqu’à l’espoir de le faire !

Des regrets…

Ah ! Monsieur, n’utilisez pas un mot qui vous dépasse et quand bien même,

Ne valent-ils pas mieux que l’absence, la trahison !

Plus d’Espoir…

J’ai vogué longtemps sur une mer d’espoir, mais la tempête, jamais, ne s’est éloignée.

L’embarcation a dérivé, je ne sais pas naviguer !

M’ôter la vie…

Pour vous !

Enfin Monsieur, vous vous faites trop d’honneur !

Des promesses…

Ne me faites pas l’affront de vos promesses, Monsieur,

Le combat est fini, bien fini.

Adieu, Monsieur,

La porte se referme,

Cessez donc vos sanglots, ils ne s’adressent qu’à vous !

Une larme…

Pour vous, Monsieur, je n’en verserai pas,

Pas une, Monsieur, plus jamais !

L.L.

Eärwenn les messagers de la lande

earwenn les messagers de la landePierrig De Collmeuc, marin breton disparaît en mer, à quelques encablures du Cap Fréhel. Son corps reste mystérieusement introuvable.

Sa petite fille Eärwenn, rescapée et témoin de l’accident, surnommée la petite fée de la lande, et son amoureux Thierry, jeune journaliste et romancier parisien, entament un an plus tard une recherche qui les entraîne dans les galeries souterraines creusées par les templiers, entre le Fort La Latte et la chapelle de Saint Sébastien.

Aidée par les « messagers » de la lande, Eärwenn s’oppose à un énigmatique personnage le vieux Charles-Henri de la Hunaudaye, féru d’histoire et d’archéologie. Récit d’amour et d’aventure, cette fiction emporte le lecteur à travers le temps et l’espace, dans une quête de la vérité pas toujours lumineuse… avec pour fil conducteur le protocole secret de la prophétie de Jean de Jérusalem, et les secrets de la lande aux mirages, au cœur d’un territoire breton imprégné de mystères et d’énigmes heureusement jamais résolus.

Lire Liza Lo Bartolo Bardin, c’est comme voguer sur une rivière de mots, qui nous emporte loin, très loin, vers un univers féerique, lumineux, mais aussi terrible et cruel par moments.

C’est aussi courir à travers les landes à la découverte de somptueux paysages, frissonner dans des endroits secrets, s’imprégner d’une atmosphère étrange au-delà du réel, vibrer d’un amour puissant, infini.

Enfin, c’est, au terme du voyage, découvrir des secrets enfouis, des vérités fabuleuses !

En refermant le livre, un air me trotte en tête  « C’est un beau roman, c’est une belle histoire… »

Le dîner

diner

Après avoir fait trois fois le tour du pâté de maison et pesté contre ce charmant quartier où trouver une place pour sa voiture relève du parcours du combattant, nous arrivons enfin devant l’immeuble de nos amis.

Il est huit heures pétantes, ce qui ne m’étonne pas. Avec mon mari, pas moyen d’être en retard, nous sommes toujours les premiers. C’est bien et c’est pas bien ! Tant pis, si j’ai dû courir pour m’habiller sans vider la totalité de mon placard, me coiffer et me maquiller en un temps record. Ce qui fait que mon humeur est plutôt celle d’un chien pas content. Bon ok, j’exagère un peu, mais à peine !

Donc là, j’appuie sur la sonnette, euh… énergiquement, en collant, allez savoir pourquoi, mon oreille au parlophone. Ce qui fait que, dans la seconde qui suit, une voix stridente me fait sursauter en demandant : « C’est quiiiiiiiiiii ? »

Je vais pour répondre : « Le Pape ! » Mais une force intérieure me somme de dire : « C’est nous !!! »

Et là, magique, la porte s’ouvre. « Nous » prenons l’ascenseur, dans lequel une charmante voix féminine annonce l’étage à l’arrivée, des fois que l’idée de rester dans la cabine pour prendre un brunch nous vienne à l’esprit. Et puis d’abord, pourquoi c’est toujours une voix féminine que l’on entend, et non pas un timbre chaud et masculin !

Bon là, on est devant la porte. Même pas le temps de sonner, Amélie nous accueille à bras ouverts avec des petits gloussements. C’est qu’elle est contente, Amélie. C’est la première fois qu’elle nous reçoit en ayant tout fait elle-même. Hum…du fait maison, j’ai hâte.

Il ne faut jamais avoir trop hâte !

Après les petits bisous d’usages, permettant de nous échanger quelques petits microbes -faut partager dans la vie- nous allons nous asseoir sur le canapé. Pas le temps de placer un mot, le parlophone sonne. Amélie se précipite comme si sa vie en dépendait. Pas stressée du tout la fille !

L’autre couple est bientôt là. Le nouveau couple, je devrais dire. Janet s’est enfin trouvé un mec. Je suis impatiente de le découvrir.

C’est bête l’impatience parfois.

Ok, Bernard n’a pas le physique de Brad Pitt, mais il est peut-être trèèèès gentil !

Échange à nouveau de bisous. »Comment ça va ? Ça va, et toi, ça va ? Ça va ! Ouh ! Il fait froid ! »

Ben, en même temps, on est en février ! C’est normal !

Et puis, si tu mettais une doudoune, un manteau, enfin autre chose que cette mini veste beaucoup trop légère pour la saison, tu ne serais pas transie, Janet !

Bon, je ne l’ai pas dit, mais je l’ai pensé très fort. Parce que Janet, voyez-vous, s’habille très mode, certes, mais oublie parfois que certains vêtements ne siéent pas toujours à une femme de quarante ans. Mais bon, fait ce qu’elle veut après tout !

Enfin tout le monde se pose sur le canapé. Amélie annonce qu’elle va chercher l’apéro. Chouette, me dis-je, j’ai une faim de loup, plus les louveteaux, tant qu’on y est !

Notre hôtesse d’un soir revient rapidement avec un plateau qui, de loin, a l’air fort appétissant. Son mari suit, avec dans les mains, une bouteille de champagne semble-t-il.

Amélie annonce fièrement qu’elle a tout fait elle-même avant de poser le plateau sur la table basse. Je me penche et découvre des toasts grillés avec une espèce de mixture, qui ne ressemble ni à de la tapenade, ni…ni à rien quoi ! En plus, la couleur est bizarre !

–  Servez-vous, c’est encore chaud ! Claironne Amélie.

C’est un ordre, non, parce que sinon…

Les autres convives se jettent sur les petits canapés. Moi, je surveille du coin de l’œil mon mari qui, après avoir avalé une bouchée, hausse un sourcil étonné.

Janet qui s’est précipitée la première est comme…tétanisée.

J’hésite à me servir dans ces conditions, mais le regard d’Amélie me dissuade de faire la fine bouche. Je me saisis donc d’une tartine et l’approche de mes lèvres, espérant un miracle qui ne vient pas. Alors j’enfourne prestement le toast et là, ô stupeur ! Ce n’est pas mauvais…c’est outrageusement mauvais !!! Acide, amer sont les mots qui me viennent en premier à l’esprit.

Le silence commence à peser sans doute, car soudain, Amélie nous demande d’une toute petite voix :

– Alors, comment vous trouvez ?

En chœur, nous secouons la tête de haut en bas. Hocher la tête, ce n’est pas mentir, non ?

Marc, le mari d’Amélie, a l’air content et débouche le champagne. C’est qu’il n’a pas goûté aux tartines de sa femme, lui, le veinard !

Nous tendons notre verre en chœur, officiellement pour trinquer, officieusement pour se débarrasser du goût amer, qui a malmené notre palais délicat.

Après avoir avalé une gorgée du breuvage doré, je jette un œil sur mon mari, qui fait une drôle de grimace. Les autres convives affichent un visage pour le moins crispé. Qu’avons-nous donc fait pour mériter cela ?

Puis, vient le temps des discussions. Le gentil Bernard est assis en face de moi, et tente de m’expliquer comment élever les enfants, lui qui, bien entendu, n’en a pas à ce jour. Je me demande comment j’ai fait jusqu’à présent pour élever mes trois fils sans ces précieux conseils. Puis, Janet a la malencontreuse idée de me demander des nouvelles de mon roman.

Je réponds que j’attends une réponse d’une maison d’édition qui me tient à cœur, et voilà que Bernard me demande avec un sourire niais :

–  Ah ! Tu l’as envoyé à une maison d’édition !

–  Euh…oui, j’ai pensé un instant à le porter dans une boulangerie, mais à mon avis, ils n’auraient pas compris !

Rire gras de Monsieur le nouveau copain de Janet !

–  C’est pas chiant d’écrire un livre ?

Mon mari pose sa main sur la mienne.

Mais bien sûr, tous les matins je me lève en me disant, tiens, je vais me faire ch°°° aujourd’hui, je vais écrire quelques lignes!

Heureusement, ces mots ne franchissent pas la barrière de mes lèvres.

–   Je ne vois pas ce qu’il y a de « chiant » à écrire un livre, cher Bernard.

Sourire niais.

–  Tous ces mots, moi, je trouve ça barbant à lire, alors à écrire.

– Bernard n’aime pas trop les livres, intervient Janet.

Noooon ! Je n’avais pas compris. Dis-moi Janet, tu l’as trouvé sur Mecaurabais.com, ce type ou quoi ! Evidemment, je pense là encore.

–  Heureusement que tout le monde n’est pas de votre avis, Bernard !

Rire gras à nouveau.

Et là, heureusement, Amélie nous appelle pour passer à table. Ouf ! Sauvée ! Mon verre voulait se jeter sur ce cher Bernard, et vu l’acidité du champagne…

Sur le seuil de la salle à manger, nous découvrons une…mais où est la table ?

Remercions les émissions de télé qui nous apprennent à recevoir. Amélie a tellement bien fait les choses qu’on ne distingue même plus la table.

Le thème c’est le printemps. Normal en février ! Herbes fraîches, bout de bois, fleurs artificielles, mousse, bois flotté -euh là, je n’ai pas bien compris- je crois même avoir vu passer une couleuvre, mais je peux me tromper.

Tout le monde s’extasie et chaque convive cherche sa place. J’enlève discrètement les petits brins d’herbes qui se sont logés dans mon assiette, puis cherche un endroit où placer mes mains. Pour le côté forêt vierge : 10, pour le côté pratique : 0.

Mais bientôt une odeur tenace envahit mes narines. Et apparemment, je ne suis pas la seule dans ce cas, vu le nombre de nez plissés ou alors, c’est un concours. Je me demande si le chat de la maison n’a pas confondu son bac avec la table.

Mais voilà l’entrée qui arrive. Allez haut les cœurs !

Oh ! C’est beau ! Gratin à la coquille St Jacques !

On a beau dire, la présentation ne fait pas tout !

J’ai envie de pleurer tellement j’ai faim, mais ma fourchette refuse un autre aller-retour vers ma bouche. C’est marrant, les fourchettes des autres invités font la grève elles-aussi !

Le plat de résistance approche. Pas tout seul, évidemment. Ouh ! Que ça a l’air bon ! Allez on reprend…ouh !ça a l’AIR BON !

Eh oui ! L’air, mais pas la chanson !

Mais qu’est-ce qu’on lui a fait à Amélie ? Faudrait peut-être lui dire que le sel se dose en pincées et non en poignées.

Tiens, les convives sont rouges…d’émotion, de colère, de tristesse…allez savoir !

En plus, elle nous demande de deviner l’origine du morceau de viande avec lequel nous nous battons depuis cinq minutes. Faudrait déjà le couper pour ça ! J’abandonne et me rabats sur le pain -bravo à son boulanger- et sur la coccinelle qui passe sur la table.

Le dessert. Ah ! Le dessert !!!

Mousse au chocolat. Du déjà vu, me direz-vous ! Ah non, alors ! Vous n’avez jamais vu, ni goûté d’ailleurs ! Remerciez-en le ciel, les nuages et les petits oiseaux tant que vous y êtes !

Enfin, Amélie est une fille si gentille que tout le monde lui pardonne. Elle a essayé c’est déjà bien. Elle fera mieux la prochaine fois, nous promet-elle. On veut bien la croire ! Si elle pouvait juste s’entraîner sur d’autres convives.

Hormis ces petits détails culinaires, le fait que j’aie voulu manger ma main et garder l’autre pour demain …l’ambiance était sympa !!!

L.L.

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