banniere blog laurence lopez hodiesne

Étiquette : nouvelles psychologiques

Histoires d’un jour ou d’une vie

histoires d'un jour ou d'une vie

Odes à la vie, odes à l’amour, découvrez à travers ces onze nouvelles les histoires de personnes ordinaires ou d’êtres doués de sensibilité. Différents thèmes sont abordés comme la solitude, la perte d’un être cher, la fin d’un amour, la sensation d’être transparent aux yeux des autres, mais aussi l’espoir et l’appétit de vivre.

Le temps d’une lecture, laissez-vous emporter sur la route poétique, magique ou tout simplement humaine, des sentiments…

 

Kindle ou Papier

La cousine grinçante

tranches-vie

Une fois de plus, elle serre les dents tout en gardant un sourire imperturbable. Doit-elle oui ou non, répondre à la question ?

Cette cousine, qu’elle ne voit qu’une fois par an et encore, vient de lui demander d’une voix hautement mielleuse, si elle continue toujours à écrire ou si elle a enfin abandonné cette idée saugrenue.

La jeune femme inspire profondément avant de répondre que jamais elle ne laissera tomber la seule chose pour laquelle elle se sent faite. Un sourire ironique se dessine aussitôt sur le visage trop bronzé de la cousine.

— Tu ne rêves pas un peu, ma vieille ! dit-elle en toisant son interlocutrice.

Cette dernière doit faire un effort surhumain pour ne pas lui jeter au visage, le fond de sa pensée. C’est une réunion de famille après tout. L’esclandre n’y a pas sa place.

— Le rêve est le propre de l’homme et dans mon cas, de la femme, ma chérie.

Qu’y a t-il de plus terrible que deux femmes s’affrontant du regard, le mépris au bord des lèvres !

— A mon avis, il faut que tu retournes travailler, continue la bienveillante cousine.

Cette fois-ci, la jeune femme serre les poings, manquant briser le pied du verre de champagne qu’elle tient dans sa main. Si elle était un homme, il est probable qu’elle lui demanderai de sortir dehors pour s’expliquer. Malheureusement, elle est une femme avec un minimum d’éducation lui interdisant ce genre d’agissements.

— Pourquoi devrais-je retourner travailler ?

L’autre hausse ses maigres épaules.

— Je ne pourrais pas m’arrêter de bosser, moi. Je ne sais pas comment tu fais pour rester toute la journée à la maison. Ton boulot ne te manque pas ?

— Oh, énormément ! Sept heures du matin, sept heures du soir. Pas un instant à moi entre les gosses et la maison. Ne plus pouvoir écrire une seule ligne, tu parles que ça me manque !

La cousine fait une moue dubitative avant d’avaler une gorgée de champagne.

— De toute manière, tu ne seras jamais publiée ! A cet instant, deux options fort alléchantes font leurs apparitions dans l’esprit de la jeune femme. La première, elle arrache les yeux de cette idiote, la deuxième, elle lui griffe le visage. L’ennui, c’est qu’elle n’a pas d’ongles…

Ne laissant rien paraître du trouble intérieur l’agitant profondément, la jeune femme se compose un sourire parfait, avant de répondre d’une voix suave, que seul l’avenir est en mesure de le prouver.

— Je persiste à dire que tu perds ton temps, continue la cousine d’un air dédaigneux à présent.

Que répondre à cela ? Cette personne est tellement persuadée d’avoir raison qu’elle ne tolère aucune explication. « Autant parler à un mur, pense la jeune femme. »

Elle réalise soudain en regardant son vis-à-vis hautement superficiel, qu’elle se moque finalement de ce que pense sa cousine. Cette dernière n’a jamais ouvert un livre de sa vie, à moins d’y avoir été obligé. Pourquoi s’obstine-t-elle à vouloir dénigrer la passion de la jeune femme ? Celle-ci n’en a pas la moindre idée, mais soudain elle ressent une vague de pitié pour sa cousine. Lui arrive-t-il seulement de rêver, de s’évader quelques instants de son esprit tortueux ! Il est fort probable que non, et la jeune femme trouve cela vraiment triste. Combien de fois elle-même s’est-elle projetée en rêve, non pas de gloire ou de fortune, mais plutôt de partage avec des personnes appréciant ses écrits. Les deux cousines sont si différentes. Jamais il ne viendrait à l’esprit de la jeune femme de briser le rêve de quelqu’un à grands coups de mots haineux. Si on enlève l’espoir à une personne, que reste-t-il ? Un avenir étriqué, fait d’habitudes et de lassitude…

La jeune femme ne sait pas si, un jour, elle réussira à toucher du doigt son rêve, mais aujourd’hui plus que jamais, elle est sûre d’une chose, c’est qu’elle n’abandonnera pas. Pendant toutes ces années, elle a laissé filer le temps, reniant ce qu’elle était à cause de tous ces gens, qui n’ ont jamais cherché à la comprendre. Elle a souvent ployé sous l’averse, se redressant péniblement à chaque fois, reléguant sa passion au rang de vulgaire loisir, mais comme par magie, tous ses doutes et peurs qui l’assaillaient, viennent enfin de rendre les armes. Le chemin promet d’ être long et difficile, mais la jeune femme est convaincue que, sans plus aucun remord, il lui faudra laisser sur le bord de la route tous ses étriqués du cerveau.

Levant son verre de champagne bien haut, elle regarde sa cousine en souriant.

— Merci… lui dit-elle dans un souffle.

L’autre la regarde sans comprendre, une fois de plus….

L.L.H

Séance shopping avant l’été

seance-shopping

Lorsque les premiers rayons du soleil daignent enfin illuminer aussi bien le ciel que notre moral, certaines personnes partent en croisade à la quête du « maillot de bain », la star des plages en été, qui, évidemment se doit d’être au top des tendances.

Élise est une amie qui n’échappe pas à la règle, bien au contraire. Le genre de filles qui connaît tous les magasins de fringues, tous les sites branchés, bref, une encyclopédie de la mode.

Aussi, lorsqu’elle m’appelle pour une séance shopping séance tenante dans une boutique qu’il faut absolument découvrir, je ne suis pas franchement ravie, loin de là. D’abord, ce printemps par trop maussade, ne m’inspire pas plus que ça et deuxièmement, ayant fait des travaux chez moi, l’état de mes finances ne m’autorise guère de folies, ce qui n’est évidemment pas le cas d’Élise, dont le porte-monnaie est constamment bien garni, ce qui n’est pas la moindre de nos différences.

Mais bon, en amitié, il faut savoir faire des sacrifices, donc je décide de l’accompagner pour la soutenir dans sa quête et faire quelques repérages éventuellement.

Nous voilà donc dans ce fameux magasin spécial maillots de bain, qui, de l’extérieur a l’air bien sympa. Toutes ces couleurs chatoyantes, ces matières satinées, c’est beau, ça attire l’œil, ça réchauffe nos petits cœurs meurtris par un rude hiver.

J’erre donc au milieu des tissus multicolores, avant de jeter un coup d’œil discret sur les étiquettes, afin de m’enquérir des prix et soudain, ma mâchoire manque se détacher de mon visage figé par la stupeur.

Un rapide calcul de tête et je constate que je pourrai m’acheter pas mal de livres pour la somme de ce petit bout de tissu. Et ma liste de romans qu’il faut absolument que je lise, est fort longue ! Le maillot est cousu avec des fils d’or ou quoi ! Même pas. Je repose avec précaution celui-ci pour continuer ma recherche un peu plus loin. J’en trouve enfin un qui affiche un prix un peu plus décent

– Aaahhh !!! Mais t’es folle, c’est la saison dernière ! me hurle Élise dans l’oreille.

Je fais un bond en arrière, j’ai presque failli avoir une attaque.

– Ben quoi, c’est pas grave…

Vu la tête de ma copine, euh ! Oui, c’est très grave !

Et voilà qu’arrive la vendeuse du magasin.

– Ah ! Mais ça ne va pas du tout ce modèle pour vous, Madame, vous êtes beaucoup trop petite pour porter ça.

Là, présentement, des envies de meurtres me viennent subitement à l’esprit.

D’abord je ne suis pas petite, je suis dans la moyenne des françaises, non mais Oh !

– Je fais un mètre soixante quand même !

– Ben oui, mais ce n’est pas très grand.

Euh, dis donc poulette, la psychologie, tu connais ? Non, sûrement pas. Est-ce que je te traite moi, de grande gigasse avec ton mètre quatre-vingt-cinq et ta taille mannequin !!!

Non mais, oh ! Faut pas pousser Mémé dans les orties !!!

– Tenez, prenez ce modèle, il vous conviendra parfaitement.

J’attrape le maillot qu’elle me tend. Bof ! J’aimais mieux l’autre.

La voix d’ Élise me vrille soudain les oreilles.

– Vas-y essaie-le, qu’est ce que tu risques ?

Je hausse les épaules en soupirant et part en direction des cabines d’essayage, précédée de Mademoiselle la vendeuse, miss « diplomatie, moi pas connaître »

Une fois dans la cabine, j’enfile le maillot puis, je m’observe devant la glace. Là, c’est le choc. Z’ont oublié du tissu ou quoi ! Et en plus, les couleurs flashy sur un corps tout blanc, ça le fait pas vraiment. D’ailleurs, la vendeuse aurait dû le savoir. Une peau comme la mienne ne supporte pas les imprimés trop vifs. Généralement, si je me mets au soleil en mai, j’ai un léger hâle en août. Alors, ça risque de ne pas le faire avec de telles couleurs, faire pâlichonne tout l’été merci bien ! Des couleurs plus discrètes seraient plus indiquées. Puis, cette forme de maillot, je ne suis pas certaine qu’elle me mette réellement en valeur.

Je passe ma tête derrière le rideau pour demander à la vendeuse si cette marque ne taille pas un peu petit.

La délicate jeune femme ouvre sans gêne aucune le rideau et me toise, les mains sur les hanches.

– Mais il vous va parfaitement ce maillot, Madame !

Je me regarde à nouveau dans le miroir. Elle se fiche de moi ou quoi. Je ne suis pas Kate Moss, j’ai donc comme la majorité des femmes normales, des choses qui s’appellent des formes, ce que n’a pas la jeune vendeuse, c’est certain. Peut pas comprendre. Et ces formes là, elles ressortent un peu trop à mon goût.

– Euh, ça ne couvre pas beaucoup quand même ! Enfin, je veux dire…

– C’est un maillot de bain, me dit-elle sur le ton de quelqu’un qui s’adresse à une demeurée.

– Oui, certes, mais ne serait-ce pas le modèle spécial tue-mari, non parce que si je sors comme cela sur la plage, mon mari risque fort de faire une crise cardiaque !

La jeune femme lâche un sourire.

– C’est très tendance, vous savez.

– Ah oui ! Seulement je pense avoir passé l’âge de jouer les midinettes sur les galets. Alerte à Malibu, très peu pour moi.

Élise arrive sur ces entrefaites.

– Mais il est super ce maillot !

– Euh, un peu voyant quand même…

Je me tourne vers la vendeuse.

– Vous n’auriez pas le même en noir ?

La jeune femme fait une grimace éloquente.

– Ah non, désolée, mais il n’y a que deux couleurs dans ce modèle !

En plus d’être radin sur le tissu, ils le sont aussi sur les couleurs.

Je tire en soupirant le rideau aux nez des deux femmes, puis me change illico. Avant de sortir de la cabine, je jette un œil sur l’étiquette, et là, le fou rire me gagne. C’est vraiment un maillot tue-mari. Le prix est tout simplement indécent.

En sortant de la cabine, je bute sur la vendeuse qui me jette un : « vous le prenez ? » d’un ton qui n’admet aucune réplique.

– Non !

Et je lui tends le morceau de tissu aux couleurs criardes. Bouche bée, elle récupère le maillot.

Petite, toute petite victoire…

Élise après avoir écumé tous les rayons, telle une petite abeille qui butine de fleur en fleur à la recherche du meilleur pollen, a enfin trouvé son bonheur. Elle hésite maintenant entre deux modèles pour une paire de deux pièces. Imprimé marine, pile dans la tendance ou romantico-exotique asymétrique. Shorty ou pas shorty ! Sinon, elle doute pour son troisième choix, le trikini. Entendez par là, modèle une pièce très sexy, aux motifs trompe-l’œil ou plus sobre d’une seule couleur, maillot qui exige tout de même une silhouette parfaite, ce qui est le cas d’ Élise.

Quel dilemme pour elle ! Je suggère à tout hasard le premier, sachant très bien qu’elle est bien capable de revenir acheter l’un des deux autres plus tard.

Au bout d’un temps qui m’a paru interminable, Élise se décide enfin, non sans avoir essayé chaque modèle deux fois. Faudrait pas se tromper quand même.

Je me dis alors que la prochaine fois qu’elle m’appelle pour une séance de shopping improvisé, j’aurai certainement une migraine épouvantable ou alors la machine à laver le linge aura débordé ou bien un Alien se sera pointé dans ma cuisine pour boire une tasse de café !

Pour ma part, je me rendrai certainement le mois prochain, dans un magasin de sport que je connais bien, pour acheter un maillot de bain avec lequel je puisse aussi nager, dont le coût ne fera pas hurler de désespoir mon porte-monnaie.

Tendance, oui, mais pas à n’importe quel prix quand même…

L.L.H

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén