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Étiquette : tranches de vie Page 1 of 2

Chez le boulanger pâtissier, tu attendras…

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Comme tout bon français qui se respecte, chaque jour ou presque, vous passez chez votre boulanger préféré pour acheter le pain ou bien quelques pâtisseries. Donc, vous avez certainement dû être confronté à cette situation : la petite mamie de quatre-vingt ans qui met un temps fou pour choisir trois gâteaux.

Avec son caddie qu’elle tient d’une main ferme, soit pour ne pas tomber, soit pour qu’on ne lui vole pas, elle campe sur ses jambes frêles, d’un air décidé et gourmand, le nez collé à cette vitrine d’Ali Baba exposant milles douceurs aux couleurs attrayantes et appétissantes, qui font baver d’envie les plus gourmands d’entre nous.

– Aujourd’hui, mes petits enfants viennent déjeuner, alors je vais vous prendre quelques pâtisseries, dit-elle en se tapotant le menton, comme pour s’aider à réfléchir. D’habitude, je n’en achète pas, car à mon âge, ce n’est guère raisonnable. Surtout qu’ensuite, mes analyses sont mauvaises et mon Docteur, un grand homme soit dit en passant, me crie dessus. C’est quand même terrible que l’on ne puisse pas se faire un petit plaisir de temps en temps, soupire-t-elle en tournant la tête vers les personnes se trouvant derrière elle, qui aussitôt plongent toutes le nez dans leur smartphone. Dieu bénisse la technologie !

Nullement décontenancée, la mamie continue.

–  C’est pour que vous viviez plus longtemps, me dit le toubib. Oui, mais si c’est pour se priver de tout, je n’en vois pas l’intérêt, fait-elle en secouant son bras dans tous les sens.

La boulangère, armée de sa pince à gâteau, acquiesce en souriant, attendant patiemment la commande de la vieille dame, tout en lançant des coups d’oeils inquiets en direction de la queue, qui vient de s’allonger brusquement. Il est midi et beaucoup viennent s’acheter un casse-croûte pour la pause déjeuner ou tout simplement une baguette de pain, avant de rentrer chez eux. Avouons que notre mamie n’a pas choisi la meilleure heure.

– Bon, mettez-moi un…

La commerçante, intérieurement, soupire d’aise.

– Une tarte aux pommes et un éclair…c’est un éclair à quoi ?

Probablement, la gentille mamie a-t-elle oublié ses lunettes, car c’est marqué en gros sur les petites étiquettes.

En fait, non, même pas, elles sont sur son nez, mais si basses qu’elle regarde par-dessus. Ceci explique cela…

– Ceux-là sont au café et les autres au chocolat, répond patiemment la vendeuse.

– Ah bon ! Mettez-moi une religieuse alors.

– Très bien, on dit une religieuse au chocolat donc…

– Pardon, vous n’avez pas café ? demande la mamie en fronçant les sourcils.

– Non, uniquement chocolat aujourd’hui, répond la jeune femme de plus en plus rouge.

– Ah bon ! Alors, une tarte aux fruits, soupire la vieille dame en haussant les épaules d’un air dépité. Ce sont des fruits de saison ?

– Mais oui, Madame ! Nous ne travaillons qu’avec des fruits de saison, répond la boulangère sur un ton péremptoire.

– Bien, deux alors. Et puis….

A ce moment là, vous croisez les doigts pour que la mamie ne prenne pas la dernière tarte aux fraises. Celle dont vous avez rêvé toute la matinée, savourant moralement chaque bouchée, imaginant le bien-être lorsque les saveurs éclateront dans votre bouche, ravissant vos papilles exacerbées par l’attente. Vous fixez alors le graal en forme de gâteau en priant désespérément…

Mais le seigneur, franchement, a bien d’autres choses à faire !

– Et aussi cette tarte aux fraises, assène la mamie d’une voix sentencieuse.

Vous retenez alors un cri de colère ou un big gros mot, voire les deux à la fois, en vous mangeant le poing.

«  Ô rage, Ô désespoir,

Adieu, délice tant convoité,

Tu vas, sous mon regard embué,

Aller ravir d’autres palais… »

Et pour bien remuer le couteau dans la plaie, la petite dame rajoute en souriant béatement :

– Ce qu’elles sont beeelles ces fraises, ça donne envie…

En entendant cela, un gros soupir vous échappe, qui se répercute soudain à toute la file d’attente derrière vous. Un concert de mécontentement, mélange d’impatience et de bruits d’estomac gargouillant, se fait entendre aussitôt.

Alors, la petite mamie se retourne et vous fait un grand sourire, dévoilant l’intégralité de son dentier, qui tient parfaitement grâce à un fixateur bien connu…

Comme vous n’avez pas un cœur de pierre (du moins, je l’espère) et que vous n’êtes pas non plus le grand méchant loup du petit chaperon rouge, vous lui rendez son sourire, en songeant tout de même, au vide intersidéral régnant dans votre ventre.

Puis, au moment où la boulangère vous demande enfin ce que vous voulez, les mots se coincent dans votre gorge :

– Une tar…une baguette, s’il vous plaît…

L.L.H

Un an de plus…

anecdotes anniversaire

Souffler les bougies sur le gâteau d’anniversaire ( au chocolat ) ne me fait pas sentir plus vieille. Non, c’est un rituel, sans plus, auquel il faut sacrifier chaque année.

Ce qui me vieillit vraiment, c’est lorsque la veille de ce fameux jour, mon mari annonce à mon fils aîné qu’il serait temps pour lui d’apprendre à se raser.

À cet instant, je prends une grande claque dans la figure. Soudain, je me rends compte du temps passé. Je regarde ce jeune homme d’un mètre quatre-vingt-cinq, et je vois le tout petit bébé que j’ai mis au monde, un matin de printemps particulièrement chaud.

Ce petit être avec zéro poil sur le caillou, qui jusqu’à ses un an, a gardé le crâne lisse, et qui maintenant s’insurge contre la masse de cheveux indisciplinés que « je » lui ai fait.

Je me remémore cet enfant qui, assis dans sa poussette, adorait balancer sa chaussure en l’air, pour que moi, bonne poire, j’aille la ramasser, provoquant à chaque fois l’hilarité des passants témoins de la scène. Ou dans ce grand magasin, cette fourchette qu’il avait attrapé dans un rayon, et qu’il brandissait fièrement, sous le regard étonné des gens, qui ne pensait même pas à m’avertir. En effet, quoi de plus normal qu’un bébé d’un an et demi, tenant dans sa petite menotte, un ustensile de cuisine pointue, donc, à priori dangereux ! Heureusement que je m’en suis rapidement rendue compte.

Ah ! J’en aurais bien d’autres à raconter mais bon…

Tous ces souvenirs remontent à la surface, serrant mon petit cœur de maman. Aujourd’hui, je regarde mes fils avec un peu de nostalgie. Surtout, depuis que la douce mélodie de Oui-Oui a été remplacé par une musique, allez, ne nous voilons pas la face, une musique de sauvage… C’est bien moi qui disait que jamais je n’emploierais ce mot. Il y a combien d’années déjà ? Ben, cela ne fait pas si longtemps en fait. Parce que pour ma part, je n’ai pas l’impression d’avoir vieilli ! Bon, je distingue bien quelques rides sur mon visage, imperceptibles il n’y a pas si longtemps, mais c’est tout.

Cependant, certaines petites choses m’irritent, comme cette capacité de la jeunesse à vouloir tout savoir, tout connaître : « Mais Mamaaaan, t’y comprends vraiment rien !!!  » Aie ! Ça fait mal ! Quand cela est-il arrivé ? À quel moment suis-je passé de l’autre côté, celui des adultes ? Celui dont je me gaussais, quelques années auparavant.

« Jamais je ne ferais ceci, jamais je ne ferais cela.  »

Oh ! Je me rappelle ces paroles vides de sens que je clamais à tout vent. Eh ! Bien, c’est fait, j’ai atteint l’autre bord de la mer et la traversée s’est fait rudement vite. C’est ça qu’ils appellent une croisière !

Non, je ne me laisse pas emporter par un tourbillon d’amertume, bien au contraire, je constate juste les dégâts, c’est tout. D’ailleurs, je me sens bien mieux aujourd’hui que lorsque j’avais vingt ans, c’est tout dire…

Mais si les enfants pouvaient grandir un tout petit peu moins vite, qu’on ait le temps de se voir vieillir…

L.L.H

Coucou c’est moi…

histoires de vie

C’est un après-midi propice à l’inspiration, l’un de ces moments où le stylo ne glisse pas assez vite sur la feuille, peinant à suivre le cours de mes idées. Un moment, où l’on voudrait que le temps, accorde le temps à nos pensées de s’écrire sur papier.

Je suis donc en train de me laisser porter par la vague de mots, qui m’emmène toujours plus loin, m’éloignant du rivage de la réalité, lorsque soudain, la sonnerie de la porte d’entrée résonne dans l’appartement.

Mes doigts se figent dans l’espoir que mon cerveau n’ait pas entendu. Mais voilà que l’on sonne à nouveau. Je fronce les sourcils, en tentant de croire que c’est la porte d’entrée de l’immeuble, car si c’est le cas, je peux toujours faire semblant de ne pas être là.

Sauf que, maintenant, la personne tape sur la porte de l’appartement, de façon très énergique. Je soupire et me lève, vaincue. A tous les coups, ce doit être un représentant en fenêtres. Il en passe tous les mois dans l’immeuble. J’ai beau leur dire que non, je n’ai aucune intention de remplacer mes fenêtres, comme ce n’est jamais le même, j’ai droit au laïus complet et au prospectus, qui, si je les gardais tous, me permettrait de tapisser un mur. Autant dire que là, je suis un tant soit peu agacée.

J’ouvre la porte en faisant taire le chien, qui hurle son mécontentement d’avoir été dérangé pendant sa sieste. Et là, alors que je prépare mon refus habituel, avec sourire de circonstance, je tombe nez à nez avec :

– Coucou, c’eeeeest mooooi !!!

Finalement, j’aurais préféré voir un représentant.

– Alors, t’es contente de me voir ?

Pourquoi, ça ne se voit pas à mon sourire figé…

– Ben alors, tu ne m’invites pas à entrer ?

Où avais-je la tête ?

Bon, allez, j’avoue, l’espace d’une seconde, j’ai eu la furieuse envie de refermer la porte au nez de cette chère Coucou c‘est moi, mais c’est très malpoli de faire ça… J’ai donc ouvert la porte en grand.

Coucou c’est moi, s’est ruée à l’intérieur de l’appartement, comme si sa vie en dépendait. Je n’ai pu m’empêcher de regarder dans le couloir pour voir si quelqu’un la poursuivait. Un réflexe bien naturel. Coucou c’est moi, a jeté son manteau sur une chaise, en se plaignant d’être éreintée à cause de son boulot.

– Tu m’offres un café ? J’en ai bien besoin.

J’ai jeté un coup d’œil sur mes papiers, posés sur le bureau, à côté de mon ordi.

– Je ne te dérange pas au moins ?

Ben, si un peu quand même…

– Euh…

– Ah ! Tu travaillais sur ton bouquin…

Elle hausse les épaules.

– Tu pourras finir plus tard.

Ben voyons !  Je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton « stop imagination » et à le réenclencher quand elle sera partie, c’est ça !

De toute manière, je n’ai pas le choix. Donc, je file dans la cuisine, pour lui préparer sa tasse de café, tout en regardant l’heure. Quatorze heures. Avec un peu de chance, elle ne va pas rester trop longtemps…

J’apporte le liquide brûlant et quelques gâteaux secs, reste de courtoisie tout de même.

– Oh ! Merci, tu es un amour !

A peine a-t-elle avalé son breuvage, que Coucou c’est moi se lance dans une diatribe sur son boulot. Elle n’en peut plus. Elle travaille à mi-temps, mais n’a le temps de rien. En même temps, si elle prend le café chaque après-midi chez quelqu’un, c’est normal…

Coucou c’est moi, me parle ensuite de ses enfants qui lui prennent la tête, et quand je tente d’en placer une sur les miens, elle m’arrête tout de suite, les siens sont les pires des pires. Mais bien sûr ! Puis, elle me parle des soldes qui ne sont plus des soldes, des écarts de prix entre les différents camemberts…

Et moi, j’écoute bien sagement, calée au fond de mon canapé, les bras croisés, en hochant la tête de temps en temps. Ah ! Si elle était perspicace, elle remarquerait que mon attitude est légèrement fermé là. Je décroise les bras, mais un énorme bâillement tend à vouloir me décrocher la mâchoire. Et Coucou c’est moi qui continue de parler. J’entends un bruit là…zut, c’est juste un de mes personnages qui m’appelle.

– Et toi t’en penses quoi ?

Hein ! Quoi ? Oups, là, c’est la question piège par excellence… Bon, allez j’avoue, j’ai un peu décroché, mais si je lui dis, elle risque de mal le prendre.

– Euh ! Je ne sais pas trop en fait…

Voilà, ça c’est bien. Simple et concis.

– Ah bon ! Tu ne sais pas si cette émission est bien ?

Mince, j’en étais restée au camembert !

– Ben, oui, mais…mais toi qu’en penses-tu ?

– Je viens de te le dire, j’adore…

Je hoche la tête.

– C’est aussi mon avis.

Bon, ok, je ne sais absolument pas ce que j’adore sans le savoir, mais je ne vais quand même pas perdre la face pour une émission de télé.

– Ah bon ! Ce n’est  pourtant pas ta tasse de thé d’habitude.

Tout va bien, je vais bien…

– J’ai aussi le droit de changer d’avis, non mais !

Coucou c’est moi hausse les épaules.

– Il faut dire que cette émission est vraiment géniale avec toutes ses vedettes. J’ai tellement hâte qu’elle reprenne.

Et moi donc ! Je regarde discrètement l’heure. Même la pendule est contre moi.

– Oh ! Si j’osais, je te redemanderai un café. Il est tellement délicieux.

Non, non, n’ose pas….vraiment !

P.S.: Penser à servir un café dégueu la prochaine fois.

Mais comme je suis une personne polie, je lui prépare un autre café. Coucou c’est moi, l’a bu en deux secondes et demi. Et elle a continué à me raconter sa vie, comme quoi sa pile de repassage s’accumulait dangereusement. J’ai pensé très fort que si elle rentrait chez elle, elle avait encore le temps de s’y mettre, mais apparemment la transmission de pensées ne s’est pas faite. Cependant, comme toutes les bonnes choses ont une fin, Coucou c’est moi s’est enfin levée pour partir.

Bon, entre le temps qu’il lui a fallu pour aller au toilette, enfiler son manteau et me dire au revoir, il s’est bien passé un bon quart d’heure. Lorsqu’enfin, j’ai refermé la porte derrière elle en priant qu’elle n’ait rien oublié, il me restait une demi-heure avant d’aller chercher mon fils à l’école. Je me suis assise devant ma table et j’ai essayé de trouver le bouton « retour imagination » mais ça ne marche pas comme ça. J’ai bien écrit quelques lignes, mais bon…

Merci qui ???

A partir de maintenant, quand je suis là… je ne suis pas là…c’est compris !

L.L.H

La cousine grinçante

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Une fois de plus, elle serre les dents tout en gardant un sourire imperturbable. Doit-elle oui ou non, répondre à la question ?

Cette cousine, qu’elle ne voit qu’une fois par an et encore, vient de lui demander d’une voix hautement mielleuse, si elle continue toujours à écrire ou si elle a enfin abandonné cette idée saugrenue.

La jeune femme inspire profondément avant de répondre que jamais elle ne laissera tomber la seule chose pour laquelle elle se sent faite. Un sourire ironique se dessine aussitôt sur le visage trop bronzé de la cousine.

— Tu ne rêves pas un peu, ma vieille ! dit-elle en toisant son interlocutrice.

Cette dernière doit faire un effort surhumain pour ne pas lui jeter au visage, le fond de sa pensée. C’est une réunion de famille après tout. L’esclandre n’y a pas sa place.

— Le rêve est le propre de l’homme et dans mon cas, de la femme, ma chérie.

Qu’y a t-il de plus terrible que deux femmes s’affrontant du regard, le mépris au bord des lèvres !

— A mon avis, il faut que tu retournes travailler, continue la bienveillante cousine.

Cette fois-ci, la jeune femme serre les poings, manquant briser le pied du verre de champagne qu’elle tient dans sa main. Si elle était un homme, il est probable qu’elle lui demanderai de sortir dehors pour s’expliquer. Malheureusement, elle est une femme avec un minimum d’éducation lui interdisant ce genre d’agissements.

— Pourquoi devrais-je retourner travailler ?

L’autre hausse ses maigres épaules.

— Je ne pourrais pas m’arrêter de bosser, moi. Je ne sais pas comment tu fais pour rester toute la journée à la maison. Ton boulot ne te manque pas ?

— Oh, énormément ! Sept heures du matin, sept heures du soir. Pas un instant à moi entre les gosses et la maison. Ne plus pouvoir écrire une seule ligne, tu parles que ça me manque !

La cousine fait une moue dubitative avant d’avaler une gorgée de champagne.

— De toute manière, tu ne seras jamais publiée ! A cet instant, deux options fort alléchantes font leurs apparitions dans l’esprit de la jeune femme. La première, elle arrache les yeux de cette idiote, la deuxième, elle lui griffe le visage. L’ennui, c’est qu’elle n’a pas d’ongles…

Ne laissant rien paraître du trouble intérieur l’agitant profondément, la jeune femme se compose un sourire parfait, avant de répondre d’une voix suave, que seul l’avenir est en mesure de le prouver.

— Je persiste à dire que tu perds ton temps, continue la cousine d’un air dédaigneux à présent.

Que répondre à cela ? Cette personne est tellement persuadée d’avoir raison qu’elle ne tolère aucune explication. « Autant parler à un mur, pense la jeune femme. »

Elle réalise soudain en regardant son vis-à-vis hautement superficiel, qu’elle se moque finalement de ce que pense sa cousine. Cette dernière n’a jamais ouvert un livre de sa vie, à moins d’y avoir été obligé. Pourquoi s’obstine-t-elle à vouloir dénigrer la passion de la jeune femme ? Celle-ci n’en a pas la moindre idée, mais soudain elle ressent une vague de pitié pour sa cousine. Lui arrive-t-il seulement de rêver, de s’évader quelques instants de son esprit tortueux ! Il est fort probable que non, et la jeune femme trouve cela vraiment triste. Combien de fois elle-même s’est-elle projetée en rêve, non pas de gloire ou de fortune, mais plutôt de partage avec des personnes appréciant ses écrits. Les deux cousines sont si différentes. Jamais il ne viendrait à l’esprit de la jeune femme de briser le rêve de quelqu’un à grands coups de mots haineux. Si on enlève l’espoir à une personne, que reste-t-il ? Un avenir étriqué, fait d’habitudes et de lassitude…

La jeune femme ne sait pas si, un jour, elle réussira à toucher du doigt son rêve, mais aujourd’hui plus que jamais, elle est sûre d’une chose, c’est qu’elle n’abandonnera pas. Pendant toutes ces années, elle a laissé filer le temps, reniant ce qu’elle était à cause de tous ces gens, qui n’ ont jamais cherché à la comprendre. Elle a souvent ployé sous l’averse, se redressant péniblement à chaque fois, reléguant sa passion au rang de vulgaire loisir, mais comme par magie, tous ses doutes et peurs qui l’assaillaient, viennent enfin de rendre les armes. Le chemin promet d’ être long et difficile, mais la jeune femme est convaincue que, sans plus aucun remord, il lui faudra laisser sur le bord de la route tous ses étriqués du cerveau.

Levant son verre de champagne bien haut, elle regarde sa cousine en souriant.

— Merci… lui dit-elle dans un souffle.

L’autre la regarde sans comprendre, une fois de plus….

L.L.H

Une journée à la plage

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Une journée à la plage commence tôt le matin.

Généralement, vous êtes en train de prendre votre café tranquillement. Soudain, l’ un de vos enfants pointe le bout de son nez, les yeux à peine ouverts et sans même prendre le temps de vous dire bonjour, vous assène cette petite phrase rendue pâteuse par le réveil et qui vous met tout de suite dans l’ambiance :

– On va à la plage ?

Des fois que depuis la veille vous ayez changé d’avis.C’est bizarre mais ce jour là, les enfants ne mettent pas trois heures pour sortir du lit.

Après le petit déjeuner englouti en cinq minutes, ils partent faire leur toilette et s’habiller. Je range un peu l ‘appartement pendant que mon mari sort la glacière.

A partir de ce moment là, le branle-bas de combat commence. C’est qu’il ne faut rien oublier ! Le sac avec les serviettes de plage, celui pour les jouets du petit, les palmes des grands avec les combinaisons de plongée, les masques. Et j’en passe !
La glacière est remplie au compte-gouttes pour tout caser au carré, ce qui est plutôt du ressort de mon mari car moi, j’ai tendance à tout mettre en vrac en espérant que ça rentre. Puis, je prépare les affaires du petit dernier qui,  pour une fois ne traîne pas pour s’habiller.
Bientôt, nous sommes fin prêt. Les trois garçons sont dans le couloir et trépignent d’impatience. Je fais les dernières vérifications d’usage : casquettes, lunettes de soleil, maillots de bain…
Généralement, j’ai droit à un : Ouais, c’est bon, Mman ! dit sur le ton propre à l’adolescent. Je vérifie une dernière fois que je n’ai pas oublié la crème solaire, la trousse de secours et surtout mon livre que j’ai choisi bien gros histoire de ne pas tomber en rade de lecture, bien sur, tout ceci a le don d’agacer tout le monde, je ne sais pas pourquoi. Ce qui à mon tour m’énerve et nous partons tous en râlant.
Nous avons à peine démarré la voiture, que le petit, tout excité qu’il est d’aller à la plage, se met à chanter à tue-tête, ce qui bien sur, lui attire les foudres de la part de ses frères qui lui intime de se taire. Mais le petit ne s’arrête pas bien au contraire et c’est la guerre à l’arrière. Je crie une première fois, puis ensuite vient le tour de mon mari et nous arrivons dans un calme tout relatif au bord de la mer.
Il est tôt, aussi nous trouvons une place rapidement. Pour sortir de la voiture, mes enfants sont champions. On dirait des fauves échappés d’une cage. Ils claquent la portière violemment ce qui a le don d’exaspérer leur père. Et ensuite, il faut qu’on leur demande de venir prendre leurs affaires ce qui ne leur viendrait absolument pas à l’esprit sans cela.
Puis, nous cherchons un coin sur la plage. A cette heure, il n’y a pas encore beaucoup de monde, alors on a le choix.
C’est justement là le problème. Là, ça ne va pas, il y a trop d’algues, ici c’est pas bien et là l’eau n’est pas belle.
Finalement, nous trouvons un endroit qui convient à tout le monde. Ouf ! Je pose le sac dont la lanière me scie l’épaule ainsi que le parasol. Rapidement je sors les serviettes de plage et les étalent au plus vite, on ne sait jamais des fois qu’ils changent d’avis.
Puis commence le rituel du badigeonnage de crème. J’attrape le petit qui évidemment n’est pas trop d’accord et je le tartine des pieds à la tête. Pas un bout de peau n’en réchappe ! Lorsque je le lâche enfin, il court en direction de l’eau en râlant bien fort. Mais je n’ai pas encore fini, non, loin de là. Il faut encore s’occuper des dos de mes autres messieurs et enfin de moi-même. Et mieux vaut dans mon cas ne pas oublier un centimètre carré parce que sinon je pourrai faire concurrence à un écrevisse. D’ailleurs à la fin de l’été, je n’arbore généralement qu’un léger hâle tandis que d’autres se pavanent avec leur bronzage parfait sans oublier de me le faire remarquer bien entendu.
Après ce passage obligé, je vais faire un tour du côté de l’eau pour voir si elle est bonne. Mon fils aîné me dit qu’elle est super. Je tente l’immersion d’un doigt de pied et le ressort aussi sec. Je vais attendre d’avoir plus chaud. On ne doit pas avoir la même notion du mot « super » avec mon fils. Donc, je retourne sur ma serviette, faisant fi de mon mari qui peste tout ce qu’il peut en gonflant les matelas pneumatiques et autres accessoires nécessaires à une journée de plage. J’attrape dans mon sac mon livre, réajuste mes lunettes de soleil et m’allonge en soupirant, prête à savourer un moment de pur bonheur. J’ouvre les premières pages et alors que je commence à lire, une petite voix hurle :

« Maman, il ne fait rien que m’embêter ! »

Nul besoin de demander qui l’embête, car je sais déjà, qui embête qui. Je me redresse d’un bond et crie à mon fils cadet de laisser son frère tranquille. Le « c’est pas moi, c’est lui » achève de m’énerver. Je les menace de rentrer s’ils ne sont pas sages. Vaines menaces d’ailleurs, comme si on était capable de tout remballer juste pour une dispute. Leur père d’une voix ferme et assuré leur demande de se tenir tranquille. Ce qui nous accorde cinq bonnes minutes de calme.
Bon, je me réinstalle et je reprends ma lecture à l’endroit où je m’étais arrêté, c’est à dire au tout début. J’ai lu trois phrases lorsque le petit arrive en tenant un seau rempli d’eau au-dessus de sa tête. Visiblement, ses intentions sont menaçantes.

Je me relève brusquement et crie :

« Attention à mon livre !

Ce qui a pour effet de le stopper net dans son élan.

– C’était une blague ! me fait-il avec un sourire de petit coquin.

Même pas drôle sa blague !
Jusqu’à l’heure du déjeuner, j’ai du lire dix pages et pas en continu s’il vous plaît. Justement, là, les fauves ont faim. J’ouvre la glacière. J’en sors des sandwichs au pain complet et jambon, des petits paquets de chips, et un taboulé fait maison.
Mon aîné me regarde et me jette un : « C’est tout ce qu’il y a ? » Je lui réponds que non, je n’ai pas réussi à faire rentrer le frigo dans la glacière. Il émet alors une sorte de grognement en guise de réponse. C’est beau l’adolescence !
Après le repas, ils ont interdiction d’aller à l’eau pendant un petit moment. Quand j’étais petite, on me disait que c’est pour la digestion, moi, c’est pour la tranquillité. En effet, il y a moins de risques sur la plage que dans l’eau. Les deux grands s’amusent donc au ballon et le petit fait des pâtés de sable. Mon mari et moi prenons tranquillement un petit café tout droit sorti du thermos et carrément indispensable pour ma survie.
Et enfin, je m’allonge mon livre à la main. Je suis bien calée, bien tranquille quand soudain le téléphone portable sonne. Je regarde à droite et à gauche, ça ne peut pas être le mien.

– C’est le tien, chérie !

Je me redresse en soufflant et attrape fébrilement l’appareil qui manque ameuter toute la plage. C’est une de mes copines. Elle me demande où je suis et ce que je fais, donc je lui réponds. Là, elle m’annonce qu’elle est chez elle et que son fils a failli se noyer dans la piscine. S’ensuit évidemment une conversation à bâtons rompus de dix bonne minutes.
Lorsqu’enfin je raccroche, mon mari me demande si c’était bien ma copine. Non, c’était le père Noël qui voulait savoir s’il pouvait descendre avant l’heure. Évidemment que c’est elle, j’ai prononcé au moins trois fois son nom pendant notre conversation. Ah ! Les hommes.
Soudain, un hurlement retentit. Eh ! Non, ce n’est pas un de mes fils mais le petit garçon d’à côté. La mère se met à crier et tout le monde la dévisage. Je compatis ! Elle me regarde et soupire, je souris. Entre mères, il faut se serrer les coudes.
Je commence à avoir chaud alors je décide d’aller me baigner. C’est le signal pour les enfants qui se ruent dans les flots en s’éclaboussant à tout va. Je m’éloigne un peu, histoire d’être tranquille. L’eau semble moins froide alors je m’immerge totalement. Tant pis pour le brushing. Notre voisine de plage entre à son tour dans l’eau. Elle entame la conversation en me disant qu’elle ne sait plus quoi faire avec son fils.
C’est que, je ne sais pas non plus. Je fais un sourire de circonstance pour quand même, lui signifier que je la comprends. Elle tient son petit garçon dans les bras et me montre une tache sur son bras tout en me demandant mon avis sur la question.
C’est que je ne suis pas pédiatre moi ! Je réponds que je n’en ai aucune idée et l’envie soudaine d’aller nager s’empare de mon esprit. Je m’excuse poliment et nage en direction de l’horizon. En dehors du fait que je suis maintenant tranquille, j’aime ce sentiment de calme qui m’envahit alors. C’est comme si j’étais seule au milieu de la méditerranée, enfin, presque toute seule.
Mon mari vient de me rejoindre. Pas moyen d’être tranquille. Nous revenons ensemble vers la plage. Les grands s’occupent du petit, tout va bien.
Assise sur ma serviette, je tente une virée vers mon livre. Je regarde à droite, à gauche, des fois que ma sœur ou la concierge ou n’importe qui apparaîtrait par hasard. Je ramène le livre vers moi et je l’ouvre. J’ai lu une page entière quand soudain mon fils arrive en courant. Il a soif.
Une fois de plus, je pose mon bouquin et j’ouvre la glacière, lui sert à boire ainsi qu’à mon mari. Mon fils ainé décide de se désaltérer lui aussi mais il me dit de ne pas me déranger. Ah ! Voilà qui est bien !
Alors je retourne à mon roman. Mais comble de l’ironie, voilà que moi aussi la soif me dessèche la gorge. J’ouvre donc la glacière et attrape…une bouteille vide. C’est bien connu, la poubelle préfère les bouteilles vides mais fraîches. Alors là, je rouspète en disant que quand même la poubelle est à côté et que ce n’est pas grand-chose que de jeter une bouteille vide. Évidemment on me répond que je fais toute une histoire pour rien.
Enfin vers seize heures, mes ados en ont marre, ils veulent rentrer. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, mon mari a tout plié. Je n’ai même pas enfilé mes tongs que tout est rangé dans la voiture.
Un dernier coup d’œil à la plage pour voir si on n’a rien oublié et nous voilà partis.
Dans la voiture, le miroir du rétroviseur me renvoie l’image d’une femme dont les cheveux sont retournés à l’état sauvage aussi je dégaine ma brosse de secours et coiffe ma chevelure en queue de cheval. Les enfants sont un peu plus calmes dans la voiture ce qui est bien agréable.
En arrivant, je rêve d’une douche mais je sais que je serai la dernière à la prendre parce que comme toujours les grands se précipitent, puis le mari et enfin le petit dernier. Et comme toujours je râle pour qu’ils lavent leurs palmes, leurs masques, leurs combis. Ils me répondent qu’ils vont le faire dans cinq minutes mais les minutes se transforment en heures et c’est moi qui m’en charge.
Quand enfin tout est rangé, lavé, etc.…il est temps de préparer le repas du soir.
Avec tout ça, je n’ai même pas lu un chapitre de mon livre. Et dire que c’est à peine le début de l’été !

L.L.H

La rentrée des classes

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Ah ! Cette fameuse rentrée des classes…

Pour l’aborder sereinement, il y a toute une préparation avant cela. Tout d’abord… psychologique. Car il en faut du courage pour faire les courses scolaires, courant août ou début septembre. Le rayon des cartables et autres accessoires indispensables pour l’école, c’est la jungle, en à peine plus civilisé, encore que…

A quoi reconnaît-on un parent ce jour-là ? C’est tout simple, il est généralement armé d’une liste plus ou moins longue et d’un caddie qu’il pousse en râlant. Il est rouge, suant sous l’effort de la concentration extrême pour comprendre pourquoi le prof a demandé un cahier qui n’existe que dans ses rêves. Il ne s’excuse pas lorsqu’il vous heurte. Pas le temps ! Il vous arrache des mains les feuilles format A4, que vous venez juste de sortir du carton. On ne sait jamais des fois qu’il y ait rupture de stock dans les trois secondes à venir. C’est vrai quoi, il y a tellement peu de grandes surfaces en France… Faudrait pas risquer de manquer de quoi que ce soit… Il gère ou pas, une situation de crise provoquée par une enfant de six ans, qui hurlent que sans le cartable « hello kitty », elle ne peut pas travailler ! C’est le moment pas vraiment idéal, que choisit alors le parent pour essayer d’expliquer les écarts de prix, la crise dans le monde, à une gamine aux narines frémissantes, qui ayant dû certainement boire trop de coca, semble sur le point d’imploser.

Quelquefois, des parents se sourient, se reconnaissant dans la même galère. Oui, oui, ça m’est arrivé. Bref, à partir du moment où l’on a des enfants, on ne peut échapper à cette corvée, qui en plus se reproduit souvent plusieurs fois car il manque toujours quelque chose. Que le parent qui n’a pas couru à la recherche du cahier d’exercice spécial machin-truc lève la main. Je ne le croirai pas ! Mais ce n’est pas tout…

Deux ou trois jours avant, on court à l’école voir à quel heure rentre le petit dernier. Évidemment, ce n’est pas affiché. Faut revenir plus tard. Le grand, qui est au lycée fait râler son frère parce que lui, il fait sa rentrée deux jours après.Bonjour l’ambiance…

Le jour J, l’effervescence est au plus haut point. Les enfants sont survoltés ou abattus, c’est selon. Les affaires préparées la veille sont devenues soudain très moches à la lumière du jour, et les baskets, c’est certain, ça tient plus chaud que les tongs. Le petit est tellement pressé de retrouver ses copains qu’il décompte les minutes à voix haute, s’arrêtant juste pour râler que l’heure ne passe pas assez vite. Son autre frère, qui ce même jour, rentre en dernière année de collège se moque de lui, en lui assénant qu’aimer l’école ce n’est pas normal, et que surtout, ça ne va pas durer…

Enfin l’heure du départ. Ah ! Le fameux trajet jusqu’à l’école, ça m’avait manqué. Euh ! Non, en fait. L’école est là, crie mon fils. Manquerait plus qu’elle se soit évanouie dans les airs pendant les vacances, tiens ! Et voila qu’apparaît « le » meilleur copain à l’horizon. Les retrouvailles du jour de la rentrée, c’est émouvant. Oh ! Tiens ! La maman de son copain a acheté les mêmes lunettes que mon fils pour le sien, mais… dans une couleur différente. Chouette…

C’est le concert de bisous-bisous qui commence. Tu vas bien, oui, ça va et toi, bonnes vacances ? Et on recommence une bonne dizaine de fois…

Mes joues s’en souviennent encore.

Le portail ouvre, laissant rentrer une foule d’enfants tous plus joyeux les uns que les autres. Ils ne savent pas ce qui les attend ou quoi ! Qu’ils reviennent avec des devoirs plein le cartable et on en reparlera. Il y en a quand même un qui pleure le pauvre…je me disais aussi. Pas le temps de faire un bisou, mon fils est déjà dans la cour. Il me fait quand même un signe de la main et se retourne pour suivre son meilleur copain. Où est-il mon bébé, boooouh…

Ça a quelque chose d’émouvant la rentrée, ça nous rappelle lorsque nous étions enfants et que nous portions notre gros cartable sur le dos ( Z’étaient pas aussi beaux à l’époque ) et que nous arrivions dans la cour plein d’espoir, le cœur un peu serré à l’idée de la fin des vacances. Ah ! C’était le bon temps… C’est ça ouais, et puis quoi encore !

La journée a filé super vite. C’est reparti! Seize heure trente, affluence devant le portail de l’école. Il y a toujours beaucoup de monde les premiers jours. C’est sympa de pouvoir être là, si on peut, pour recevoir les premières impressions de notre enfant, style : j’aime pas la maîtresse ou pire, elle est trop belle la maîtresse…

« Le » truc à ne surtout pas oublier, c’est le goûter. Surtout, si vous voulez éviter les regards en coin, qui signifient : bouh la mauvaise mère ( ou le mauvais père). C’est ainsi que les potins recommencent entre mamans ou papas, genre copine sympa qui vous raconte sa croisière idyllique alors que vous cet été, vous avez voyagé entre pots de peinture couleur blanc Alaska et brun Normand, en passant par le gris iceland pour refaire votre intérieur. Nous n’avons vraiment pas les mêmes valeurs… Enfin, mon fils sort de l’école trop content, il a super bien mangé à la cantine. Merci, ça fait toujours plaisir. Il adooooore la maitresse, elle est trop cool. Il y a un nouveau mais qui n’est pas là parce qu’il arrive demain. Ils ont appelés les pompiers parce qu’il y avait un nid de guêpes dans la cour. La maitresse est trop gentille. Il n’y a pas de devoirs mais il faut signer le cahier. Marie a un beau cartable. Son meilleur copain est trop sympa, il lui avait manqué. Qu’est-ce qu’il y a pour le goûter? Tout ça en moins de cinq minutes top chrono.

Et voilà, c’est reparti pour une année…

L.L.H

Séance shopping avant l’été

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Lorsque les premiers rayons du soleil daignent enfin illuminer aussi bien le ciel que notre moral, certaines personnes partent en croisade à la quête du « maillot de bain », la star des plages en été, qui, évidemment se doit d’être au top des tendances.

Élise est une amie qui n’échappe pas à la règle, bien au contraire. Le genre de filles qui connaît tous les magasins de fringues, tous les sites branchés, bref, une encyclopédie de la mode.

Aussi, lorsqu’elle m’appelle pour une séance shopping séance tenante dans une boutique qu’il faut absolument découvrir, je ne suis pas franchement ravie, loin de là. D’abord, ce printemps par trop maussade, ne m’inspire pas plus que ça et deuxièmement, ayant fait des travaux chez moi, l’état de mes finances ne m’autorise guère de folies, ce qui n’est évidemment pas le cas d’Élise, dont le porte-monnaie est constamment bien garni, ce qui n’est pas la moindre de nos différences.

Mais bon, en amitié, il faut savoir faire des sacrifices, donc je décide de l’accompagner pour la soutenir dans sa quête et faire quelques repérages éventuellement.

Nous voilà donc dans ce fameux magasin spécial maillots de bain, qui, de l’extérieur a l’air bien sympa. Toutes ces couleurs chatoyantes, ces matières satinées, c’est beau, ça attire l’œil, ça réchauffe nos petits cœurs meurtris par un rude hiver.

J’erre donc au milieu des tissus multicolores, avant de jeter un coup d’œil discret sur les étiquettes, afin de m’enquérir des prix et soudain, ma mâchoire manque se détacher de mon visage figé par la stupeur.

Un rapide calcul de tête et je constate que je pourrai m’acheter pas mal de livres pour la somme de ce petit bout de tissu. Et ma liste de romans qu’il faut absolument que je lise, est fort longue ! Le maillot est cousu avec des fils d’or ou quoi ! Même pas. Je repose avec précaution celui-ci pour continuer ma recherche un peu plus loin. J’en trouve enfin un qui affiche un prix un peu plus décent

– Aaahhh !!! Mais t’es folle, c’est la saison dernière ! me hurle Élise dans l’oreille.

Je fais un bond en arrière, j’ai presque failli avoir une attaque.

– Ben quoi, c’est pas grave…

Vu la tête de ma copine, euh ! Oui, c’est très grave !

Et voilà qu’arrive la vendeuse du magasin.

– Ah ! Mais ça ne va pas du tout ce modèle pour vous, Madame, vous êtes beaucoup trop petite pour porter ça.

Là, présentement, des envies de meurtres me viennent subitement à l’esprit.

D’abord je ne suis pas petite, je suis dans la moyenne des françaises, non mais Oh !

– Je fais un mètre soixante quand même !

– Ben oui, mais ce n’est pas très grand.

Euh, dis donc poulette, la psychologie, tu connais ? Non, sûrement pas. Est-ce que je te traite moi, de grande gigasse avec ton mètre quatre-vingt-cinq et ta taille mannequin !!!

Non mais, oh ! Faut pas pousser Mémé dans les orties !!!

– Tenez, prenez ce modèle, il vous conviendra parfaitement.

J’attrape le maillot qu’elle me tend. Bof ! J’aimais mieux l’autre.

La voix d’ Élise me vrille soudain les oreilles.

– Vas-y essaie-le, qu’est ce que tu risques ?

Je hausse les épaules en soupirant et part en direction des cabines d’essayage, précédée de Mademoiselle la vendeuse, miss « diplomatie, moi pas connaître »

Une fois dans la cabine, j’enfile le maillot puis, je m’observe devant la glace. Là, c’est le choc. Z’ont oublié du tissu ou quoi ! Et en plus, les couleurs flashy sur un corps tout blanc, ça le fait pas vraiment. D’ailleurs, la vendeuse aurait dû le savoir. Une peau comme la mienne ne supporte pas les imprimés trop vifs. Généralement, si je me mets au soleil en mai, j’ai un léger hâle en août. Alors, ça risque de ne pas le faire avec de telles couleurs, faire pâlichonne tout l’été merci bien ! Des couleurs plus discrètes seraient plus indiquées. Puis, cette forme de maillot, je ne suis pas certaine qu’elle me mette réellement en valeur.

Je passe ma tête derrière le rideau pour demander à la vendeuse si cette marque ne taille pas un peu petit.

La délicate jeune femme ouvre sans gêne aucune le rideau et me toise, les mains sur les hanches.

– Mais il vous va parfaitement ce maillot, Madame !

Je me regarde à nouveau dans le miroir. Elle se fiche de moi ou quoi. Je ne suis pas Kate Moss, j’ai donc comme la majorité des femmes normales, des choses qui s’appellent des formes, ce que n’a pas la jeune vendeuse, c’est certain. Peut pas comprendre. Et ces formes là, elles ressortent un peu trop à mon goût.

– Euh, ça ne couvre pas beaucoup quand même ! Enfin, je veux dire…

– C’est un maillot de bain, me dit-elle sur le ton de quelqu’un qui s’adresse à une demeurée.

– Oui, certes, mais ne serait-ce pas le modèle spécial tue-mari, non parce que si je sors comme cela sur la plage, mon mari risque fort de faire une crise cardiaque !

La jeune femme lâche un sourire.

– C’est très tendance, vous savez.

– Ah oui ! Seulement je pense avoir passé l’âge de jouer les midinettes sur les galets. Alerte à Malibu, très peu pour moi.

Élise arrive sur ces entrefaites.

– Mais il est super ce maillot !

– Euh, un peu voyant quand même…

Je me tourne vers la vendeuse.

– Vous n’auriez pas le même en noir ?

La jeune femme fait une grimace éloquente.

– Ah non, désolée, mais il n’y a que deux couleurs dans ce modèle !

En plus d’être radin sur le tissu, ils le sont aussi sur les couleurs.

Je tire en soupirant le rideau aux nez des deux femmes, puis me change illico. Avant de sortir de la cabine, je jette un œil sur l’étiquette, et là, le fou rire me gagne. C’est vraiment un maillot tue-mari. Le prix est tout simplement indécent.

En sortant de la cabine, je bute sur la vendeuse qui me jette un : « vous le prenez ? » d’un ton qui n’admet aucune réplique.

– Non !

Et je lui tends le morceau de tissu aux couleurs criardes. Bouche bée, elle récupère le maillot.

Petite, toute petite victoire…

Élise après avoir écumé tous les rayons, telle une petite abeille qui butine de fleur en fleur à la recherche du meilleur pollen, a enfin trouvé son bonheur. Elle hésite maintenant entre deux modèles pour une paire de deux pièces. Imprimé marine, pile dans la tendance ou romantico-exotique asymétrique. Shorty ou pas shorty ! Sinon, elle doute pour son troisième choix, le trikini. Entendez par là, modèle une pièce très sexy, aux motifs trompe-l’œil ou plus sobre d’une seule couleur, maillot qui exige tout de même une silhouette parfaite, ce qui est le cas d’ Élise.

Quel dilemme pour elle ! Je suggère à tout hasard le premier, sachant très bien qu’elle est bien capable de revenir acheter l’un des deux autres plus tard.

Au bout d’un temps qui m’a paru interminable, Élise se décide enfin, non sans avoir essayé chaque modèle deux fois. Faudrait pas se tromper quand même.

Je me dis alors que la prochaine fois qu’elle m’appelle pour une séance de shopping improvisé, j’aurai certainement une migraine épouvantable ou alors la machine à laver le linge aura débordé ou bien un Alien se sera pointé dans ma cuisine pour boire une tasse de café !

Pour ma part, je me rendrai certainement le mois prochain, dans un magasin de sport que je connais bien, pour acheter un maillot de bain avec lequel je puisse aussi nager, dont le coût ne fera pas hurler de désespoir mon porte-monnaie.

Tendance, oui, mais pas à n’importe quel prix quand même…

L.L.H

Au secours, Maman est au régime…

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Croyez-le ou non, mais ma balance électronique est encore détraquée ! Cet objet de malheur m’annonce trois kilos de plus. Non mais oh, ça va pas la tête…

Bon d’accord, j’avais bien remarqué que mon jean me serrait un peu mais je pensais que le sèche-linge en était responsable. C’est fou ce que cet appareil peut rétrécir les vêtements, on ne peut vraiment pas lui faire confiance. Enfin, c’est peut-être aussi la faute des plats bien consistants ingurgités pendant l’hiver, genre raclette allégée…

En même temps, ce n’est pas de ma faute s’il a fait très froid cette année, faut bien se réchauffer. Le Sud tout blanc, c’est déprimant. Enfin, bref, après être remonté trois fois sur cette fichue balance, qui n’a même pas varié d’un gramme – c’est beau la technologie – j’en arrive à la conclusion déprimante, par ce moche matin de printemps, qu’il faut que je me mette au régime.

Régime. Rien que ce mot a une consonance négative. Aussi je décide que non, je ne ferai pas de régime, je vais faire attention à mon alimentation, c’est tout !

Alors je commence par réfléchir aux conditions. Tout d’abord, je ne cacherai plus le chocolat. Je l’ai fait une fois, mais le comble, c’est que je l’ai retrouvé. Pourtant, je l’avais bien planqué, mais c’est dingue, on oublie où on a posé ses clefs, jamais où est caché le chocolat… À méditer !

Donc, me voilà en train d’annoncer à tout le monde :

– Attention, fini les bons petits plats en sauce et vive les repas allégés.

Aussitôt, un vent de rébellion se met à souffler sur la maison, puissance maximale.

– Comment !!! Ce n’est pas notre faute si t’as grossi, nous, on est jeune, on a besoin de calories !

– Au secours, Maman est au régime…

Sympa les mecs, merci, j’m’en souviendrai.

Je décide donc de me débrouiller toute seule et de compter uniquement sur ma volonté infaillible. J’ai bien arrêté de fumer, me priver quelques temps de bonne nourriture doit être dans l’ordre du possible, non mais !

Donc premier repas, steack- haricots verts, classique. Seule avec le petit dernier. No problem ! Deuxième repas, pâtes à la bolo pour tout le monde, sauf moi. Pâtes sans rien. Sympa comme sauce, bien qu’un peu pâle. Bien sûr, tout le monde se moque de moi, bravo pour le soutien… j’ai même droit à : « Hum ! C’est bon, tu en veux ? » Moi stoïque, même pas envie. Je zappe même le fromage et opte pour un yaourt nature en guise de dessert. Hum, délicieux ce petit goût d’acidité…

En débarrassant, je jette les pots de danette d’un air dédaigneux. Savent pas ce qui est bon. Ouh, que je suis fière de moi ! Jusqu’à ce que…plus tard dans la soirée, assise devant mon ordi, me vient subitement une crispation de l’estomac, qui veut dire, en clair : « A L’AIDE, J’AI FAIM ! » Je tente donc de parlementer avec mon estomac, lui proposant des rognures d’ongles qu’il n’a pas l’air d’apprécier. Sur l’écran de mon ordinateur défile des recettes de gâteaux au chocolat…Vite je ferme l’email. Sont toujours là. Mince alors, illusion d’optique.

Mon mari regarde la télé et je me demande pourquoi il n’y a que des publicités sur la nourriture. J’essaie de penser à autre chose, mais mes pensées dérivent sur un océan de pâtisseries et autres sucreries. C’est joli, je plongerais bien, moi ! Non mais, ça ne va pas la tête, à ton âge ! Allez finis l’ongle de ton pouce, il en reste un bout là. Je décide d’aller me coucher, mais j’ai envie de dévorer les moutons que je compte pour m’endormir, alors je me relève, je prends un livre, je lis jusqu’à plus faim…

Deuxième jour : Je me réveille et mon estomac fait un bruit affreux. Mais je pense aussitôt que le plus dur est derrière moi et que maintenant, ce sera plus facile. N’importe quoi…Bon, je monte sur la balance. Ouah, huit cent grammes de perdu ! Youpi, youpi ! Il n’y a pas dire, je suis fière de moi. Et je compte bien continuer le cœur léger…

Évidemment, lorsqu’on est au régime, non pardon, lorsqu’on mange sainement, il y a toujours une bonne âme pour vous inviter à dîner.

– Ma chérie, et si on se faisait une bonne fondue savoyarde, vendredi soir ?

Sourire poli.

– Non, désolée, je ne peux pas, j’essaie de perdre un peu de poids.

– Ah bon ! Mais pourquooooi… t’en as pas besoin ?

– Ben, mes jeans ne sont pas de cet avis…

– Oh, c’est dommage, je voulais faire une mousse au chocolat pour le dessert, je sais que tu adores !

Ça, c’est petit, c’est très petit, voire minuscule…

Bien sûr, on remet le petit dîner à plus tard. En attendant, si tu permets, je vais, de manière élégante, continuer à me serrer la ceinture.

Bon, l’humeur, elle, n’a rien d’élégant. Elle est plutôt du genre : « Qu’est-ce que t’as, tu veux ma photo ? »  Ok, mais après le régime, alors.

Enfin bref, les jours s’écoulent, telle une rivière…comment… cela ne fait que deux jours ???

Le troisième jour, je dois l’avouer, est très dur. Je me lève et…me jette sur la balance. Je sais, normalement il ne faut pas. C’est pas bien, patati et patata. N’empêche que…. Sauf que je n’ai rien perdu, même pas cent grammes ! Quelle saleté cette balance. Bon, tant pis, on ne peut pas perdre tous les jours, c’est normaaal…

Donc, on continue le cœur vaillant. On s’accroche pour tenir, on évite de croiser une boulangerie -si, si, ça arrive- on achète des trucs lights, genre fromage allégé, sauf que z’ont oublié le fromage, ils n’ont laissé que l’allégé. Bon, je préfère encore manger des yaourts natures. On tente deux heures de gym au lieu d’une. J’ai des courbatures de l’estomac. Aie ! Ça fait mal…Ma super copine qui m’a traîné dans cette fichue salle me dit que c’est normal, c’est signe que c’est efficace et que bientôt,  je serai habituée. Les habitudes, c’est chiant parfois…

Cet après-midi là, j’ai failli manger le goûter de mon fils sur le chemin de l’école, c’est pour dire. Comme de juste, une des mamans me parle de son dîner d’hier au resto. Et dans les détails s’il vous plaît. Moi stoïque, je ne dis rien mais je n’en pense pas moins.

À la maison, c’est simple, je suis d’une humeur de chien à qui on aurait enlevé sa gamelle et pour cause. Une paire de chaussettes sales trouvé sous le lit et j’explose comme une cocotte minute.

– Bande de cochons, va, pouvez pas ranger vos affaires. Pas votre boniche !

Les cochons, euh, pardon, les enfants, organisent alors une réunion de famille.

– Maman, tu sais, si le régime te mets dans cet état, ben, vaudrait mieux arrêter…

– Oui, rajoute mon petit bout, tu sais moi, je t’aime même quand t’es grosse.

AAAAAhhhh !!!! J’ai pris que trois kilos, quand même ! Faut pas exagérer.Vais bouder, tiens…

Bon, pour tenir, je tente une méthode lu quelque part. Se visualiser en maillot de bain sur la plage. Pas mal l’idée, justement j’ai repéré un petit deux pièces couleur chocol…euh, marron.

Bof, ce n’est pas flagrant comme méthode…

Quatrième jour :

Le temps est aussi moche que mon état d’esprit. Je monte sur la balance.  Elle est vraiment détraquée, je n’ai même pas perdu un gramme ! Mais ce n’est pas possible !!! Je la pousse rageusement sous le meuble de salle de bain. Le matériel n’est vraiment plus fiable de nos jours. Rien ne vaut une bonne balance mécanique.

Aujourd’hui, c’est jour de courses. Armée de ma liste, j’arrive au supermarché. Allée principale, des chocolats partout. Dans moins d’une semaine, c’est Pâques. Pourquoi tant de haine ? J’évite courageusement le rayon, ce sera pour plus tard.

Je termine mes courses comme une âme en peine. Mon estomac fait un drôle de bruit. J’ai même l’impression que tout le monde l’entend. Je rencontre une pauvre fille au rayon diététique. Ah non, zut, c’est moi ! J’achète sans grande conviction des galettes de riz. C’est bon, ça cale. Me ment à moi-même maintenant. Le plus dur, acheter les goûters des gosses. Mais bon, on va pas les priver, les pôôôvres… C’est terrible de tenir un pot de nutella dans sa main un jour de diète. Kellogs triple chocolat, rocher Suchard…euh, ça, c’était pas sur la liste…Hum ! vais quand même le prendre au cas où…

Cinquième jour : Toujours rien perdu de plus. Ah si ! Cent grammes, si je soulève mes doigts de pieds. C’est toujours ça de pris. « Alors ? me demande mon mari. » Alors quoi ? C’est pas parce que toi, t’es capable de perdre trois kilos en deux jours, sans même faire attention plus que ça, que t’es obligé de me narguer, non mais !!!

Sixième jour : Je déprime, je suis au bord du gouffre, j’ai l’impression que le frigo me fait des clins d’œils. J’appréhende les repas, les goûters. Je me dis que la vie est injuste, quand je regarde ma meilleure copine qui mange tout ce qu’elle veut et qui ne prend que cent grammes tous les six mois. Je déteste le sport qui fait même pas maigrir. Je hais les gens qui me parlent de bouffe. J’exècre ma balance. Je n’aime pas la cuisine sans sel, sans gras, sans saveur. Je me retiens de lécher l’assiette de mes gamins. Je veux du chocolat ! Mais…je tiens bon.

Jusqu’à ce que…

– Maman, ça fait longtemps que tu n’as pas fait des cookies ?

J’oubliais, c’est mercredi. Mon pov’chéri. Bon, allez, je vais me dévouer. Je ne voudrais pas que mes enfants soient traumatisés. Je ne mange qu’un seul biscuit, pour goûter, on ne sait jamais.

Bilan : Un kilo deux cent grammes en moins. Peut mieux faire. Mais…je vais attendre un peu… après Pâques. Ce n’est pas vraiment le moment de faire le régime. Ensuite, je m’y mets sérieusement.

Promis…

L.L.

Un rendez-vous insolite chez le dentiste

histoire dentiste

Janet est une copine sympa qui déteste aller chez le dentiste. Phobie d’enfant. Donc, lorsqu’elle me demande de l’accompagner pour sa visite annuelle qui a lieu tous les dix ans, j’accepte de bon cœur, même si des visites médicales avec mes enfants, j’en soupe plus qu’à mon tour. Je propose donc de venir la chercher, étant donné que Janet n’a toujours pas, à trente-cinq ans et des poussières, le permis de conduire. Elle prétend que cela n’est pas nécessaire -facile quand on est célibataire, moins aisé avec une famille- et passe sa vie dans les transports en commun. Ou dans la voiture d’une bonne âme qui se propose de la conduire à l’endroit désiré.

Donc, le jour de son rendez-vous, je me pointe devant son immeuble et j’attends que Mademoiselle sorte de chez elle. Lorsqu’elle arrive, je ne peux m’empêcher de sourire. Apparemment, Janet a confondu soirée dansante et rendez-vous chez le dentiste. Elle arrive, vêtue d’une mini, mini-jupe en jean, d’un décolleté tellement plongeant qu’un homme pourrait s’y noyer, de talons aiguilles dignes de mannequins haute couture et qui plus est, ne la gêne même pas pour marcher. Un instant, je m’imagine devant l’école de mon fils dans cette tenue et le fou rire me gagne aussitôt. Il est vrai que Janet est coutumière du fait.  Etant donné qu’elle est de nouveau célibataire, elle ne dédaigne pas de montrer ses appâts. Car Janet est à la recherche de l’homme idéal et pense encore que ce dernier, se commande comme un menu au restaurant.

– Garçon… un mec bien s’il vous plait, avec un supplément d’amour en prime…

Bien sûr, il lui est déjà arrivé de tomber sur des hommes sympas, qui auraient pu la rendre heureuse, mais Janet ne supporte aucun défaut. En fait, je crois que le quotidien la rebute. Malheureusement, je doute qu’on puisse y échapper. Et même si dans sa tête, cette fille a toujours vingt ans, les années s’écoulent inexorablement, laissant leur empreinte indélébile, quand bien même on tente d’ignorer cette vérité universelle.

– J’adooooore ta voiture, dit-elle en s’asseyant sur le siège avant.

Encore heureux ! Manquerait plus qu’elle ne l’aime pas…

– Ah, si tu savais la frousse que j’ai !

– Mais non voyons, il n’y a aucune raison d’avoir peur. Ce dentiste est hyper délicat, tu ne sentiras rien du tout. Les méthodes ont évolué depuis le temps, tu sais !

– J’espère. Il est célibataire ?

– Céli…Janet, il est…un peu, beaucoup plus vieux que toi.

– Ah bon ! Mais ce n’est pas grave, ça !

– Il est marié d’après ce que je sais.

– Ah, mais peut-être qu’il va divorcer…

Je préfère ne pas répondre. Quand Janet a une idée derrière la tête… Voilà donc l’explication de sa tenue pour le moins…sexy. Le pauvre dentiste n’a qu’à bien se tenir. Espérons que sa main ne tremble pas, lorsqu’il verra la tenue de sa cliente, parce que sinon, Janet risque vraiment d’avoir mal.

– Waouh, t’as vu le mec ?

Non, je n’ai pas vu « le mec » car là, je conduis. Et généralement dans ce cas, regarder la route, ça aide.

– Mais regarde-moi celui-là !

Ce qui est horripilant avec ceux qui ne conduisent pas, c’est qu’ils ne se rendent pas compte qu’une seconde d’inattention en pleine ville peut être fatale. Bon d’accord, là on roule à 30 km/h mais quand même. Le feu. Je jette un œil. Ah ouais, quand même…

– Oh là là, celui-là, j’en ferai bien mon quatre heures…

Pour moi, là, tout de suite, ce serait plutôt du chocolat mais bon. Nous arrivons enfin devant le cabinet du dentiste. Je me gare sous l’œil avisé de Janet qui me donne des conseils…Me demande bien comment je fais d’habitude sans son aide !

Enfin, nous poussons la porte en verre du cabinet. La jeune secrétaire, qui a l’air d’être sortie hier de l’école, nous accueille avec un sourire timide. Je lui présente l’amie dont je lui ai parlé, celle qui a très peur d’aller chez le dentiste. Janet m’envoie une bourrade dans l’épaule et nous allons nous installer en salle d’attente. Un jeune homme, ni beau, ni moche, est présent, en pleine lecture d’un magazine sur les voitures. Il lève la tête pour nous saluer, mais le mot ne sort pas en entier de sa bouche, qui reste grande ouverte en apercevant Janet. Je retiens un fou rire et nous nous asseyons en face du Monsieur, qui a replongé la tête dans son journal, mais dont les joues sont toutes rouges à présent.

Janet est assise. Sa jambe, elle, bat la mesure de son stress. Elle se ronge tous les ongles et irait jusqu’à ronger les miens, si ce n’était déjà fait. Je lui murmure de se calmer et lui tend une revue féminine. Elle la prend, puis se met à tourner si violemment les pages que je la lui arrache des mains illico. Il me vient soudain une idée. J’ai lu récemment un livre de Luc Doyelle qui m’a fait beaucoup rire, avec sa façon d’inventer de nouveaux mots ou d’en détourner d’autres, comme par exemple : « Je démarre en trombe ou sur les casquettes de roue… » Je lui raconte donc quelques-uns de ces bons mots qui m’ont marqué tout particulièrement. Alors, elle se met à rire mais rire. Tellement, que le jeune homme assis en face de nous, demande timidement la raison de notre hilarité. De fil en aiguille, Janet lui répète ce que je viens de dire et les voilà pliés en deux tous les deux. Pas mal comme technique de drague. Au moment où le dentiste vient chercher Janet, celle-ci est complètement détendue. En voyant l’âge du docteur, elle reboutonne discrètement les boutons de son chemisier et exige que je l’accompagne, des fois que le dentiste en ait après sa vertu… Elle s’installe sur le siège, un peu gênée par sa mini-jupe qui décidément ne veut pas s’allonger et me lance un sourire crispé. Finalement la séance s’est bien passée et Janet en ressort toute contente, en me disant qu’elle n’a presque rien senti. En voilà une bonne nouvelle. Alors que nous nous dirigeons vers la sortie, le jeune homme de la salle d’attente arrive en courant pour parler à Janet.

Bilan de ce rendez-vous chez le dentiste : Janet a des dents bien soignés, qui le valaient bien et…un rendez-vous avec un homme…

Espérons que celui-là sera le bon !  Qu’il ne laissera pas traîner ses chaussettes sales, baissera la lunette des toilettes, rebouchera le tube de dentifrice, ne s’affalera pas devant la télé pour regarder un match de foot en mangeant des trucs salés, n’oubliera pas de sortir la poubelle, ne râlera pas en voiture… Bref, le mec idéal quoi. Celui dont rêve Janet, qui oublie souvent que le prince charmant n’existe que dans les contes de fées et que les princesses ont aussi des défauts et pas des moindres.

À mon avis, ce n’est pas gagné…

L.L.H

L’inconnu qui me connaît

histoire perte mémoire

 

Alors que je sors tranquillement d’un magasin, un charmant jeune homme d’environ la trentaine m’interpelle :

– Salut, Laurence, tu vas bien ?

Évidemment, quand quelqu’un vous appelle par votre prénom, c’est qu’il vous connaît ou alors, qu’il est médium. Comme je penche plutôt vers la première solution, je tente de rassembler tous mes souvenirs, afin de déterminer de qui il peut s’agir. Pour me donner le temps de la réflexion, je sors un brillant :

– Euh…ça va et…toi ?

Grand, baraqué, regard couleur d’azur et chevelure sombre coupée à ras. Habillé très classe. Quand même, il doit bien être planqué dans un coin de ma mémoire. Mon mari arrive sur ces entrefaites, avec le sourire de circonstance qui, après traduction donne : « C’est qui ce type ? Qu’est-ce qu’il te veut ? »

L’ennui, c’est que je ne sais pas du tout qui est cet homme !

– Alors, tes enfants vont bien ?

Ah ! Il sait que j’ai des enfants.

– Deux garçons, je crois.

Oh ça se précise… Donc, je l’ai connu avant d’avoir le troisième.

– Euh…maintenant, j’en ai trois de garçons.

– Ouah, c’est génial ! Tu ne dois pas t’ennuyer chez toi.

– Naannn…

Bon sang de bonsoir, mon cerveau est déconnecté ou quoi. Allô, allô, besoin urgent d’informations !!! On se magne. Est-il utile de préciser que mon mari me regarde de travers !

– Et dis-moi, tu travailles toujours au Labo ?

Labo ! Donc, il connaît mon ancien boulot ! Je jette un œil sur mon conjoint, espérant peut-être une aide de sa part, mais le sourire en biais qu’il affiche ne m’aide pas beaucoup.

– Euh… non, plus maintenant.

– Ah bon ! Mais au fait, tu écris toujours ?

Là, les bras m’en tombent, plus la mâchoire, et j’en passe. Peu de gens dans mon entourage sont au courant pour l’écriture. Je le crie rarement, très rarement sur les toits. Ce qui est normal, car j’ai le vertige. Donc, à une époque, j’ai dû le trouver vraiment très sympa pour lui avoir confier une telle chose. Ou alors, j’étais sous hypnose ! Pas mal comme idée, cela expliquerait mon trou de mémoire.

– Oui, oui, je continue, mais toi qu’est-ce que tu deviens ?

J’ai bon espoir que, s’il me dit ce qu’il fait dans la vie, je vais enfin me souvenir de lui, car pour l’instant j’ai l’impression de sombrer dans le néant. Va falloir que je fasse le ménage dans ma tête. Un balai quelque part ? Même pas une balayette. Pourtant, un beau mec, cela ne s’oublie pas en général !

– Oh, je viens de monter ma propre boîte ! On démarre doucement mais ça va venir. Faut du temps pour tout mettre en route.

Alors là, ça m’aide vachement. Une boîte de quoi ? Je n’ose pas lui demander car je suis peut-être censée le savoir et donc, je vais passer pour une imbécile, que je suis, de ne pas me rappeler. Pourtant, ce n’est pas faute d’essayer. J’en ai mal aux neurones.

– Ah, c’est génial…

– Merci ! En tout cas, toi, tu n’as pas changé.

Changé par rapport à quoi, à quand !!!

– Toi non plus…

C’est drôle, ma voix est toute fluette. Quelle menteuse ! Oh ça, c’est pas bien ! Mes joues sont si rouges, que je risque de me brûler la main si je la pose sur mon visage. Et en plus, j’ai hooonte ! Réfléchis, réfléchis. Mais fais un effort bon sang. Je le regarde dans les yeux, qu’il a fort beaux d’ailleurs et mon trouble augmente d’autant plus. Il me sourit. Est-ce qu’il se doute du fait que je ne me souviens plus du tout de lui ? Peut-être même pense-t-il que je ne suis qu’une sombre idiote ? Oh là là, c’est la honte ! Je souris, aussi. Bêtement !

– Bon, faut que j’y aille. Cela m’a fait plaisir de te revoir.

– Euh…moi aussi…

– Allez, à bientôt peut-être.

– Oui…à bientôt.

Et il s’en va d’un pas alerte.

– Dis-donc, c’est qui ce type ? Me demande aussitôt mon mari.

– Je n’en ai aucune idée !

– Tu te fous de moi, là !

– Naaan, je ne sais pas qui c’est, c’est la vérité.

– En tout cas, lui, te connaît, c’est certain.

Et soudain, le déclic. Cerveau reconnecté. Trop tard. Je regarde en direction du jeune homme avant de me mettre à rire.Ce n’est pas possible ! Enfin, les souvenirs me reviennent. L’idée subite et fugace me vient de le rattraper et de lui dire : ça y est, je me rappelle de toi ! Mais pour qui va-t-il me prendre ? J’aurais dû lui avouer tout de suite que je ne le reconnaissais pas. Maintenant, c’est trop tard. Je vais passer pour une…blonde sans cervelle. La honte, quoi ! Avec un peu de chances, il ne s’est rendu compte de rien. Faut espérer… Un fou rire nerveux me secoue de haut en bas ou de bas en haut, au choix, provoquant l’exaspération de mon mari.

– Bon, c’est qui ce type alors ?

– C’est un gamin, dis-je en essayant de ne plus rire, enfin, je veux dire, à l’époque, c’était un gamin, un petit stagiaire de vingt ans, qui a travaillé quelques semaines avec nous. Cela doit faire au moins dix ans !

Et à l’époque, croyez-moi, il n’avait pas du tout la même allure ! Les cheveux lui tombaient presque dans les yeux, cachant presque en totalité son regard limpide. Maigrichon, jamais bien rasé, habillé à la mode des jeunes, dix ans plus tôt. C’est fou ce que je me rappelle soudain. Tous ces petits détails d’alors, qui m’ont marqués. Dommage qu’ils viennent trop tard. Beaucoup trop tard !

– Ben dis-donc, il a de la mémoire lui, me dit mon mari en m’entraînant vers la voiture.

– C’est le moins que l’on puisse dire.

Je jette un dernier coup d’œil dans la direction prise par le jeune homme. Pourvu qu’il ne se soit douté de rien. C’était un garçon vraiment sympa à l’époque ! Tout me revient à présent. Hormis son prénom… Un peu plus tard, j’entre dans ma pharmacie habituelle !

– Bonjour, vous n’auriez pas une mémoire en stock, par hasard ? Non ! Bon, des vitamines, ça ira…

L.L.H

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