Chez le boulanger pâtissier, tu attendras…

 tarte aux fraises

Comme tout bon français qui se respecte, chaque jour ou presque, vous passez chez votre boulanger préféré pour acheter le pain ou bien quelques pâtisseries. Donc, vous avez certainement dû être confronté à cette situation : la petite mamie de quatre-vingt ans qui met un temps fou pour choisir trois gâteaux.

Avec son caddie qu’elle tient d’une main ferme, soit pour ne pas tomber, soit pour qu’on ne lui vole pas, elle campe sur ses jambes frêles, d’un air décidé et gourmand, le nez collé à cette vitrine d’Ali Baba exposant milles douceurs aux couleurs attrayantes et appétissantes, qui font baver d’envie les plus gourmands d’entre nous.

– Aujourd’hui, mes petits enfants viennent déjeuner, alors je vais vous prendre quelques pâtisseries, dit-elle en se tapotant le menton, comme pour s’aider à réfléchir. D’habitude, je n’en achète pas, car à mon âge, ce n’est guère raisonnable. Surtout qu’ensuite, mes analyses sont mauvaises et mon Docteur, un grand homme soit dit en passant, me crie dessus. C’est quand même terrible que l’on ne puisse pas se faire un petit plaisir de temps en temps, soupire-t-elle en tournant la tête vers les personnes se trouvant derrière elle, qui aussitôt plongent toutes le nez dans leur smartphone. Dieu bénisse la technologie !

Nullement décontenancée, la mamie continue.

–  C’est pour que vous viviez plus longtemps, me dit le toubib. Oui, mais si c’est pour se priver de tout, je n’en vois pas l’intérêt, fait-elle en secouant son bras dans tous les sens.

La boulangère, armée de sa pince à gâteau, acquiesce en souriant, attendant patiemment la commande de la vieille dame, tout en lançant des coups d’oeils inquiets en direction de la queue, qui vient de s’allonger brusquement. Il est midi et beaucoup viennent s’acheter un casse-croûte pour la pause déjeuner ou tout simplement une baguette de pain, avant de rentrer chez eux. Avouons que notre mamie n’a pas choisi la meilleure heure.

– Bon, mettez-moi un…

La commerçante, intérieurement, soupire d’aise.

– Une tarte aux pommes et un éclair…c’est un éclair à quoi ?

Probablement, la gentille mamie a-t-elle oublié ses lunettes, car c’est marqué en gros sur les petites étiquettes.

En fait, non, même pas, elles sont sur son nez, mais si basses qu’elle regarde par-dessus. Ceci explique cela…

– Ceux-là sont au café et les autres au chocolat, répond patiemment la vendeuse.

– Ah bon ! Mettez-moi une religieuse alors.

– Très bien, on dit une religieuse au chocolat donc…

– Pardon, vous n’avez pas café ? demande la mamie en fronçant les sourcils.

– Non, uniquement chocolat aujourd’hui, répond la jeune femme de plus en plus rouge.

– Ah bon ! Alors, une tarte aux fruits, soupire la vieille dame en haussant les épaules d’un air dépité. Ce sont des fruits de saison ?

– Mais oui, Madame ! Nous ne travaillons qu’avec des fruits de saison, répond la boulangère sur un ton péremptoire.

– Bien, deux alors. Et puis….

A ce moment là, vous croisez les doigts pour que la mamie ne prenne pas la dernière tarte aux fraises. Celle dont vous avez rêvé toute la matinée, savourant moralement chaque bouchée, imaginant le bien-être lorsque les saveurs éclateront dans votre bouche, ravissant vos papilles exacerbées par l’attente. Vous fixez alors le graal en forme de gâteau en priant désespérément…

Mais le seigneur, franchement, a bien d’autres choses à faire !

– Et aussi cette tarte aux fraises, assène la mamie d’une voix sentencieuse.

Vous retenez alors un cri de colère ou un big gros mot, voire les deux à la fois, en vous mangeant le poing.

«  Ô rage, Ô désespoir,

Adieu, délice tant convoité,

Tu vas, sous mon regard embué,

Aller ravir d’autres palais… »

Et pour bien remuer le couteau dans la plaie, la petite dame rajoute en souriant béatement :

– Ce qu’elles sont beeelles ces fraises, ça donne envie…

En entendant cela, un gros soupir vous échappe, qui se répercute soudain à toute la file d’attente derrière vous. Un concert de mécontentement, mélange d’impatience et de bruits d’estomac gargouillant, se fait entendre aussitôt.

Alors, la petite mamie se retourne et vous fait un grand sourire, dévoilant l’intégralité de son dentier, qui tient parfaitement grâce à un fixateur bien connu…

Comme vous n’avez pas un cœur de pierre (du moins, je l’espère) et que vous n’êtes pas non plus le grand méchant loup du petit chaperon rouge, vous lui rendez son sourire, en songeant tout de même, au vide intersidéral régnant dans votre ventre.

Puis, au moment où la boulangère vous demande enfin ce que vous voulez, les mots se coincent dans votre gorge :

– Une tar…une baguette, s’il vous plaît…

L.L.

Un an de plus…

GATEAU CHOCOLAT

Souffler les bougies sur le gâteau d’anniversaire ( au chocolat ) ne me fait pas sentir plus vieille. Non, c’est un rituel, sans plus, auquel il faut sacrifier chaque année.

Ce qui me vieillit vraiment, c’est lorsque la veille de ce fameux jour, mon mari annonce à mon fils aîné qu’il serait temps pour lui d’apprendre à se raser.

À cet instant, je prends une grande claque dans la figure. Soudain, je me rends compte du temps passé. Je regarde ce jeune homme d’un mètre quatre-vingt-cinq, et je vois le tout petit bébé que j’ai mis au monde, un matin de printemps particulièrement chaud.

Ce petit être avec zéro poil sur le caillou, qui jusqu’à ses un an, a gardé le crâne lisse, et qui maintenant s’insurge contre la masse de cheveux indisciplinés que « je » lui ai fait.

Je me remémore cet enfant qui, assis dans sa poussette, adorait balancer sa chaussure en l’air, pour que moi, bonne poire, j’aille la ramasser, provoquant à chaque fois l’hilarité des passants témoins de la scène. Ou dans ce grand magasin, cette fourchette qu’il avait attrapé dans un rayon, et qu’il brandissait fièrement, sous le regard étonné des gens, qui ne pensait même pas à m’avertir. En effet, quoi de plus normal qu’un bébé d’un an et demi, tenant dans sa petite menotte, un ustensile de cuisine pointue, donc, à priori dangereux ! Heureusement que je m’en suis rapidement rendue compte.

Ah ! J’en aurais bien d’autres à raconter mais bon…

Tous ces souvenirs remontent à la surface, serrant mon petit cœur de maman. Aujourd’hui, je regarde mes fils avec un peu de nostalgie. Surtout, depuis que la douce mélodie de Oui-Oui a été remplacé par une musique, allez, ne nous voilons pas la face, une musique de sauvage… C’est bien moi qui disait que jamais je n’emploierais ce mot. Il y a combien d’années déjà ? Ben, cela ne fait pas si longtemps en fait. Parce que pour ma part, je n’ai pas l’impression d’avoir vieilli ! Bon, je distingue bien quelques rides sur mon visage, imperceptibles il n’y a pas si longtemps, mais c’est tout.

Cependant, certaines petites choses m’irritent, comme cette capacité de la jeunesse à vouloir tout savoir, tout connaître : « Mais Mamaaaan, t’y comprends vraiment rien !!!  » Aie ! Ça fait mal ! Quand cela est-il arrivé ? À quel moment suis-je passé de l’autre côté, celui des adultes ? Celui dont je me gaussais, quelques années auparavant.

« Jamais je ne ferais ceci, jamais je ne ferais cela.  »

Oh ! Je me rappelle ces paroles vides de sens que je clamais à tout vent. Eh ! Bien, c’est fait, j’ai atteint l’autre bord de la mer et la traversée s’est fait rudement vite. C’est ça qu’ils appellent une croisière !

Non, je ne me laisse pas emporter par un tourbillon d’amertume, bien au contraire, je constate juste les dégâts, c’est tout. D’ailleurs, je me sens bien mieux aujourd’hui que lorsque j’avais vingt ans, c’est tout dire…

Mais si les enfants pouvaient grandir un tout petit peu moins vite, qu’on ait le temps de se voir vieillir…

L.L.

Être un chat…

Fidji mon chatMon chat Fidji, en plein exercice…

La vie d’un chat relève de la philosophie.
Qui n’a jamais rêvé de se réincarner en cet animal, à la vue d’un matou affalé sur un canapé, dans une position pour le moins surprenante…

Personnellement, je trouve que regarder un chat, c’est comme admirer un tableau vivant. Si vous avez un animal de cette espèce, prenez le temps de l’observer se mouvoir avec cette aisance nonchalante, ce roulement des mécaniques que bien des hommes pourraient lui envier.

Le chat, même âgé, conserve sa grâce naturelle, son élégance de fauve à l’état miniature. Grimper sur les meubles ne lui fait pas peur, surtout s’ils viennent d’être cirés. Il adore aussi la chaleur bienfaisante des aquariums, et même si à cause de son poids, il se retrouve plongé jusqu’au cou dans l’eau, à la plus grande horreur des poissons qui ne manqueront pas d’en faire une syncope, le minet y reviendra quand même. Car plus têtu qu’un chat…

Le chat domestique vivant en appartement ne peut plus chasser ou alors, seulement après les mouches et jamais pendant la sieste. C’est pourquoi, avoir de beaux rideaux ou un chat, il faut choisir ! Qui n’a pas retrouvé son matou, les griffes coincées dans le doux tissu, miaulant désespérément en vous regardant d’un air égaré plus que penaud, et qui ne se fend même pas d’un miaulement de remerciement, aussitôt délivré !

Ah ! Les bêtises des chats, parlons-en ! Elles sont à la hauteur de leur tempérament indolent. Il faut bien que vie se passe tout de même…

Le mien, quand je lave par terre, me regarde d’un air de défi et marche consciencieusement là où je viens de passer la serpillière, et ce, dans chaque pièce. Peut-être n’aime-t-il pas l’odeur du nettoyant ménager ou bien, aime-t-il tout simplement me faire enrager… Étant donné que je change souvent de parfum pour le détergent, force est de constater que c’est plutôt la deuxième solution qui prévaut.

Oserais-je vous conter les embuscades dont je suis victime le matin ? Car quand un chat se lève, il estime que les humains qu’il a daigné accepter comme maîtres, sont là pour le servir. Et peu lui importe à ce minet, que sans votre dose de café, vous n’êtes que l’ombre de vous-même. Vous vous devez de remplir sa gamelle avant tout, sans quoi vous recevez des coups de pattes intempestifs,accompagnés de miaulements rageurs, dont le niveau sonore est effrayant, surtout un jour de migraine.

En parlant de nourriture, il parait que les chats ne font pas la différence sur ce qu’il y a dans leur gamelle. Pardon !!!

Celui qui a écrit cette ineptie n’a jamais, au grand jamais, côtoyé un chat…

Un jour, j’ai servi à mon chat des nouvelles croquettes, soi-disant bonne pour sa santé. Il m’a regardé d’un air de dédain qui signifiait : mange-les donc toi-même ! Je l’ai menacé de les lui laisser jusqu’à ce qu’il ait vraiment faim. Lorsque je suis revenu un peu plus tard, la gamelle était par terre, les croquettes épars sur le sol. Le chat m’a regardé, j’ai eu l’impression qu’il souriait… Comme moi aussi, je suis têtue, j’ai récidivé. Finalement, j’en ai eu marre de balayer.

Franchement, que serait la vie d’un minet sans ces petits amusements quotidiens ?

Une fois que l’on s’est bien vautré dans les nouvelles plantations d’une jardinière pour sentir si les fleurs sont aussi douces qu’elles en ont l’air, que l’on monte ensuite sur le lit, en prenant un air d’ange innocent, alors que notre maîtresse nous gronde en montrant la terre restée accrochée dans les poils et qui jonche maintenant le couvre-lit, que reste-t-il à faire ?

Oh ! Il y a bien, me direz-vous, des petits relents d’estomac à disséminer un peu partout, comme des petits trésors. N’avez-vous jamais remarqué combien un chat reste perplexe devant votre colère, lors d’un tel dépôt sur votre canapé ? Il semble vous dire : « quoi… je t’offre avec amour le contenu de mon estomac, et tu n’en veux pas ! »

Ou son air outré lorsque vous le délogeait du fauteuil pour vous installer… A croire que c’est vous qui devriez vous asseoir par terre.

A mon humble avis, les chats ont développé le complexe du sphinx, et nous pauvres mortels, nous ne comprenons rien !

Le chien, n’en parlons pas ! Se rend-il seulement compte de l’honneur que lui fait le chat en occupant son panier ? Lorsque je vois mon chien, assis devant sa couche, regardant d’un air désespéré le minet squatteur, qui ferme les yeux pour montrer son profond dédain, j’avoue que cela me fait rire et m’énerve en même temps. Et quand je le déloge de l’endroit, comment vous raconter l’air courroucé dont me gratifie le chat.

N’oublions pas le bac qui se doit d’être immaculé, si on ne veut pas retrouver dans ses jardinières, des petites crottes à la place des bulbes si amoureusement plantés. Eh oui, le chat semble penser que vous avez spécialement disposé à son attention, les petites pousses tendres qui pointent à travers la terre, et cela uniquement pour le contentement de son estomac délicat. Aussi ne comprend-il pas lorsque vous surgissez telle une furie, en l’invectivant et en montrant avec forces gestes, la chose dédaigneuse qui se trouve être le pot d’herbe à chat.

Bien sûr, tous ces petits désagréments n’enlèvent rien au plaisir des câlins avec son chat, qui est l’être le plus affectueux qui soit, quand il le veut bien. Sans parler de son empathie lorsque vous êtes malade, et qu’il renonce alors à son lot de petites bêtises quotidiennes pour vous soutenir de sa présence ronronnante.

Je ne crois pas que je puisse vivre un jour sans ce concentré d’amour à l’état pur. Car si vous aimez et respectez votre chat, il vous le rendra au centuple. Nul n’est parfait s’applique aussi aux animaux. Mieux vaut ne pas en avoir si l’on pense le contraire.

Ainsi, sauf si on est un chat des rues… une vie de bêtises, de farniente, outre l’art de cultiver un air outragé, s’offre à tout minet digne de ce nom.

Alors franchement, après une vie de labeur, qui ne voudrait pas être réincarné en chat…

L.L.

Coucou c’est moi…

chat

C’est un après-midi propice à l’inspiration, l’un de ces moments où le stylo ne glisse pas assez vite sur la feuille, peinant à suivre le cours de mes idées. Un moment, où l’on voudrait que le temps, accorde le temps à nos pensées de s’écrire sur papier.

Je suis donc en train de me laisser porter par la vague de mots, qui m’emmène toujours plus loin, m’éloignant du rivage de la réalité, lorsque soudain, la sonnerie de la porte d’entrée résonne dans l’appartement.

Mes doigts se figent dans l’espoir que mon cerveau n’ait pas entendu. Mais voilà que l’on sonne à nouveau. Je fronce les sourcils, en tentant de croire que c’est la porte d’entrée de l’immeuble, car si c’est le cas, je peux toujours faire semblant de ne pas être là.

Sauf que, maintenant, la personne tape sur la porte de l’appartement, de façon très énergique. Je soupire et me lève, vaincue. A tous les coups, ce doit être un représentant en fenêtres. Il en passe tous les mois dans l’immeuble. J’ai beau leur dire que non, je n’ai aucune intention de remplacer mes fenêtres, comme ce n’est jamais le même, j’ai droit au laïus complet et au prospectus, qui, si je les gardais tous, me permettrait de tapisser un mur. Autant dire que là, je suis un tant soit peu agacée.

J’ouvre la porte en faisant taire le chien, qui hurle son mécontentement d’avoir été dérangé pendant sa sieste. Et là, alors que je prépare mon refus habituel, avec sourire de circonstance, je tombe nez à nez avec :

– Coucou, c’eeeeest mooooi !!!

Finalement, j’aurais préféré voir un représentant.

– Alors, t’es contente de me voir ?

Pourquoi, ça ne se voit pas à mon sourire figé…

– Ben alors, tu ne m’invites pas à entrer ?

Où avais-je la tête ?

Bon, allez, j’avoue, l’espace d’une seconde, j’ai eu la furieuse envie de refermer la porte au nez de cette chère Coucou c‘est moi, mais c’est très malpoli de faire ça… J’ai donc ouvert la porte en grand.

Coucou c’est moi, s’est ruée à l’intérieur de l’appartement, comme si sa vie en dépendait. Je n’ai pu m’empêcher de regarder dans le couloir pour voir si quelqu’un la poursuivait. Un réflexe bien naturel. Coucou c’est moi, a jeté son manteau sur une chaise, en se plaignant d’être éreintée à cause de son boulot.

– Tu m’offres un café ? J’en ai bien besoin.

J’ai jeté un coup d’œil sur mes papiers, posés sur le bureau, à côté de mon ordi.

– Je ne te dérange pas au moins ?

Ben, si un peu quand même…

– Euh…

– Ah ! Tu travaillais sur ton bouquin…

Elle hausse les épaules.

– Tu pourras finir plus tard.

Ben voyons !  Je n’ai plus qu’à appuyer sur le bouton « stop imagination » et à le réenclencher quand elle sera partie, c’est ça !

De toute manière, je n’ai pas le choix. Donc, je file dans la cuisine, pour lui préparer sa tasse de café, tout en regardant l’heure. Quatorze heures. Avec un peu de chance, elle ne va pas rester trop longtemps…

J’apporte le liquide brûlant et quelques gâteaux secs, reste de courtoisie tout de même.

– Oh ! Merci, tu es un amour !

A peine a-t-elle avalé son breuvage, que Coucou c’est moi se lance dans une diatribe sur son boulot. Elle n’en peut plus. Elle travaille à mi-temps, mais n’a le temps de rien. En même temps, si elle prend le café chaque après-midi chez quelqu’un, c’est normal…

Coucou c’est moi, me parle ensuite de ses enfants qui lui prennent la tête, et quand je tente d’en placer une sur les miens, elle m’arrête tout de suite, les siens sont les pires des pires. Mais bien sûr ! Puis, elle me parle des soldes qui ne sont plus des soldes, des écarts de prix entre les différents camemberts…

Et moi, j’écoute bien sagement, calée au fond de mon canapé, les bras croisés, en hochant la tête de temps en temps. Ah ! Si elle était perspicace, elle remarquerait que mon attitude est légèrement fermé là. Je décroise les bras, mais un énorme bâillement tend à vouloir me décrocher la mâchoire. Et Coucou c’est moi qui continue de parler. J’entends un bruit là…zut, c’est juste un de mes personnages qui m’appelle.

– Et toi t’en penses quoi ?

Hein ! Quoi ? Oups, là, c’est la question piège par excellence… Bon, allez j’avoue, j’ai un peu décroché, mais si je lui dis, elle risque de mal le prendre.

– Euh ! Je ne sais pas trop en fait…

Voilà, ça c’est bien. Simple et concis.

– Ah bon ! Tu ne sais pas si cette émission est bien ?

Mince, j’en étais restée au camembert !

– Ben, oui, mais…mais toi qu’en penses-tu ?

– Je viens de te le dire, j’adore…

Je hoche la tête.

– C’est aussi mon avis.

Bon, ok, je ne sais absolument pas ce que j’adore sans le savoir, mais je ne vais quand même pas perdre la face pour une émission de télé.

– Ah bon ! Ce n’est  pourtant pas ta tasse de thé d’habitude.

Tout va bien, je vais bien…

– J’ai aussi le droit de changer d’avis, non mais !

Coucou c’est moi hausse les épaules.

– Il faut dire que cette émission est vraiment géniale avec toutes ses vedettes. J’ai tellement hâte qu’elle reprenne.

Et moi donc ! Je regarde discrètement l’heure. Même la pendule est contre moi.

– Oh ! Si j’osais, je te redemanderai un café. Il est tellement délicieux.

Non, non, n’ose pas….vraiment !

P.S.: Penser à servir un café dégueu la prochaine fois.

Mais comme je suis une personne polie, je lui prépare un autre café. Coucou c’est moi, l’a bu en deux secondes et demi. Et elle a continué à me raconter sa vie, comme quoi sa pile de repassage s’accumulait dangereusement. J’ai pensé très fort que si elle rentrait chez elle, elle avait encore le temps de s’y mettre, mais apparemment la transmission de pensées ne s’est pas faite. Cependant, comme toutes les bonnes choses ont une fin, Coucou c’est moi s’est enfin levée pour partir.

Bon, entre le temps qu’il lui a fallu pour aller au toilette, enfiler son manteau et me dire au revoir, il s’est bien passé un bon quart d’heure. Lorsqu’enfin, j’ai refermé la porte derrière elle en priant qu’elle n’ait rien oublié, il me restait une demi-heure avant d’aller chercher mon fils à l’école. Je me suis assise devant ma table et j’ai essayé de trouver le bouton « retour imagination » mais ça ne marche pas comme ça. J’ai bien écrit quelques lignes, mais bon…

Merci qui ???

A partir de maintenant, quand je suis là… je ne suis pas là…c’est compris !

L.L.

Pour 2011, j’adopte la « zen attitude »…

zen attitude (2)

C’est décidé, cette année j’adopte la ZEN ATTITUDE !!!!

Plus question de râler entre et pendant les repas !

( Vais sérieusement m’embêter, moi ! Prévoir bouquins. )

Limiter le café à deux ou trois par jour

(Un instant, je reviens, je vais m’en chercher une tasse )

Ne pas se priver de chocolat !!!

(Comment être zen sans mon petit carré, je vous le demande… )

Ne pas me regarder dans la glace trop tôt le matin

(Passé qua…euh ! un certain âge, c’est vivement conseillé ! )

Ne plus me peser du tout !

(Avec tout le chocolat que je vais ingurgiter, ça vaut mieux )

Essayer de ne pas tergiverser tout le temps

( Je la mets cette phrase ou pas… )

Ne plus bondir lorsque mon fils aîné met sa musique douce à fond la caisse

( Prévoir boules quies )

Rester positive lorsque mon autre fils a oublié de me dire que son pote vient manger à la maison et qu’il n’y a plus rien dans le frigo…

( Ah ! Mais si… il reste des légumes, hihihi….. )

Essayer de déchiffrer le langage corporel codés des ados…

( Non, il ne fait pas la gueule, il est mal luné, c’est tout ! )

Faire semblant de comprendre quand un mari pas vraiment pédagogue, essaie de m’apprendre l’informatique.

( C’est quand même pas ma faute si j’oublie, et si c’est tellement plus simple quand c’est lui qui le fait )

Ne pas râler quand ce même mari, a une patience d’ange avec sa mère, enfin informatisée…

( Ne pas oublier que je serai vieille un jour, et que je pourrai embêter mes fils alors…)

En vrac : Faire un grand sourire quand on me grille la priorité

( Envoyer paître avec un sourire, c’est tellement mieux ! )

Ne plus critiquer le foot à la télé

( Mon mari a le droit de regarder….pourtant, c’est quand même mieux le tennis !!! )

Arrêter de dire que le sèche-linge rétrécit les vêtements

( Ma foi, c’est quand même un peu vrai )

Ne plus m’inquiéter pour tout et pour rien

( En même temps, il y a tellement plus de tout que de rien ! )

Bon, avec tout ça, prévoir musique d’ambiance, déco épurée, alimentation équilibrée, et ça devrait le faire !

( Le seul fait d’y penser me stresse déjà…)

Conclusion : Comme le dit si bien un Proverbe Danois : Beaux projets et draps neufs rétrécissent à l’usage .

( Encore le sèche-linge !!! )

J’ai lu quelque part : Être zen, c’est s’accepter tel qu’on est.

Et si pour 2011, on commençait par ça…

Visite au salon du livre 2010 de Roquebrune Cap Martin

jean d'aillonJean d’Aillon lors du salon du livre de Roquebrune Cap Martin

Ce jour-là, je me suis levée légèrement chiffonnée, victime d’une attaque de virus hivernal depuis plusieurs jours. Mais il était hors de question pour moi, de ne pas aller faire un petit coucou à mon écrivain favori, qui dédicaçait au salon de Roquebrune.

Alors, sous un temps plutôt froid, nous nous sommes rendus mon mari et moi sur les lieux.L’endroit est agréable, car situé en bord de mer. D’ailleurs, quelle ne fut pas ma surprise de découvrir une petite mamie en maillot de bain sur les galets, prête à faire un petit plongeon dans l’eau glaciale. Même si j’ai connu, il y a quelques années, une dame capable d’une telle prouesse, j’avoue que cela m’épate et… me glace. Peut-être que nager dans l’eau froide, cela conserve, mais très peu pour moi…

De toute manière, je n’étais pas venue pour cela, mais pour voir Jean d’Aillon. Une fois sous le chapiteau, j’ai trouvé que pour un dimanche matin, il y avait quand même un peu de monde. Comme quoi la littérature est toujours présente dans les esprits, dans ce monde où le virtuel tient une grande place.

D’ailleurs, si vous regardez bien, il y a toutes sortes de personnes qui se promènent dans les allées. Achetant pour eux-mêmes ou tout simplement pour offrir, en cette période de fête. En effet, quel plus beau cadeau qu’un livre sous le sapin de Noël. C’est en achetant un roman pour notre fils aîné, que nous avons rencontré un écrivain fort agréable, Victor Dixen, auteur d’un roman s’intitulant « Le cas Jack Spark ». Histoire en deux tomes. Ainsi mon fils aura la chance d’avoir un exemplaire dédicacé auquel il ne s’attend pas. Un petit plus sympa.

Pour finir, j’ai enfin trouvé Jean d’Aillon. Je venais de passer devant lui sans le voir, en me disant que, zut alors, j’étais venue exprès pour lui et qu’il n’était pas là. Mais si, il était bien là, fidèle au poste. L’occasion d’une belle discussion et d’un bon moment en sa compagnie. Monsieur d’Aillon est toujours aussi gentil malgré l’énorme succès de ses romans, et je ne me lasse pas de lui rendre une petite visite lors de son passage dans la région.

Bon, j’ai résisté et je n’ai pris qu’un seul de ses romans, parce que décembre c’est le mois des cadeaux et je ne sais pas pour vous, mais j’ai pour ma part, des listes longues comme le bras. Entre le budget présents de Noël et les festivités, gloups !

En ce qui concerne le salon, petit clin d’œil à un jeune adolescent de quatorze ans, originaire de Roquebrune, Florian Castellani qui a présenté sa nouvelle lors de ce salon. Comme quoi les jeunes aiment encore la littérature…

L.L.

Les livres et moi…

livres

Quand je vais chez quelqu’un, la première chose que je fais en entrant est de regarder s’il y a une bibliothèque. Je sais c’est stupide mais je ne peux pas m’en empêcher et j’avoue que si la ou les personnes ne possèdent aucun livre, cela me déçoit un peu. C’est sympa de pouvoir parler des derniers ouvrages sortis ou simplement d’anciens titres, de dire si l’on a aimé ou pas. Généralement, cela met tout de suite dans l’ambiance.

En fait, je suis une dingo des livres. Lorsque les finances sont un peu justes, je vais dans les brocantes acheter des vieux bouquins qui ne coûtent presque rien, ce qui m’a permis d’ailleurs de découvrir de véritables petits chefs d’œuvres. Des auteurs méconnus souvent et qui mériteraient de l’être plus. Ou alors des auteurs presque oubliés.

J’aime aussi acheter des livres vraiment anciens dont les pages sont jaunies par l’usure du temps mais qui dégage un subtil parfum de… je ne sais quoi, qui m’émeut. Combien de questions me viennent alors sur l’histoire de cet ouvrage qui se trouve sur cette terre depuis si longtemps !

Mon grand-père maternel, bien avant qu’il ne parte rejoindre les anges ou parmi eux l’attendait déjà ma grand-mère, m’avait fait cadeau de tous les livres de cette dernière, une femme merveilleuse que j’adorais et qui m’a transmis l’amour de la lecture et probablement, cette envie d’écrire.

Le seul inconvénient des livres, c’est leur poids quand vous déménagez. Je ne sais pas pourquoi mais tout le monde me déteste ce jour là. J’ai droit à un regard courroucé lorsqu’une personne attrape un carton marqué  livres ou alors, à cette petite phrase à l’apparence anodine mais qui cache une profonde exaspération : « Encore des livres ? » Généralement, j’ai aussi droit à une petite formule assassine du genre : « Mais jette-les donc tous ces bouquins ! » ou encore plus terrible « Brûle-les, ça fera un beau feu de cheminée »

Tous des malades ! Est-ce que je critique leurs collections d’objets de star wars pour certains, de dvd ou bouchons de champagne pour d’autres ? Non…

Bon, je ne parlerais pas des livres de cuisine que je collectionne aussi et de ma vingtaine de classeurs remplis de fiches de cuisine récupérés dans les magazines depuis l’age de dix-huit ans. Sans parler de mes trois fils qui eux aussi accumulent les livres. C’est de famille, que voulez-vous !

Et encore, je me retiens d’en acheter plus, car le temps n’est pas extensible.

Alors qui a dit que les blondes ne lisaient pas…

L.L.

La nageuse octogénaire

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Un jour, je suis tranquillement assise derrière mon bureau, lorsque la porte du laboratoire s’ouvre en trombe sur une femme d’un certain âge. Surprise par cette arrivée intempestive, je la détaille de pied en cap.

Un port de tête altier, une chevelure neigeuse au brushing parfait et un regard couleur océan, un soupçon trop maquillé. Un justaucorps et un petit débardeur noir couvrent son corps svelte et musclé. Mais ce qui retient mon attention ce sont les talons haut perchés de ses escarpins fantaisie.

Elle désire ses résultats et en profite pour me demander sur un ton légèrement guindé si je suis nouvelle ! Je réponds par l’affirmative à cette question et lui tends son enveloppe que je viens de trouver à l’instant. Elle me remercie et se sauve en courant après un bref salut de la main.

Ma collègue de travail arrive à ce moment-là et comme je me moque un peu de la femme qui vient de sortir, elle se dirige vers l’ordinateur. Sans un mot, un sourire au coin des lèvres, elle cherche le nom de la cliente, puis trouve sa fiche d’identité. Avec son stylo, elle tapote l’écran à l’endroit où est indiquée la date de naissance. Je jette un œil et soudain mon sourire se fige. Incroyable !

Après un rapide calcul de tête, je constate que cette femme a quatre-vingts ans. Mon regard se porte alors vers la porte qui s’est refermée sur la vieille dame. J’en reste bouche bée.

Quelques semaines plus tard, revoilà mon octogénaire !

Cette fois-ci, elle prend place en face de moi. Je remarque qu’elle est moulée dans un petit tailleur couleur anthracite plutôt strict. Rapidement, je lui tends l’enveloppe contenant ses résultats. Elle s’en saisit et la pose sur ses genoux. Visiblement, elle rechigne à partir.

Soudain, elle se met à parler et me raconte que tous les jours, été comme hiver, elle part nager en mer. C’est pour cette raison, m’avoue-t-elle, qu’elle garde un corps de jeune fille.

L’idée de me baigner en plein hiver me laisse sans voix.

Elle poursuit en me racontant quelques anecdotes sur sa vie, les yeux dans le vague ! Puis, elle me dit qu’elle va tous les soirs au restaurant.

Je hausse les sourcils en pensant qu’elle a bien de la chance mais que franchement s’en vanter devant une personne qui travaille pour vivre, c’est quand même gonflé. Mais elle tourne vers moi son regard d’un bleu encore merveilleusement pur malgré son âge, et je découvre des larmes perlant au bord de ses paupières.

– Cela me fait un peu de compagnie, me dit-elle, je suis si seule à présent !

Mon cœur se serre malgré moi !

Elle m’explique qu’elle n’a plus aucune famille ni plus aucun ami. Puis, elle me sourit. Sourire que je lui rends. Aucun mot ne sort de ma bouche mais le cœur y est !

Soudain, elle me tapote la main.

– Cela m’a fait du bien de parler avec vous ! Prenez exemple sur moi, ma chère, allez nager tous les jours, par tous les temps, votre corps et votre esprit vous en seront reconnaissants.

Puis, en une fraction de seconde, elle reprend son air hautain et quitte le laboratoire d’un pas alerte.

J’avoue que je n’ai pas suivi ce conseil, je suis incapable de me baigner dans l’eau glaciale en hiver.

Cela s’est passé il y a seize ans, et je ne sais pas si elle est toujours de ce monde, mais quelquefois quand je regarde la mer, l’image de cette femme m’apparaît l’espace d’un instant, et je l’imagine nageant vers l’horizon…

L.L.

Une journée à la plage

parasol

Une journée à la plage commence tôt le matin.

Généralement, vous êtes en train de prendre votre café tranquillement. Soudain, l’ un de vos enfants pointe le bout de son nez, les yeux à peine ouverts et sans même prendre le temps de vous dire bonjour, vous assène cette petite phrase rendue pâteuse par le réveil et qui vous met tout de suite dans l’ambiance :

– On va à la plage ?

Des fois que depuis la veille vous ayez changé d’avis.C’est bizarre mais ce jour là, les enfants ne mettent pas trois heures pour sortir du lit.

Après le petit déjeuner englouti en cinq minutes, ils partent faire leur toilette et s’habiller. Je range un peu l ‘appartement pendant que mon mari sort la glacière.

A partir de ce moment là, le branle-bas de combat commence. C’est qu’il ne faut rien oublier ! Le sac avec les serviettes de plage, celui pour les jouets du petit, les palmes des grands avec les combinaisons de plongée, les masques. Et j’en passe !
La glacière est remplie au compte-gouttes pour tout caser au carré, ce qui est plutôt du ressort de mon mari car moi, j’ai tendance à tout mettre en vrac en espérant que ça rentre. Puis, je prépare les affaires du petit dernier qui,  pour une fois ne traîne pas pour s’habiller.
Bientôt, nous sommes fin prêt. Les trois garçons sont dans le couloir et trépignent d’impatience. Je fais les dernières vérifications d’usage : casquettes, lunettes de soleil, maillots de bain…
Généralement, j’ai droit à un : Ouais, c’est bon, Mman ! dit sur le ton propre à l’adolescent. Je vérifie une dernière fois que je n’ai pas oublié la crème solaire, la trousse de secours et surtout mon livre que j’ai choisi bien gros histoire de ne pas tomber en rade de lecture, bien sur, tout ceci a le don d’agacer tout le monde, je ne sais pas pourquoi. Ce qui à mon tour m’énerve et nous partons tous en râlant.
Nous avons à peine démarré la voiture, que le petit, tout excité qu’il est d’aller à la plage, se met à chanter à tue-tête, ce qui bien sur, lui attire les foudres de la part de ses frères qui lui intime de se taire. Mais le petit ne s’arrête pas bien au contraire et c’est la guerre à l’arrière. Je crie une première fois, puis ensuite vient le tour de mon mari et nous arrivons dans un calme tout relatif au bord de la mer.
Il est tôt, aussi nous trouvons une place rapidement. Pour sortir de la voiture, mes enfants sont champions. On dirait des fauves échappés d’une cage. Ils claquent la portière violemment ce qui a le don d’exaspérer leur père. Et ensuite, il faut qu’on leur demande de venir prendre leurs affaires ce qui ne leur viendrait absolument pas à l’esprit sans cela.
Puis, nous cherchons un coin sur la plage. A cette heure, il n’y a pas encore beaucoup de monde, alors on a le choix.
C’est justement là le problème. Là, ça ne va pas, il y a trop d’algues, ici c’est pas bien et là l’eau n’est pas belle.
Finalement, nous trouvons un endroit qui convient à tout le monde. Ouf ! Je pose le sac dont la lanière me scie l’épaule ainsi que le parasol. Rapidement je sors les serviettes de plage et les étalent au plus vite, on ne sait jamais des fois qu’ils changent d’avis.
Puis commence le rituel du badigeonnage de crème. J’attrape le petit qui évidemment n’est pas trop d’accord et je le tartine des pieds à la tête. Pas un bout de peau n’en réchappe ! Lorsque je le lâche enfin, il court en direction de l’eau en râlant bien fort. Mais je n’ai pas encore fini, non, loin de là. Il faut encore s’occuper des dos de mes autres messieurs et enfin de moi-même. Et mieux vaut dans mon cas ne pas oublier un centimètre carré parce que sinon je pourrai faire concurrence à un écrevisse. D’ailleurs à la fin de l’été, je n’arbore généralement qu’un léger hâle tandis que d’autres se pavanent avec leur bronzage parfait sans oublier de me le faire remarquer bien entendu.
Après ce passage obligé, je vais faire un tour du côté de l’eau pour voir si elle est bonne. Mon fils aîné me dit qu’elle est super. Je tente l’immersion d’un doigt de pied et le ressort aussi sec. Je vais attendre d’avoir plus chaud. On ne doit pas avoir la même notion du mot « super » avec mon fils. Donc, je retourne sur ma serviette, faisant fi de mon mari qui peste tout ce qu’il peut en gonflant les matelas pneumatiques et autres accessoires nécessaires à une journée de plage. J’attrape dans mon sac mon livre, réajuste mes lunettes de soleil et m’allonge en soupirant, prête à savourer un moment de pur bonheur. J’ouvre les premières pages et alors que je commence à lire, une petite voix hurle :

« Maman, il ne fait rien que m’embêter ! »

Nul besoin de demander qui l’embête, car je sais déjà, qui embête qui. Je me redresse d’un bond et crie à mon fils cadet de laisser son frère tranquille. Le « c’est pas moi, c’est lui » achève de m’énerver. Je les menace de rentrer s’ils ne sont pas sages. Vaines menaces d’ailleurs, comme si on était capable de tout remballer juste pour une dispute. Leur père d’une voix ferme et assuré leur demande de se tenir tranquille. Ce qui nous accorde cinq bonnes minutes de calme.
Bon, je me réinstalle et je reprends ma lecture à l’endroit où je m’étais arrêté, c’est à dire au tout début. J’ai lu trois phrases lorsque le petit arrive en tenant un seau rempli d’eau au-dessus de sa tête. Visiblement, ses intentions sont menaçantes.

Je me relève brusquement et crie :

« Attention à mon livre !

Ce qui a pour effet de le stopper net dans son élan.

– C’était une blague ! me fait-il avec un sourire de petit coquin.

Même pas drôle sa blague !
Jusqu’à l’heure du déjeuner, j’ai du lire dix pages et pas en continu s’il vous plaît. Justement, là, les fauves ont faim. J’ouvre la glacière. J’en sors des sandwichs au pain complet et jambon, des petits paquets de chips, et un taboulé fait maison.
Mon aîné me regarde et me jette un : « C’est tout ce qu’il y a ? » Je lui réponds que non, je n’ai pas réussi à faire rentrer le frigo dans la glacière. Il émet alors une sorte de grognement en guise de réponse. C’est beau l’adolescence !
Après le repas, ils ont interdiction d’aller à l’eau pendant un petit moment. Quand j’étais petite, on me disait que c’est pour la digestion, moi, c’est pour la tranquillité. En effet, il y a moins de risques sur la plage que dans l’eau. Les deux grands s’amusent donc au ballon et le petit fait des pâtés de sable. Mon mari et moi prenons tranquillement un petit café tout droit sorti du thermos et carrément indispensable pour ma survie.
Et enfin, je m’allonge mon livre à la main. Je suis bien calée, bien tranquille quand soudain le téléphone portable sonne. Je regarde à droite et à gauche, ça ne peut pas être le mien.

– C’est le tien, chérie !

Je me redresse en soufflant et attrape fébrilement l’appareil qui manque ameuter toute la plage. C’est une de mes copines. Elle me demande où je suis et ce que je fais, donc je lui réponds. Là, elle m’annonce qu’elle est chez elle et que son fils a failli se noyer dans la piscine. S’ensuit évidemment une conversation à bâtons rompus de dix bonne minutes.
Lorsqu’enfin je raccroche, mon mari me demande si c’était bien ma copine. Non, c’était le père Noël qui voulait savoir s’il pouvait descendre avant l’heure. Évidemment que c’est elle, j’ai prononcé au moins trois fois son nom pendant notre conversation. Ah ! Les hommes.
Soudain, un hurlement retentit. Eh ! Non, ce n’est pas un de mes fils mais le petit garçon d’à côté. La mère se met à crier et tout le monde la dévisage. Je compatis ! Elle me regarde et soupire, je souris. Entre mères, il faut se serrer les coudes.
Je commence à avoir chaud alors je décide d’aller me baigner. C’est le signal pour les enfants qui se ruent dans les flots en s’éclaboussant à tout va. Je m’éloigne un peu, histoire d’être tranquille. L’eau semble moins froide alors je m’immerge totalement. Tant pis pour le brushing. Notre voisine de plage entre à son tour dans l’eau. Elle entame la conversation en me disant qu’elle ne sait plus quoi faire avec son fils.
C’est que, je ne sais pas non plus. Je fais un sourire de circonstance pour quand même, lui signifier que je la comprends. Elle tient son petit garçon dans les bras et me montre une tache sur son bras tout en me demandant mon avis sur la question.
C’est que je ne suis pas pédiatre moi ! Je réponds que je n’en ai aucune idée et l’envie soudaine d’aller nager s’empare de mon esprit. Je m’excuse poliment et nage en direction de l’horizon. En dehors du fait que je suis maintenant tranquille, j’aime ce sentiment de calme qui m’envahit alors. C’est comme si j’étais seule au milieu de la méditerranée, enfin, presque toute seule.
Mon mari vient de me rejoindre. Pas moyen d’être tranquille. Nous revenons ensemble vers la plage. Les grands s’occupent du petit, tout va bien.
Assise sur ma serviette, je tente une virée vers mon livre. Je regarde à droite, à gauche, des fois que ma sœur ou la concierge ou n’importe qui apparaîtrait par hasard. Je ramène le livre vers moi et je l’ouvre. J’ai lu une page entière quand soudain mon fils arrive en courant. Il a soif.
Une fois de plus, je pose mon bouquin et j’ouvre la glacière, lui sert à boire ainsi qu’à mon mari. Mon fils ainé décide de se désaltérer lui aussi mais il me dit de ne pas me déranger. Ah ! Voilà qui est bien !
Alors je retourne à mon roman. Mais comble de l’ironie, voilà que moi aussi la soif me dessèche la gorge. J’ouvre donc la glacière et attrape…une bouteille vide. C’est bien connu, la poubelle préfère les bouteilles vides mais fraîches. Alors là, je rouspète en disant que quand même la poubelle est à côté et que ce n’est pas grand-chose que de jeter une bouteille vide. Évidemment on me répond que je fais toute une histoire pour rien.
Enfin vers seize heures, mes ados en ont marre, ils veulent rentrer. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, mon mari a tout plié. Je n’ai même pas enfilé mes tongs que tout est rangé dans la voiture.
Un dernier coup d’œil à la plage pour voir si on n’a rien oublié et nous voilà partis.
Dans la voiture, le miroir du rétroviseur me renvoie l’image d’une femme dont les cheveux sont retournés à l’état sauvage aussi je dégaine ma brosse de secours et coiffe ma chevelure en queue de cheval. Les enfants sont un peu plus calmes dans la voiture ce qui est bien agréable.
En arrivant, je rêve d’une douche mais je sais que je serai la dernière à la prendre parce que comme toujours les grands se précipitent, puis le mari et enfin le petit dernier. Et comme toujours je râle pour qu’ils lavent leurs palmes, leurs masques, leurs combis. Ils me répondent qu’ils vont le faire dans cinq minutes mais les minutes se transforment en heures et c’est moi qui m’en charge.
Quand enfin tout est rangé, lavé, etc.…il est temps de préparer le repas du soir.
Avec tout ça, je n’ai même pas lu un chapitre de mon livre. Et dire que c’est à peine le début de l’été !

L.L.

La rentrée des classes

ecole

Ah ! Cette fameuse rentrée des classes…

Pour l’aborder sereinement, il y a toute une préparation avant cela. Tout d’abord… psychologique. Car il en faut du courage pour faire les courses scolaires, courant août ou début septembre. Le rayon des cartables et autres accessoires indispensables pour l’école, c’est la jungle, en à peine plus civilisé, encore que…

A quoi reconnaît-on un parent ce jour-là ? C’est tout simple, il est généralement armé d’une liste plus ou moins longue et d’un caddie qu’il pousse en râlant. Il est rouge, suant sous l’effort de la concentration extrême pour comprendre pourquoi le prof a demandé un cahier qui n’existe que dans ses rêves. Il ne s’excuse pas lorsqu’il vous heurte. Pas le temps ! Il vous arrache des mains les feuilles format A4, que vous venez juste de sortir du carton. On ne sait jamais des fois qu’il y ait rupture de stock dans les trois secondes à venir. C’est vrai quoi, il y a tellement peu de grandes surfaces en France… Faudrait pas risquer de manquer de quoi que ce soit… Il gère ou pas, une situation de crise provoquée par une enfant de six ans, qui hurlent que sans le cartable « hello kitty », elle ne peut pas travailler ! C’est le moment pas vraiment idéal, que choisit alors le parent pour essayer d’expliquer les écarts de prix, la crise dans le monde, à une gamine aux narines frémissantes, qui ayant dû certainement boire trop de coca, semble sur le point d’imploser.

Quelquefois, des parents se sourient, se reconnaissant dans la même galère. Oui, oui, ça m’est arrivé. Bref, à partir du moment où l’on a des enfants, on ne peut échapper à cette corvée, qui en plus se reproduit souvent plusieurs fois car il manque toujours quelque chose. Que le parent qui n’a pas couru à la recherche du cahier d’exercice spécial machin-truc lève la main. Je ne le croirai pas ! Mais ce n’est pas tout…

Deux ou trois jours avant, on court à l’école voir à quel heure rentre le petit dernier. Évidemment, ce n’est pas affiché. Faut revenir plus tard. Le grand, qui est au lycée fait râler son frère parce que lui, il fait sa rentrée deux jours après.Bonjour l’ambiance…

Le jour J, l’effervescence est au plus haut point. Les enfants sont survoltés ou abattus, c’est selon. Les affaires préparées la veille sont devenues soudain très moches à la lumière du jour, et les baskets, c’est certain, ça tient plus chaud que les tongs. Le petit est tellement pressé de retrouver ses copains qu’il décompte les minutes à voix haute, s’arrêtant juste pour râler que l’heure ne passe pas assez vite. Son autre frère, qui ce même jour, rentre en dernière année de collège se moque de lui, en lui assénant qu’aimer l’école ce n’est pas normal, et que surtout, ça ne va pas durer…

Enfin l’heure du départ. Ah ! Le fameux trajet jusqu’à l’école, ça m’avait manqué. Euh ! Non, en fait. L’école est là, crie mon fils. Manquerait plus qu’elle se soit évanouie dans les airs pendant les vacances, tiens ! Et voila qu’apparaît « le » meilleur copain à l’horizon. Les retrouvailles du jour de la rentrée, c’est émouvant. Oh ! Tiens ! La maman de son copain a acheté les mêmes lunettes que mon fils pour le sien, mais… dans une couleur différente. Chouette…

C’est le concert de bisous-bisous qui commence. Tu vas bien, oui, ça va et toi, bonnes vacances ? Et on recommence une bonne dizaine de fois…

Mes joues s’en souviennent encore.

Le portail ouvre, laissant rentrer une foule d’enfants tous plus joyeux les uns que les autres. Ils ne savent pas ce qui les attend ou quoi ! Qu’ils reviennent avec des devoirs plein le cartable et on en reparlera. Il y en a quand même un qui pleure le pauvre…je me disais aussi. Pas le temps de faire un bisou, mon fils est déjà dans la cour. Il me fait quand même un signe de la main et se retourne pour suivre son meilleur copain. Où est-il mon bébé, boooouh…

Ça a quelque chose d’émouvant la rentrée, ça nous rappelle lorsque nous étions enfants et que nous portions notre gros cartable sur le dos ( Z’étaient pas aussi beaux à l’époque ) et que nous arrivions dans la cour plein d’espoir, le cœur un peu serré à l’idée de la fin des vacances. Ah ! C’était le bon temps… C’est ça ouais, et puis quoi encore !

La journée a filé super vite. C’est reparti! Seize heure trente, affluence devant le portail de l’école. Il y a toujours beaucoup de monde les premiers jours. C’est sympa de pouvoir être là, si on peut, pour recevoir les premières impressions de notre enfant, style : j’aime pas la maîtresse ou pire, elle est trop belle la maîtresse…

« Le » truc à ne surtout pas oublier, c’est le goûter. Surtout, si vous voulez éviter les regards en coin, qui signifient : bouh la mauvaise mère ( ou le mauvais père). C’est ainsi que les potins recommencent entre mamans ou papas, genre copine sympa qui vous raconte sa croisière idyllique alors que vous cet été, vous avez voyagé entre pots de peinture couleur blanc Alaska et brun Normand, en passant par le gris iceland pour refaire votre intérieur. Nous n’avons vraiment pas les mêmes valeurs… Enfin, mon fils sort de l’école trop content, il a super bien mangé à la cantine. Merci, ça fait toujours plaisir. Il adooooore la maitresse, elle est trop cool. Il y a un nouveau mais qui n’est pas là parce qu’il arrive demain. Ils ont appelés les pompiers parce qu’il y avait un nid de guêpes dans la cour. La maitresse est trop gentille. Il n’y a pas de devoirs mais il faut signer le cahier. Marie a un beau cartable. Son meilleur copain est trop sympa, il lui avait manqué. Qu’est-ce qu’il y a pour le goûter? Tout ça en moins de cinq minutes top chrono.

Et voilà, c’est reparti pour une année…

L.L.